dimanche 26 juin 2011
Bouclier rural à Lamarche
mercredi 11 novembre 2009
La peur du déclassement…et l’oubli du peuple
Le livre d’Eric Maurin, La Peur du déclassement, est en train de créer un des débats publics du moment. Même si l’auteur jouit d’une reconnaissance des médias dit de référence (la une du Monde le jour de la sortie du livre !) son analyse n’en demeure pas moins partielle et partiale sur la réalité sociale en France. Trois éléments majeurs peuvent être avancés pour critiquer sa thèse :De la même façon que l’insécurité il y a quelques temps, le déclassement ne peut aucunement être réduit à un sentiment ou une peur irraisonnée qui ne serait qu’un problème périphérique de la société française. De nombreux indicateurs montrent que la situation sociale se dégrade réellement pour certaines catégories de la population. La souffrance sociale n’est plus seulement l’apanage de la base de la pyramide sociale (« les exclus »), elle est en train de gagner les « couches moyennes » de la société. Le discours psychologisant sur une société malade que les bons experts devraient soigner de ses névroses a un côté paternaliste et misérabiliste des plus détestables. Pour soigner notre société, un divan ne suffira pas !
Par ailleurs, Eric Maurin attribue les raisons de cette peur à une société qu’il qualifie incessamment de « bloquée » par des protections sociales qui mettent à l’abri les détenteurs de CDI et les fonctionnaires mais qui jetterait dans la jungle sociale tous les autres. C’est une vieille thèse franchement néolibérale qui s’est imposée comme un passage obligé de la « pensée unique » des années 90. On comprend les glapissements de Laurence Parisot à la lecture du livre ! L’auteur n’oublie rien de moins que l’entrée dans la globalisation et ses conséquences sur les conditions de travail et sur le niveau des salaires. L’explication d’Eric Maurin, très « franco-française », ne restitue pas la réalité sociale de notre pays dans son contexte mondialisé.
En réalité, nous avons face à nous un statisticien renommé qui oublie le peuple et qui le méprise un peu. De fait, Eric Maurin méconnait la géographie sociale de la France d’aujourd’hui. Cela n’apparaît pas dans sa grille de lecture ; or c’est un élément essentiel pour appréhender la question du déclassement qui est aussi, et de plus en plus, un éloignement du Centre. Cet élément est au cœur de l’analyse de notre livre « Recherche le peuple désespérément » (Bourin éditeur). On ne comprend rien à notre société si l’on ne parle pas de la ségrégation spatiale et sociale que vit la France périphérique, celle qui est obligée de se lever tôt pour aller au travail car le temps de trajet augmente entre le lieu de travail et le domicile. Cette France-là est mise à l’écart de la France des centres à cause d’un prix du logement prohibitif en ville. Le seul espace disponible devient l’espace périurbain voire le monde rural qui accueille de plus en plus « d’exclus des villes ». Pour cette France périphérique, électoralement majoritaire faut-il le rappeler, le déclassement n’a rien d’un fantasme.
Jean-Philippe HUELIN
dimanche 13 septembre 2009
Série sur l'impossible rénovation interne du PS (2) : les primaires
Je vous propose une courte note de lecture du livre d'Olivier Ferrand et Arnaud Montebourg, Primaire, comment sauver la gauche.Paru le 17 juin 2009, le rapport « pour des primaires ouvertes et populaires » rédigé par Olivier Ferrand et Arnaud Montebourg a, dans un premier temps, suscité peu de réactions. Ce n’est qu’au sortir de l’été, quand le fulminant député de Saône-et-Loire a menacé de quitter le PS s’il ne bougeait pas sur cette question que les primaires ont fait la une des médias et le devoir de rentrée des socialistes. Une fois de plus, le vent de la popularité sondagière a emporté les dernières réserves de la vieille garde solferinesque. Il est fort probable que les militants socialistes valident le 1er octobre prochain ce principe des primaires ouvertes sur lequel peu aurait parié il y a encore un an.
Pour les auteurs, ce n’est rien de moins qu’une révolution démocratique de la gauche, capable de sortir le PS de l’ornière politique dans laquelle il est embourbé depuis 2002. On peut douter de cette assertion sans pour autant négliger l’idée de primaires. La lecture de nouveau « petit livre rouge » finira d’ailleurs par emporter l’adhésion des plus sceptiques.
Après un retour sur les précédentes désignations des candidats socialistes à la présidence, les auteurs montrent les atouts (démocratisation du parti, engouement populaire) et les inconvénients (accès à la candidature très fermé, calendrier tardif, campagne courte et neutralisée, absence de moment fédérateur à l’issue du vote) de la dernière désignation interne de 2006.
Par la suite, la comparaison avec les modèles de primaires à l’étranger convainc de la nécessité de construire des primaires à la française qui s’inspirent plus de la primaire compétitive à l’américaine que de la primaire de légitimation à l’italienne ; pour une raison simple, nous n’avons pas de « leader naturel » à gauche aujourd’hui.
Quelles primaires à la française, alors ? Pour Ferrand et Montebourg, peu de doutes, elles doivent être ouvertes aux sympathisants, élargies à tous les partis de gauche qui le souhaitent avec un accès large à la candidature. Là où ils sont le moins affirmatif, cela concerne la procédure. Ils suggèrent en effet une primaire en deux phases : d’abord des éliminatoires puis un scrutin à deux tours. Les éliminatoires se dérouleraient en trois votes successifs sur la base de circonscriptions territoriales composés de dix départements limitrophes et différents à chaque vote, avec la nécessité pour le candidat de franchir la barre des 5% puis des 10% et enfin des 15% dans le troisième vote afin d’être qualifié pour la deuxième phase, celle du vote national à deux tours.
Si le procédé est complexe, il a le mérite d’entretenir une sorte de suspense sur une période assez longue ce qui oblige les candidats à dévoiler leur programme sans pouvoir rester dans une logique « d’image ».
Enfin, pour répondre à toutes les critiques, le dernier chapitre livre tous les arguments aux défenseurs du projet. Bref, un petit livre rondement mené qui répond largement à son objectif de départ : on est convaincu.
vendredi 7 août 2009
Les néo-cons et nous
Histoire du néoconservatisme aux Etats-Unis, Justin Vaïsse, Paris, Odile Jacob, 2008Né aux Etats-Unis dans les années 1960, à gauche de l’échiquier politique, le néoconservatisme d’alors a peu de choses à voir avec Richard Perle ou Paul Wolfowitz et pourtant Justin Vaïsse s’attelle à montrer la filiation intellectuelle que l’on peut établir entre les uns et les autres. Pas d’explication essentialiste mais une lente et méticuleuse étude d’un mouvement ancré dans l’histoire nationale des Etats-Unis, qui se transforme sous le pression des événements, des contraintes sociales et économiques. En bon pédagogue, l’auteur scande cette histoire en trois moments, qui sont en réalité trois refus, trois révoltes par rapport à l’évolution de la gauche étasunienne.
Les premiers néo-cons sont partisans des présidents démocrates Roosevelt et Truman, favorables au New Deal et donc à l’interventionnisme étatique dans l’économie. Leur adage pourrait être le suivant : progrès social à l’intérieur et anticommunisme à l’extérieur ; le progrès social servant à se prémunir de la montée du communisme. Dans la deuxième partie des années 1960, des intellectuels, appelés néoconservateurs, se mobilisent à l’intérieur de la gauche pour lutter contre ce qu’ils qualifient de « dérives » : la mise en place de discrimination positive qui bafoue l’idéal d’égalité, la politique des quotas ethniques, du busing, des programmes sociaux aux effets pervers, bref il refuse l’orientation « gauchiste » prise par la gauche libérale et entérinée par le Parti Démocrate.
Le deuxième âge du néoconservatisme est plus politique que le premier. Il s’organise à l’intérieur du Parti Démocrate pour faire peser des idées devenues minoritaires. A ce titre la désignation de George McGovern comme candidat démocrate pour l’élection présidentielle de 1972 est un tournant, elle oblige les néoconservateurs à fonder la Coalition for a Democratic Majority. Cette structure interne milite pour un retour à la tradition contre la New Politics des mcgovernistes. Ces nouveaux néo-cons sont aussi plus sensibles aux questions de politiques étrangères qui intéressaient peu les premiers. Contre la détente avec l’URSS, contre l’isolationnisme et le dénigrement permanent dont sont victimes les Etats-Unis après la guerre du Vietnam, les néo-cons militent pour un endiguement toujours aussi musclé, ils invitent à Washington les dissidents soviétiques et prennent la défense des démocraties (comme Israël au Proche Orient) contre toutes les dictatures. Les faucons sont démocrates et la création en 1976 du Committee on the Present Danger, autre avatar du néonconservatisme, fait du syndrome de Munich, le vrai danger de la politique extérieure des Etats-Unis. Ce comité est en fait pour les néo-cons le lieu de passage entre la gauche et la droite. Mis sur la touche par le président démocrate Carter, c’est en effet dans l’équipe de campagne du candidat républicain Reagan que l’on retrouve en 1980 les principales figures du néoconservatisme.
Avec la fin de la Guerre Froide, les néo-cons entrent dans un sommeil provisoire. Ils renaissent à la fin des années 1990 après avoir évacué de leur arsenal idéologique leur attachement à une politique publique sociale (leur porte-à-faux sur la politique intérieure à l’époque Reagan était patent). Les néoconservateurs du troisième âge n’ont jamais été à gauche et ainsi le néoconservatisme devient un courant de penser à l’intérieur de la droite conservatrice. Une obsession demeure : la politique étrangère doit reposer sur l’importance de la force militaire pour mener une croisade démocratique. Ce « wilsonisme botté » (Pierre Hassner) tourne au nationalisme et inspire grandement les débuts de la présidence Bush fils avec pour symbole la guerre contre le terrorisme et la guerre « préventive » irakienne.
Voilà pour le condensé de ce livre dont je recommande ardemment la lecture non seulement pour ceux qui veulent en connaître plus sur l’histoire politique récente des Etats-Unis mais aussi pour ceux qui veulent mieux comprendre un certain nombre de mécanismes politiques. Il y a pour la gauche française bon nombre de sujets à méditer. Retenons-en quelques uns :
1. Dans le néoconservatisme, l’idée est première. C’est un mouvement marginal à l’intérieur du Parti Démocrate puis du Parti Républicain mais le néoconservatisme pèse plus que la somme de ses représentants car les idées qu’ils défendent sont une véritable force qui leur donne une grande influence sur la vie politique. Pour le meilleur comme pour le pire, les néoconservateurs nous prouvent une fois de plus que les idées peuvent faire changer le monde.
2. Le néoconservatisme n’est pas un bloc. Il a des intuitions plutôt sympathiques dans certains de ses combats. En interne du Parti Démocrate, les néo-cons sont les premiers à s’opposer à ce qu’on pourrait appeler la dérive bobo de la gauche officielle. Les premiers, ils placent l’égalité avant les discriminations positives, le statut social avant le statut racial. En défendant les cols bleus et les syndicats, les néo-cons de deuxième génération entendent défendre une réalité sociologique oubliée par la Nouvelle Gauche née au cours des années 60. La révolution conservatrice reaganienne aurait-elle pu être aussi radicale si la gauche n’avait pas auparavant oublié le peuple ?
3. Les idées n’existent pas sans support de diffusion. D’abord né dans des revues (The Public Interest et Commentary), le néoconservatisme étend son influence grâce à des organisations comme la Coalition for a Democratic Majority et le Committee on the Present Danger, des journaux (Weekly Standard, New Republic) et des centres de recherches ou « thinks tanks » (American Entreprise Institute, Project for a New American Century…). Ils apparaissent comme des « maniaques » de l’organisation. Ils avaient une longueur d’avance à l’ère de la communication politique.
Jean-Philippe HUELIN
mardi 30 juin 2009
Les classes moyennes oubliées et précarisées, par Jean-Philippe Huelin
Cet atlas paru en 2005 reste particulièrement instructif. En voici une note de lecture qui reprend ses principaux acquis.Pour en finir avec le mythe de la classe moyenne, les auteurs n’ont besoin que d’un chiffre ; la France est toujours majoritairement composée des couches populaires, employés et ouvriers, qui représentent 60 % de la population active soit une part constante depuis 1954. Cette réalité nous paraît pourtant incroyable car ces couches populaires ont disparu des discours depuis longtemps. En fait, les couches populaires les premières ignorent assez largement leur statut social. Ce sont les effets encore prégnant du mythe des Trente Glorieuses qui devait permettre à ces couches populaires d’intégrer la fameuse classe moyenne, signe d’ascension sociale et récompense promise à ceux qui reconstruisaient le pays. Il ne devait rester aux marges de la société qu’un petit nombre de démunis ou d’exclus. Cette promesse généreuse avait à l’époque les moyens économiques de ses ambitions sociales, la croissance constante et soutenue pouvait laisser croire à tous ceux qui travaillaient que l’embourgeoisement était au bout du chemin. Ce mythe a eu des effets tellement dévastateurs dans les couches populaires que trente ans après le début du retournement de tendance économique, il continue à enfumer la réalité ; d’abord dans la mesure où les couches populaires y croient encore et ensuite car cette illusion a détruit toute conscience de classe, toute lisibilité puis toute existence politique du peuple dans les représentations collectives. Comment dès lors prendre en compte les problèmes de catégories qui n’existent plus ?
Aujourd’hui, ces couches populaires encore appelées classes moyennes par habitude sont à la fois loin, récupérées, dominées et finalement oubliées par les élites. Le premier constat à faire est en effet l’éloignement des centres-villes que subissent les plus modestes. A cause de l’augmentation des prix de l’immobilier au cœur des villes, les ouvriers ont d’abord été relégués en banlieue, puis actuellement de plus en plus vers les espaces périurbains voire ruraux. Alors que l’étalement urbain s’intensifie, les plus modestes sont progressivement renvoyés toujours plus loin des centres d’où une croissance vertigineuse des temps de déplacement pour aller travailler. Cette ségrégation territoriale renforcée par le coût de l’immobilier peut avoir des conséquences dramatiques. A ce propos, les auteurs s’attardent sur le statut social de l’habitat pavillonnaire qui bourgeonne dans les grandes périphéries des métropoles : est-il la marque d’une ascension sociale ou d’un déclassement ? Si l’accès à la propriété est le souhait de beaucoup de Français et en particulier des habitants des grands ensembles urbains dont les conditions de vie se détériorent, le pavillon de grande banlieue peut rapidement devenir un piège qui se referme sur ses occupants. Avec la précarisation des emplois du secteur privé, le risque du chômage puis du surendettement guettent ces couches populaires qui se croyaient tranquilles ; d’autant plus que les lotissements sont victimes de l’éloignement des centres et d’un véritable sous-équipement public. Il n’y a qu’un pas de la relégation urbaine au déclassement social qui nourrira les votes extrémistes.
Depuis une vingtaine d’années, on observe un « renouvellement » social au centre des villes. Profitant de la désindustrialisation des villes qui ne consentent plus qu’à accueillir les emplois très qualifiés pour des activités jugées prestigieuses (direction, recherche, communication…) et donc de l’augmentation du prix de l’immobilier, les nouvelles classes bourgeoises (les bobos ou bourgeois post-industrialisés) investissent les anciens quartiers ouvriers des villes et récupèrent cette culture ouvrière dont seuls les oripeaux survivent par eux. Ce changement ne se fait pas sans violence symbolique et sociale dont sont victimes les couches populaires qui se voient dépouillées d’un ancrage ancien dans les centres et d’une culture qui leur donnait une unité. Ce phénomène, qui fonctionne selon le modèle américain dit de gentrification, se manifeste clairement dans le quartier de la Bastille (XIe arrondissement de Paris) par exemple. Encore majoritaire au début des années 1980, les classes populaires quittent le quartier remplacées par des cadres supérieurs nés avec la société de l’information, sans même permettre l’installation des catégories intermédiaires. La « mixité sociale », tant vantée par les bobos, ne résiste pas et en particulier par rapport à la carte scolaire où l’évitement social vers les « bons établissements » est devenu la règle. Politiquement, le discours et la pratique bobo participe du brouillage des classes. Avec les apparences du peuple mais les intérêts de la bourgeoisie, ils votent certes socialistes à Paris et Lyon (pour ne pas se mélanger avec la bourgeoisie traditionnelle) mais ils substituent aux questions sociales la mise en scène d’un faux conflit à base de disputes sociétales (environnement, place de la voiture en ville, mariage homosexuel…).
En réalité, la récupération de la culture ouvrière a de plus en plus de mal à cacher la domination des élites, à laquelle appartiennent les bobos, sur le peuple. L’embourgeoisement massif des centres a provoqué l’édification de véritables « ghettos de riches » qui ont renforcé leur poids politique en imposant dans le débat public leurs préoccupations (temps libre, 35 heures, baisse de l’impôt direct…). Quand elle est évoquée, c’est-à-dire rarement, la question sociale ne recoupe que les revendications des catégories moyennes et supérieures du secteur public, jusqu’à la caricature. Lorsque les seules manifestations de contestation sociale sont dues aux professeurs, aux artistes voire aux chercheurs, aussi légitimes que soient leurs revendications, on peut se demander quelle est la représentativité du « mouvement social » ! D’autant plus quand on sait que les cadres sont aujourd’hui proportionnellement plus syndiqués que les ouvriers et que la fonction publique, secteur protégé du chômage, l’est quatre fois plus que le secteur privé… Bref, les couches populaires ont disparu de la rue, des centres-villes et des médias, elles sont reléguées en périphérie de la vie sociale et devenues aphones politiquement.
Si certains ne veulent plus ni voir ni entendre parler des couches populaires, c’est parce qu’elles subissent de plein fouet les ravages de la mondialisation néolibérale et de nos jours les perdants n’ont pas bonne presse. Victimes de la désindustrialisation des régions industrielles du Nord et de l’Est de la France, reléguées loin des centres des villes, marginalisées socialement et privées d’une culture autonome, les couches populaires survivent dans le silence et l’oubli. Longtemps, le Parti communiste et sa contre-culture leur ont donné une fierté et un poids politique dans la société française. Par la confrontation, le PCF imposait des politiques plus équilibrées qui laissaient place à une certaine justice sociale au sein de l’économie de marché. Aujourd’hui, la marginalisation des communistes ne laisse comme expression politique aux plus modestes que l’abstention ou le vote extrémiste qui renforcent encore la mise à l’écart politique.
Toute l’ironie de cet atlas était de nous fournir plus de six mois avant le référendum sur la Constitution européenne une carte très précise de ce qui allait devenir la France du NON. Par ce vote qui refuse d’entériner l’état du monde et de l’Europe tel qu’il est, les couches populaires se sont saisies d’un des derniers droits que lui reconnaît notre République démocratique, celui de voter ce que l’on veut malgré toutes les pressions des médias ; rudoyant au passage ces mêmes médias qui ne cessent de clamer que le peuple n’existe plus, qui ne se focalise, par intermittence et par bons sentiments, que sur l’exclusion et la grande pauvreté en sous-entendant que les couches populaires ont intégré une vaste classe moyenne. D’une certaine façon, ce discours du mensonge et de l’oubli du peuple a renforcé le rejet des élites. L’autre France, celle qui perd et qui est abandonnée, est entré en fureur contre la France qui gagne mais qui est finalement minoritaire. Implicitement, la France d’en bas comme l’appelait Raffarin a manifesté son existence à la France d’en haut, elle l’a invité à se dégriser d’une mondialisation enivrante, elle lui a rappelé que le contrat républicain impose de la solidarité et de la justice sociale. Mais cette interpellation a-t-elle été comprise par les élites politiques ? Rien ne serait plus grave que de laisser se creuser le fossé entre les deux Frances. Les auteurs de cet atlas posent d’ailleurs avec lucidité la seule véritable question qui reste après le résultat du 29 mai 2005 : quelle place pour les couches populaires dans une société post-industrielle et mondialisée ? Plus que cela même, à nous politiques, ils font la liste des sujets à étudier enfin : précarisation des salariés modestes du secteur privé, survalorisation foncière et immobilière qui mène à la ségrégation territoriale, fin de la promotion sociale par l’Ecole pour les plus modestes auxquels on peut rajouter en matière de politique urbaine la modernisation des transports et la redensification des villes pour ralentir l’étalement urbain. Voilà des sujets sur lesquelles nous devons plancher pour tenter de redonner une ambition et une unité à la France.
Atlas des nouvelles fractures sociales
de Christophe Guilluy et Christophe Noyé
Paris, Editions Autrement, 2004