Vous pouvez lire ma note sur le vote ouvrier qui a été publiée sur le site de la Fondation Jean-Jaurès.
Voici le lien
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jeudi 10 janvier 2013
mercredi 13 juillet 2011
Primaire : pour en finir avec la «prolophobie»
En désaccord avec la fondation Terra Nova qui ignore la géographie sociale française en conseillant à la gauche d'abandonner les couches populaires, Gaël Brustier - proche d'Arnaud Montebourg - et Jean-Philippe Huelin estiment que la primaire du PS peut révéler l'existence d'une véritable coalition sociale majoritaire.Les primaires ont une vertu fondamentale : s’adresser à l’ensemble du pays non seulement pour désigner un candidat, pour définir un projet mais également pour changer la stratégie électorale de la gauche. Au-delà des rebondissements de la campagne, la gauche a l’occasion d’opérer un réalignement électoral conforme à ses valeurs et aux attentes du pays.
Dès l’instant où les partis ont décidé de cesser d’être des consciences collectives, il fallait changer d’organisation. Les primaires sont un chemin vers la conscientisation d’un plus grand nombre de Français, elles ont représenté et représentent le meilleur moyen de faire se lever un imaginaire alternatif à celui des droites dans notre pays. Les critiques des primaires sont souvent inopérantes car elles se fondent sur une conception du parti qui précisément n’existe plus. Le vieux parti hérité de la section des piques de la Révolution, à la fois conscience collective et outil de cette conscience collective, a bien souvent sombré. Il n’existe plus qu’en apparence et rassemble souvent des supporters parfois moins politisés qu’une bonne part de la société (il suffit de contempler le lip-dub UMP paru l’an passé).
Reconnaissons à la dernière publication de la fondation Terra Nova le mérite d’avoir posé à la gauche une question stratégique déterminante pour l’élection présidentielle de 2012 comme pour sa capacité à gouverner dans la durée. Cette note stratégique assume – ou avalise – avec un fond d’honnêteté une stratégie pourtant perdante. Elle théorise les conséquences du tournant néolibéral opéré, mais jamais revendiqué, par le PS en 1983. Terra Nova a donc publié une sorte de « Bad Godesberg stratégique ».
Le refrain des sociaux-libéraux les plus assumés est simple : ne servant plus les intérêts des couches populaires, la gauche ne doit plus leur mentir et aller chercher ses voix chez les classes plus favorisées qui ont fait ses derniers succès électoraux… obtenus dans des contextes d’abstention massive.
Cette stratégie là fait l’impasse sur la réalité de la géographie sociale française, électoralement objectivée le 29 mai 2005 et dans laquelle la droite s’est fondue le 6 mai 2007. La ligne de front politique passe à la fois par le Nord-est et par les zones périurbaines. C’est là que c’est opéré un réalignement électoral qui a porté la droite au pouvoir. C’est aussi là que les conséquences de la mondialisation atteignent un point d’incandescence préoccupant.
Abandonner ouvriers et employés (qui sont majoritaires en France), concéder les seniors à la droite (dans un pays relativement vieillissant) a pour corollaire de miser sur l’abstention. C’est là le grand non-dit de la note de Terra Nova mais c’est aussi le pari d’une certaine gauche, qui ne se donne pas les moyens de la conquête du temps long. Ce non-dit se fonde néanmoins sur une réalité, maintes fois démontrée par le géographe Christophe Guilluy : la gauche ne gagne les élections que quand les classes populaires ne se déplacent pas. Pour autant, sommes-nous certains que la gauche va pouvoir répondre durablement aux attentes d’un électorat des villes-centres tenté par ce que nous définissons comme l’hédonisme sécuritaire, électorat qui lui se déplace certes pour voter, mais qui manifeste une volatilité certaine ?
Terra Nova théorise a posteriori une stratégie électorale subie plus que voulue par les social-démocraties européennes (et donc française) depuis vingt ans, structurellement perdante, conséquence de choix politiques par rapport à la mondialisation et qui ne permet l’accession au pouvoir que très provisoirement à une gauche incapable d’inverser la droitisation des sociétés occidentales. La preuve par Prodi.
Cette stratégie, appelée dans le cas de Terra Nova « France de demain » mais qui prend aussi l’apparence fantasmagorique des « classes moyennes », est perdante car minoritaire. Cette coalition sociale associant « les diplômés, les jeunes, les minorités, les quartiers populaires et les femmes », outre qu’elle additionne des pommes et des poires, ne permet aucunement d’avoir une coalition sociale majoritaire sur laquelle une gauche de transformation sociale puisse s’appuyer dans la durée. Terra Nova omet, dans sa référence à Obama, de dire que les stratèges démocrates ont parfaitement intégré que les Démocrates ne domineraient dans la durée que s’ils parvenaient à reconquérir la « majorité oubliée » : les cols bleus, la working class, délaissée depuis quarante ans par le Democratic Party. Avec la stratégie de Terra Nova, on abandonnerait d’ailleurs le moteur stratégique de la gauche qui est le « front de classe », variante du bloc historique théorisé par Gramsci, le combat pour l’hégémonie culturelle, condition à la prise du pouvoir, et la volonté transformatrice sur la société. Que resterait-il donc à une gauche qui oublierait ses électeurs, son histoire et plus encore sa mission historique ?
Le grand impensé de la gauche française qui lui permettrait de sortir de l’impasse apparente qu’elle connait est donc la géographie sociale née de la mondialisation néolibérale. Comment prétendre faire une note de stratégie électorale en oubliant que la gauche n’est majoritaire que dans les centres des villes et qu’elle perd du terrain à mesure que l’on s’en éloigne ? Il y a une France des perdants de la mondialisation à qui l’accès aux villes et devenu impossible et qui est reléguée de plus en plus loin des centres. N’est-ce pas à eux que la gauche doit s’adresser ? Est-ce un hasard si ce sont surtout des ouvriers et des employés (qui sont d’ailleurs souvent mariés et qui pèsent beaucoup plus qu’un quart de la population active !) ? Une certaine prolophobie empêche de voir que les solutions à apporter sont de deux ordres : économiques et sociales d’une part, culturelles et identitaires de l’autre. C’est la force de l’idée de démondialisation, portée par Arnaud Montebourg, que de répondre à l’un et à l’autre.
Une coalition sociale majoritaire existe pour la gauche ; elle se définit par le rapport à la mondialisation, mais aussi à la démocratie et à l’égalité, à l’autorité de l’Etat et à la volonté politique face aux marchés. C’était une bonne part de la recette victorieuse de 1981, occultée par les commémorations sirupeuses du 10 mai dernier... Elle rassemblerait les ouvriers et les employés, périurbains et ruraux, l’autre gauche des centres-villes (c'est-à-dire les jeunes diplômés précarisés et les banlieues) et tous ceux qui aspirent dans les couches plus favorisées à voir notre pays retrouver le chemin d’un vrai progrès. Nos concitoyens possèdent une partie de la solution. Ils pourront choisir, s’ils le souhaitent, lors des primaires d’octobre prochain un socialisme de transformation, fortement républicain. A nous, collectivement, de leur faire percevoir l’importance de leur choix.
Jean-Philippe Huelin, & Gaël Brustier, co-auteurs de « Recherche le peuple désespérément » (Bourin Editeur, 2009) et « Voyage au bout de la droite » (Mille et une nuits, 2011)
Marianne2, Mardi 12 Juillet 2011
jeudi 12 mai 2011
Vers une coalition sociale majoritaire incluant le monde rural ?
Nul doute que le vote du monde rural sera un des enjeux du scrutin présidentiel de l’année prochaine. Le PS a fourbi ses armes en travaillant sur un « bouclier rural » qui a été défendu récemment dans le cadre d’une proposition de loi à l’Assemblée nationale alors que les députés UMP ruraux se regroupaient dans un groupe d’influence appelé « Droite rurale ».
Rappelons que l’élection présidentielle de 2007 s’est très largement jouée dans la capacité des deux principaux candidats à gagner l’électorat populaire, surreprésenté dans le monde rural. A ce jeu, le candidat Sarkozy a surclassé sa rivale puisque la candidate socialiste, qui a certes rattrapé quelques longueurs dans le vote ouvrier par rapport au désastreux résultat de Lionel Jospin an 2002, reste la candidate des villes quand Nicolas Sarkozy se faisait le champion du monde rural. En réalité, le vote socialiste suit un « gradient d’urbanité » : plus on est proche du centre des villes, plus le score Royal augmente. Loin de la « réalité médiatique », cette coalition sociale des bobos et des banlieues (pour faire très très court) est structurellement minoritaire, la fondation Terra Nova devrait se pencher avec plus de sérieux sur cette réalité. Le défi pour une gauche qui voudrait reprendre le pouvoir dans la durée est donc de reprendre pied, politiquement et culturellement, dans ce monde rural.
Pour ce faire, le « bouclier rural » aborde de front les deux chantiers prioritaires pour le monde rural mais aussi en réalité pour l’ensemble de nos concitoyens : la question de l’égalité, en particulier face aux services publics, et celle de l’emploi. A la première, le texte de la proposition de loi met intelligemment en avant le critère de la durée maximale du trajet entre chaque citoyen rural et les services essentiels. A la seconde, il répond équité en proposant des zones de développement économique rural favorisées par de nouveaux outils fiscaux, bancaires et réglementaires.
Cependant, la perspective doit être bien plus large qu’une série de mesures, aussi indispensables soient-elles. C’est la perception du monde rural par la gauche qu’il faut modifier, c’est la vision souvent méprisante et parfois empreinte de prolophobie des élites urbaines pour la ruralité qu’il faut changer. La gauche doit retrouver le sens de l’épaisseur géographique de la France car l’apparition d’un archipel métropolitain aspiré par le turbo-capitalisme, délaissant et rejetant l’arrière-pays rural est la conséquence géographique de la mondialisation néolibérale. Des élites intégrées d’un côté, des couches populaires de plus en plus écartées du cours du monde de l’autre, cette situation est inacceptable pour tout républicain conséquent.
Finalement, la défense du monde rural, dans cette dimension de la préservation de l’unité nationale et du maintien de l’égalité républicaine entre tous les citoyens, est une des modalités les plus pratiques du combat contre la globalisation.
Jean-Philippe Huelin, Shogoun, 12 mai 2011
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jeudi 29 octobre 2009
Construire une nouvelle alliance avec les couches populaires
Elles reviennent dans l’actualité comme les feuilles en automne. Régulièrement, on se penche sur leur cas. Triomphantes voilà trente ans, on analyse aujourd’hui leurs difficultés, on les dit oubliées, précarisées… martyrisées. Mais qui sont donc ces classes moyennes ?
Quand on le demande aux Français par voie de sondage, tous ou presque se sentent en faire partie : parmi les 20 % disposant des revenus les plus hauts, 79 % se rangent sous la bannière « classes moyennes » ! De l’autre côté de la pyramide sociale, il y a près de 30 % des ouvriers qui pensent aussi en faire partie ! S’il y a un concept sociologique floutant, voire masquant, celui de classes moyennes détient véritablement la palme. Inventée au XIXe siècle, la classe moyenne a vu sa définition lentement se transformer pour finir par englober près des trois quarts de la population. Les sociologues sont d’ailleurs incapables d’en fixer les limites « scientifiques ». Quels critères retenir en effet : la profession, les revenus, le patrimoine, le niveau culturel ? Il faut dire que la dénomination marxiste (et peu flatteuse) de « petit-bourgeois » a progressivement laissé la place à « classe moyenne », au singulier puis au pluriel, plus policé, apparemment scientifique et presque technocratique, suffisamment engageante et édulcorante pour devenir une sorte de mythe pour société enfin « apaisée ».
Il y avait bien une vision idéologique de la société derrière le concept de « classe moyenne ». C’était la promesse d’une sortie des luttes de classes ; l’aspiration à cette fameuse classe moyenne ayant pour but de freiner la contestation de l’ordre établi. Les plus anciens se souviennent peut-être du livre de Valéry Giscard d’Estaing, Deux Français sur trois, qui entendait construire une majorité politique sur les bases sociales de la classe moyenne. Pendant les années 1970, la croissance soutenue pouvait encore laisser croire que l’intégration des couches populaires était en marche, que l’embourgeoisement était au bout du chemin. Il ne devait rester qu’une petite couche marginale de démunis et d’exclus à la base et une élite discrète au sommet. Le rêve est passé, la réalité est tout autre. Déjà la fin de la guerre froide avait ébranlé les fondements de cette « société moyenne » mais les coups de boutoir de la globalisation ont fait exploser le pacte social qui reposait sur une certaine retenue des classes dirigeantes. L’explosion des revenus des plus riches depuis dix ans est aujourd’hui insoutenable : + 11,3 % chez les 5 % les plus riches, 19,4 % chez les 1 % les plus riches et même 42,6 % chez les 0,01 % les plus riches (chiffres de Camille Landais). Course folle vers la démesure ? Absolument. Dislocation des intérêts communs à la classe dirigeante, comme l’analyse Emmanuel Todd ? Certainement. Mais, surtout, exposition de richesses qui détruit ce qu’Orwell appelait la « common decency », cette morale populaire faite d’honnêteté, de respect du bien commun et d’une certaine frugalité. Aujourd’hui, le sens de l’ascenseur social s’est inversé : on ne monte plus, tout le monde descend (ou le craint). Le risque de déclassement sape les fondements de cette société moyenne, ce qui ne va pas sans conséquences politiques.
Depuis le référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005 et « l’entrée en fureur des classes moyennes » (E. Todd), nous vivons une sorte de crise terminale de la social- démocratie européenne car c’est elle qui s’était le plus appuyée sur la mythique « classe moyenne ». Presque partout en Europe, les partis socialistes et sociaux-démocrates sont empêtrés dans leur promesse du confort petit- bourgeois pour tous. À force de réduire le progrès social à un simple progrès technique, matériel et finalement individuel, à force de céder les leviers de commandes économiques et financiers par « acclimatation » (soyons polis) avec les intérêts de l’élite, ces dirigeants ont perdu toute emprise sur la marche du monde. En France, ce rabougrissement intellectuel peut s’observer dans le comportement du PS. Ayant perçu la disparition programmée de cette vaste classe moyenne et donc de son principal vivier électoral, le PS n’a pourtant jamais osé théoriser une nécessaire refondation sociologique. Plutôt que d’affronter cette nouvelle réalité sociale en face, comme à son habitude, le PS biaise et se raccroche aux branches : c’est d’abord l’appel souvent caricatural à la « banlieue » comme pour cacher son désintérêt des couches populaires (la majorité des plus pauvres ne vivent pas en banlieue), puis ce furent les bobos comme roue de secours provisoire. Le PS s’est ainsi perdu en ville : centres anciens boboïsés et proches banlieues médiatisées sont les seuls espaces considérés. Or cette France-là est minoritaire, sociologiquement comme électoralement.
Finalement, le grand impensé de la gauche en général et du PS en particulier, c’est le peuple. Après les avoir trop longtemps méprisées, la gauche doit aujourd’hui se tourner vers les couches populaires car elles sont le plus touchées par les conséquences de la mondialisation financière. Elle doit construire une nouvelle alliance de classe, rassemblant les perdants objectifs de la globalisation, pour former une coalition sociale majoritaire qui lui permette d’exercer le pouvoir dans la durée. Rien d’impossible mais le travail sera long…
Jean-Philippe Huelin, militant socialiste, coauteur de recherche le peuple désespérément (bourin éditeur).
http://www.humanite.fr/2009-10-29_Idees-Tribune-libre-Histoire_Construire-une-nouvelle-alliance-avec-les
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