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mardi 20 mars 2012

Pour une critique radicale des fermetures de classes

Le risque est grand de voir les cortèges de parents défendant l’école ou la classe de leurs enfants devenir un nouveau marronnier de l’actualité hivernale. Cette folklorisation est certainement recherchée par les promoteurs des contre-réformes à l’œuvre sur le mode : « ces gens-là sont sympathiques mais totalement irresponsables ». Le résultat est connu d’avance : ne se sentent concernés que ceux qui sont concernés. Pour mener des luttes utiles, il faut donc comprendre et faire comprendre la logique politique sous-tendue par ces fermetures. Pour « agir local », il faut « penser global » et « critiquer radical » au sens d’extirper jusqu’à la racine les mauvaises herbes de la désertion des services publics. 

Comme toutes les grandes manipulations, rien n’est caché. Les « orientations » sont définies dans un « schéma territorial des écoles du Jura ». En voici quelques extraits : « A la rentrée 2004, le département comptait 351 écoles publiques, 311 écoles publiques étaient recensées à la rentrée 2009. Le département a connu des fermetures d’écoles mais aussi des créations de pôles scolaires concentrés ainsi que des fusions d’écoles maternelles et élémentaires au sein d’une même commune. Ces dispositifs ont permis d’instaurer une meilleure dynamique pédagogique, ont contribué à réduite l’isolement par des projets communs et ont favorisé la mutualisation des équipements et des matériels. Cette évolution était nécessaire, au regard des enjeux associés à la maitrise du socle commun de connaissances et de compétences (…) Le maillage départemental des écoles est toujours caractérisé par une extrême dispersion des petites structures. Cette situation présente de réels inconvénients : manque d’émulation pour les élèves, travail en équipe difficile pour les professeurs, repères insuffisants pour l’évaluation des élèves. (…) Il convient de privilégier les structures de 6 à 8 classes au sein de pôles scolaires. » 

Voilà donc les objectifs de l’Education nationale pour le Jura. N’ayons aucune crainte d’inégalité à terme, cela doit être la même politique dans tous les autres départements de France. Le Jura n’étant pas une principauté, la politique de l’Education nationale reste nationale et elle a deux angles d’attaque pour faire accepter ces contre-réformes : le pédagogisme et l’expertise technocratique. Le tout a un but caché : faire des économies budgétaires sur le dos de l’Ecole. 

Grâce à quelles manipulations, les hiérarques de l’Education nationale croient-ils nous convaincre que la grande école à 15 km apprendra mieux à lire, écrire et compter que l’école du village ? A-t-on constaté dernièrement une amélioration sur le front de l’illettrisme suite à la fermeture massive d’écoles rurales ? Quant à la dernière lubie pédogagiste sur le travail en équipe des professeurs, il relève une fois encore plus de l’idéologie punitive contre les professeurs que de l’ambition pour les élèves. Tout cela n’est qu’un emballage de faux-semblants destinés à leurrer le gogo. Le ministère de l’Education nationale est bien devenu celui des marchands de sommeil ! 

L’avenir orwellien qu’il décide est donc tracé : le modèle des écoles maternelles et primaires est donc…le collège ! Une école (un « pôle scolaire » en novlangue) par canton, c’est l’idéal pour l’administration de l’Education nationale. Autant le dire clairement et que les parlementaires qui votent le budget de l’Etat assument leurs choix politiques ! Qu’ils aillent expliquer à leurs électeurs ruraux que leurs enfants de deux ou trois ans devront prendre le bus matin et soir, manger à la cantine (pour ceux qui en auront les moyens, les autres feront sans doute un régime hypo-calorique dans le cadre d’un programme de lutte contre l’obésité !!) et donc passer plus de 12 heures par jour hors de chez eux. Quelle modernité ! 

Budgétairement, puisque seule compte cette entrée, l’Etat ferme les écoles et demandent aux communautés de communes de construire et d’entretenir les « pôles scolaires » et aux Conseils généraux de financer les transports scolaires, avec une économie non négligeable en temps d’austérité européenne généralisée qui ne déguise en fait qu’un transfert de charges de l’Etat vers les collectivités qui, elles, n’ont pas droit au déficit. 

Bref, quand une société préfère embaucher des chauffeurs de bus plutôt que des instituteurs, on peut douter de son dynamisme, on peut même craindre son déclin. 

Jean-Philippe Huelin 
Essayiste, co-auteur de « Recherche le peuple désespérément » (Bourin, 2009) et « Voyage au bout de la droite » (Mille et une nuits, 2011) 
Tribune publiée sur le site "27 par classe"

dimanche 26 juin 2011

Bouclier rural à Lamarche

Voici, sur le site de Rénover maintenant 21, le compte-rendu de la réunion de section des cantons d'Auxonne et Pontailler en Côte d'Or à laquelle j'ai participé vendredi soir. Encore un grand merci à mes camarades pour leur invitation !

jeudi 12 mai 2011

Vers une coalition sociale majoritaire incluant le monde rural ?

Cette semaine, je suis l'invité du site d'information Shogoun et devient donc "l’empereur de Shogoun" (pour la semaine seulement, mon républicanisme est donc sauf!).

Nul doute que le vote du monde rural sera un des enjeux du scrutin présidentiel de l’année prochaine. Le PS a fourbi ses armes en travaillant sur un « bouclier rural » qui a été défendu récemment dans le cadre d’une proposition de loi à l’Assemblée nationale alors que les députés UMP ruraux se regroupaient dans un groupe d’influence appelé « Droite rurale ».

Rappelons que l’élection présidentielle de 2007 s’est très largement jouée dans la capacité des deux principaux candidats à gagner l’électorat populaire, surreprésenté dans le monde rural. A ce jeu, le candidat Sarkozy a surclassé sa rivale puisque la candidate socialiste, qui a certes rattrapé quelques longueurs dans le vote ouvrier par rapport au désastreux résultat de Lionel Jospin an 2002, reste la candidate des villes quand Nicolas Sarkozy se faisait le champion du monde rural. En réalité, le vote socialiste suit un « gradient d’urbanité » : plus on est proche du centre des villes, plus le score Royal augmente. Loin de la « réalité médiatique », cette coalition sociale des bobos et des banlieues (pour faire très très court) est structurellement minoritaire, la fondation Terra Nova devrait se pencher avec plus de sérieux sur cette réalité. Le défi pour une gauche qui voudrait reprendre le pouvoir dans la durée est donc de reprendre pied, politiquement et culturellement, dans ce monde rural.

Pour ce faire, le « bouclier rural » aborde de front les deux chantiers prioritaires pour le monde rural mais aussi en réalité pour l’ensemble de nos concitoyens : la question de l’égalité, en particulier face aux services publics, et celle de l’emploi. A la première, le texte de la proposition de loi met intelligemment en avant le critère de la durée maximale du trajet entre chaque citoyen rural et les services essentiels. A la seconde, il répond équité en proposant des zones de développement économique rural favorisées par de nouveaux outils fiscaux, bancaires et réglementaires.

Cependant, la perspective doit être bien plus large qu’une série de mesures, aussi indispensables soient-elles. C’est la perception du monde rural par la gauche qu’il faut modifier, c’est la vision souvent méprisante et parfois empreinte de prolophobie des élites urbaines pour la ruralité qu’il faut changer. La gauche doit retrouver le sens de l’épaisseur géographique de la France car l’apparition d’un archipel métropolitain aspiré par le turbo-capitalisme, délaissant et rejetant l’arrière-pays rural est la conséquence géographique de la mondialisation néolibérale. Des élites intégrées d’un côté, des couches populaires de plus en plus écartées du cours du monde de l’autre, cette situation est inacceptable pour tout républicain conséquent.

Finalement, la défense du monde rural, dans cette dimension de la préservation de l’unité nationale et du maintien de l’égalité républicaine entre tous les citoyens, est une des modalités les plus pratiques du combat contre la globalisation.

Jean-Philippe Huelin, Shogoun, 12 mai 2011

vendredi 4 février 2011

Proposition de loi sur le bouclier rural

Après plusieurs mois de travail, notre petit groupe est devenu grand et notre projet de "bouclier rural" est devenu proposition de loi ! C'était pour moi un débouché pratique et politique à notre livre "Recherche le peuple désespérément". Comme quoi les idées ont une force qui peut changer, sinon les choses pour l'instant, du moins la perception qu'on en a.

Pour en savoir plus, cliquez ici.

jeudi 27 janvier 2011

Conférence à Champagnole


Accès aux soins : la campagne doit retrouver la santé

Face aux disparités géographiques et sociales d'accès aux soins, il faut que le projet de « bouclier rural » s'attèle à réduire au maximum la « fracture sanitaire » qui mine la santé. Ce qui implique une refonte considérable du système de santé, comme cette tribune collective* nous l'indique.

Aujourd’hui, les mobilisations pour défendre l’égalité de tous en matière de santé demeurent massives dans le monde rural. Les protestations pour maintenir et moderniser l’offre de soins sur des territoires abandonnés par la République sont évidemment nécessaires et utiles parce qu’elles obligent à imaginer et à inventer des solutions concrètes et adaptées à des territoires en mutation. Exode urbain, modernité d’un nouveau modèle de vie rurale, demande sociale légitime de partager les grands choix de politiques publiques, dépassement des logiques comptables à court terme sont, en effet, le socle de cette réflexion. Les suppressions de blocs chirurgicaux, les fermetures de services et en particulier de maternités de proximité, témoignent de l’aveuglement du gouvernement en matière de santé publique. Des propositions sont pourtant sur la table, issues notamment de la mission parlementaire sur l’offre de soins conduite en 2008. Le monde rural attend de l’Etat des actes concrets. Le « Bouclier rural » comporte des garanties dans le domaine sanitaire afin de stopper la désertification médicale à la campagne.

Une inégalité réelle !

Notre système de santé, longtemps glorifié comme l’un des meilleurs du monde, présente aujourd’hui de redoutables symptômes : un financement fragilisé, un pilotage contesté et éclaté, et surtout, la multiplication des inégalités d’accès à des soins de qualité qui foulent aux pieds le droit à la santé, principe reconnu par la constitution de notre République et exigence éthique essentielle.

Pour lire la suite, cliquer ici

Fabien BAZIN, conseiller général de la Nièvre, maire de Lormes
Olivier DUSSOPT, député de l'Ardèche
Jean-Philippe HUELIN, animateur du site « Vers un bouclier rural »
Christian PAUL, député de la Nièvre, président du laboratoire des idées
Michel VERGNIER, député de la Creuse

Marianne2, Jeudi 27 Janvier 2011

mercredi 22 décembre 2010

Bouclier rural : le coucou UMP ne fait pas le printemps de la ruralité

Les députés UMP s'adonneraient-il impunément au plagiat ? Selon Jean-Philippe Huelin, militant socialiste, la majorité en manque d'inspiration, se serait permise de piocher dans le projet du PS pour reprendre à son compte l'idée du «bouclier rural». Mais, les élus locaux de gauche eux ne se laisseront pas plumer de la sorte.

L’idée du « bouclier rural » est née dans l’esprit d’élus nivernais en 2009. Face aux provocations du Président Sarkozy et de son enfant chéri, le « bouclier fiscal », qui donnent toujours plus à ceux qui n’en ont déjà que trop, ces élus locaux ont soumis un texte au Conseil Général de la Nièvre (qui l’a approuvé à l’unanimité). Puis, cette proposition s’est enrichie d’un travail collectif intense et créatif au cours de l’année 2010 qui a donné naissance à une note publiée par le Laboratoire des idées du PS. Finalement, les principales propositions du « bouclier rural » ont été reprises par la convention nationale du PS sur l’égalité réelle qui a été approuvée par les militants début décembre.

Que la gauche se passionne pour les campagnes, voilà qui en était trop pour certains députés UMP ! On ne doit pas piquer le joujou de ces messieurs, même s’ils desservent en permanence les intérêts du monde rural en suivant aveuglement la politique inégalitaire de Nicolas Sarkozy. Les plus malins ont essayé de récupérer a posteriori le concept (Yannick Favennec, Mayenne) ou de monter à la va-vite un groupe « Droite rurale » à l’Assemblée nationale (Pierre Morel A l’Huissier, Lozère), les plus bégueules ont crié à la supercherie (Jean Auclair, Creuse). Face à la panique de ses partisans ne sachant plus comment aller défendre leur cher président en 2012, l’UMP ne peut plus pratiquer son bonneteau traditionnel à l’égard des campagnes. Elle passe donc au plagiat en bande organisée. Quand on ne sait plus quoi dire, on vole les idées des concurrents. Preuve que les idées nouvelles naissent aujourd’hui à gauche !

C’est ainsi que l’on retrouve sur le site de l’Assemblée nationale une proposition de loi déposée sans pudeur ce 20 décembre par une armada d’élus ruraux UMP sur les « investissements et les services dans les territoires ruraux ». L’exposé des motifs est hallucinant : « L’instauration d’un « bouclier rural », grâce à une loi d’orientation sur les investissements et les services dans les territoires ruraux, dans laquelle plusieurs mesures concrètes seraient inscrites, afin de faire de la ruralité un atout pour la France paraît aujourd’hui nécessaire ». A 180° des choix faits depuis 2002 ! Bref, par un tour de passe-passe qui risque fort de faire un flop, ces élus tentent de masquer leur propre bilan bien maigre pour les campagnes françaises : du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite (véritable saignée pour les services publics ruraux), aux annonces jamais transformées pour un plan d’aménagement de la fibre optique sur l’ensemble du territoire, en passant par les cartes scolaire, hospitalière, judiciaire, militaire… sans oublier la « réforme » des collectivités territoriales. Nous en oublions nécessairement. Certes, personne n’a le monopole du monde rural qui a besoin d’avocats ardents et de bâtisseurs sincères venus de tous les horizons, mais la cause est entendue : les pyromanes ne seront jamais les meilleurs architectes !

Face à la malhonnêteté intellectuelle érigée en doctrine de gouvernement, le PS n’entend pas reculer. Le monde rural a besoin d’investissements (concrets ou symboliques) de la part de la gauche, tant la droite a rompu l’égalité territoriale pourtant au fondement de notre République. La nouvelle société urbaine défendue par le PS va de pair avec le développement de la ruralité moderne. Poursuivant cette offensive pour revitaliser les campagnes, nous présenterons à l’Assemblée Nationale dans les prochaines semaines une proposition ambitieuse et innovante, tenant réellement compte de la situation des territoires ruraux.

D’ores et déjà, nous donnons rendez-vous à tous les promoteurs de la ruralité moderne le 5 février prochain à Guéret, dans la Creuse, pour débattre du bouclier rural ! Nous préférons l’original à la copie. Si un coucou UMP ne fera pas le printemps, l’alouette socialiste ne se laissera pas plumer !

Christian PAUL, député de la Nièvre, président du Laboratoire des idées
Michel VERGNIER, député de la Creuse
Olivier DUSSOPT, député de l’Ardèche
Fabien BAZIN, conseiller général de la Nièvre
Philippe BAUMEL, vice-président du conseil régional de Bourgogne
Nicolas SORET, président de la communauté de communes de Joigny
Jean-Philippe HUELIN, militant socialiste dans le Jura et animateur du site « Vers un bouclier rural »

Marianne2, Mercredi 22 Décembre 2010

mercredi 17 novembre 2010

Matinée de réflexion sur le "bouclier rural"

Organisée par l'Union des Elus Socialistes et Républicains de Saône-et-loire en partenariat avec le Laboratoire des Idées du Parti Socialiste, cette rencontre, ouverte à tous les citoyens qui le souhaitent, aura lieu le samedi 4 décembre 2010 à Sanvignes.

PROGRAMME

Accueil café : 9h30

9h45 : Accueil par Jean-Claude LAGRANGE Maire de Sanvignes et Jérôme DURAIN, Premier Secrétaire fédéral du Parti Socialiste

10h00 - 11h30 Table ronde n°1 : « Sortir des mythes : la réalité des difficultés des mondes ruraux »

Nos communes rurales sont les grandes ignorées des médias nationaux. Soit elles sont traitées sous l’angle du folklore soit elles disparaissent d’un journal télévisé qui devient celui d’une France qui n’existe pas. Pourtant les difficultés des zones rurales existent. Un rapport de l’IGAS les a mises en évidence (septembre 2009). Qui explique que les mondes ruraux sont, désormais, les principaux mondes industriels ? Dans cette table ronde, les intervenants s’efforceront de clarifier les enjeux, à la fois nationaux pour les 11 millions de ruraux, et propres à la Saône-et-Loire…

Modérateur : Gaël BRUSTIER animateur du Laboratoire des Idées de la Fédération PS

• Paul VANNIER & Gatien ELIE, géographes.
• Sébastien VIGNON, Chercheur au CURAPP, Université d'Amiens
• Jean-Philippe HUELIN, animateur du site « Vers un bouclier rural »
• Christian BONNOT, Conseiller Général
• Christian PAUL, Député de la Nièvre, Président du Laboratoire des Idées du Parti Socialiste

Débat avec la salle

11h30 - 12h45 Table ronde n°2 : « La ruralité à l’offensive : expériences et actions pour mieux défendre nos campagnes. »

Les élus socialistes sont en première ligne dans la défense des territoires ruraux… Du maintien d’une activité économique au développement des réseaux susceptible de favoriser le développement local, leurs expériences méritent d’être exposées et confrontées…

Modératrice : Sophie CHARRIERE, Adjointe au Maire de Cluny

• Edith GUEUGNEAU, Vice-Présidente du Conseil Régional, Président de la CC du Canton de Bourbon.
• Philippe BAUMEL, Vice-Président du CRB et de la CCM, Vice Président de la FNESR
• Marie-Odile MARBACH : Présidente de la CC de La Guiche
• Jean PIRET, Maire de Suin, Vice-Président du Pays Charolais
• Fabien BAZIN, Maire de Lormes

Débat avec la salle

12h45 : Conclusion : Christian PAUL, Député, Président du Laboratoire des Idées

http://www.ps71.org/SAMEDI-4-DECEMBRE-MATINEE-DE-REFLEXION-SUR-LE-BOUCLIER-RURAL-A-SANVIGNES_a407.html

jeudi 4 novembre 2010

11 millions de ruraux ont zappé Sarkozy. Que fait la gauche ?

Courtisé durant la campagne présidentielle par l'UMP, le monde rural a massivement voté pour Sarkozy. Depuis, ce secteur est laissé en friche par le parti présidentiel qui tente de renouer avec cet électorat via une droite rurale. La gauche, quant à elle, ne semble pas prendre la mesure de l'enjeu du vote rural. Pour Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, auteurs de « Recherche le peuple désespérément », l'ignorer relève du «suicide politique».

Il est assez cocasse de voir se former à l’Assemblée Nationale un groupe de députés étiqueté « Droite rurale » sous l’impulsion du député UMP de Lozère Pierre Morel-A-L’Hussier. Plus cocasse encore de lire que ce groupe entend défendre, entre autres, les services publics en milieu rural. Ont-ils donc dormi depuis 2002 pour ne constater qu’aujourd’hui que leur propre camp s’est ingénié à détruire les services publics partout et surtout à la campagne ? Cette initiative vise autant à tenter de masquer les effets désastreux de l’action du pouvoir sur le plan économique et social sur le monde rural que de lutter contre le calamiteux bilan symbolique de l’action présidentielle qui heurte les forces traditionnellement conservatrices d’une partie des campagnes. Il révèle surtout que le monde rural représente aujourd’hui un enjeu stratégique essentiel pour 2012, ce que la gauche pourrait enfin comprendre…

Les zones rurales souffrent de l’image que véhiculent un certain nombre de représentations figées. Pour beaucoup de commentateurs, de prétendus analystes politiques, d’hommes politiques de gauche ou de droite (comme Monsieur Copé au soir des élections régionales), la « ruralité », c’est d’abord « vaches + tracteurs + jolis paysages ». Equation fausse qui mène tous ceux qui la suivent au désastre électoral dans ces zones. En vérité, le monde rural compte 11 millions de Français soit 20% de la population métropolitaine et certainement un peu plus de l’électorat potentiel ou de l’électorat qui se déplace effectivement aux urnes. Comme le soulignait un rapport de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) de septembre 2009, les zones rurales concentrent des problèmes sociaux majeurs. En zone rurale, 35% des actifs sont des ouvriers, souvent les plus précaires et les premiers frappés par les délocalisations. Seulement 8% sont des agriculteurs. Il existe une jeunesse ouvrière et une jeunesse précaire en milieux ruraux, ainsi que Nicolas Renahy, sociologue et auteur du lumineux ouvrage « Les gars du coin » (La Découverte, 2005) l’a démontré.

Rappelons que la France périphérique, rurale ou périurbaine, avait voté Nicolas Sarkozy en 2007. Comme l’analysait Jérôme Fourquet : « Le candidat UMP obtient 32,5 % des voix en moyenne nationale, mais 36 % dans les campagnes, alors que Ségolène Royal, qui est à 27 % en moyenne nationale, ne recueille que 21 % dans l'électorat rural. » Le phénomène se retrouve au second tour : Nicolas Sarkozy obtiendrait 58 % du vote rural, contre 52 à 53 % en moyenne nationale. Une ébauche de redressement des scores de la gauche dans ces régions a été opérée en particulier grâce à une hausse du vote ouvrier pour le candidat socialiste entre 2002 et 2007

Ignorer l'électorat rural relève du suicide politique

Le Parti Socialiste, par la voix d’un certain nombre des siens et au premier rang desquels Christian Paul, député de la Nièvre, a œuvré à élaborer un « bouclier rural », thème forgé depuis plusieurs mois par des militants et des élus socialistes ruraux et qui est d’ailleurs repris dans la prochaine Convention programmatique consacrée à « l’Egalité réelle ». Une véritable « Gauche rurale » est en train de s’organiser. Mais aussi pertinent soit-il, ce « bouclier » ne peut être que la première pièce d’un arsenal stratégique destiné à conquérir dans la durée des zones qui ne sont plus dévolues à la seule droite. Cette France périphérique s’exprime de plus en plus, les récents succès des manifestations locales contre la réforme des retraites l’ont prouvé.

Pour l’anecdote, en ce lendemain d’élections de mid-term aux Etats-Unis, l’intérêt porté par les deux partis américains à la jeunesse rurale s’est concrétisé par une bataille stratégique portée par l’un et par l’autre des camps. Reagan avait fait des suburbs (résidence pavillonnaires entourées de jardins visibles dans les banlieues périphériques des villes aux Etats-Unis, ndlr) le foyer de sa révolution conservatrice « grassroots », c'est-à-dire « par la base ». Les Démocrates se battent, à l’image d’un de leurs stratèges Ruy Teixeira, depuis plusieurs années pour conquérir l’électorat rural, en particulier dans le Colorado mais aussi dans d’autres Etats comme la Pennsylvanie (centrale) ou l’Ohio... Ignorer, chez nous, cet enjeu relèverait du suicide politique. Cette discrète initiative de la « droite rurale » peut permettre à la gauche française de ne pas se tromper.

Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin - Tribune | Jeudi 4 Novembre 2010
http://www.marianne2.fr/11-millions-de-ruraux-ont-zappe-Sarkozy-Que-fait-la-gauche_a199260.html

lundi 23 août 2010

Note pour le laboratoire des idées


UN BOUCLIER RURAL, POUR UNE ÉGALITÉ RÉELLE ENTRE LES TERRITOIRES

La question territoriale est certainement au cœur de toute reconquête politique durable pour le Parti Socialiste. C’est la mesure de notre capacité à percevoir la nouvelle France, façonnée depuis les années 80 par les mutations économiques profondes de la mondialisation néolibérale. Une France en manque de repères, mais pourtant créative. Une France qui semble hésiter entre le « vivre mieux ensemble » et l’impasse individualiste. C’est toute l’épaisseur territoriale et sociale de notre pays que le PS doit retrouver. Au moment où le Parti Socialiste affirme la vision d’une nouvelle société urbaine, il est indispensable qu’il s’empare également de la nécessité d’une ruralité moderne.

La France rurale représente près de 20% de la population. Plus âgée, plus pauvre, plus ouvrière, cette France périphérique et populaire mérite toute notre attention. Depuis quelques années et sans faire de bruit, l’exode rural est devenu exode urbain, la population rurale augmente même si tous ceux qui s’installent à la campagne ne le choisissent pas nécessairement.

Or l’Etat a choisi de l’oublier. Il y a fermé les écoles de village, les hôpitaux et les maternités de proximité, les bureaux de poste et d’autres services publics (énergie, téléphonie…). Le monde rural est désormais considéré comme une terre de relégation. La fracture sociale s’est doublée d’une fracture territoriale !

Le tableau est noir, on le connait, si tant est qu’on veuille le voir. Il est bon de le rappeler et en même temps, il faut porter un regard positif et mener une action politique pleine de dynamisme. Si on peut avoir le pessimisme de la raison, il faut, plus que tout, avoir l’optimisme de la volonté !

Qui sait que 10 millions de citadins ont un projet de vie à la campagne ? Comment ignorer que partout les élus et les acteurs locaux se battent pour permettre à chacun d’y travailler et d’y vivre mieux ? A maints égards, la ruralité a endossée une nouvelle forme de modernité : nouvelles technologies, environnement préservé, qualité des relations humaines, commerces de proximité… Chaque jour, on y invente des solutions à des questions très concrètes de la vie quotidienne. Tout cela rend possible une contribution de la ruralité à un nouveau modèle de vivre ensemble qui promeut « la ré-humanisation des villes et la revitalisation des campagnes », comme le propose Edgar Morin.

C’est pourquoi, nous voulons un bouclier rural, car nous vivons dans des territoires de résistance, qui ont subi les premiers et de plein fouet la politique de Nicolas Sarkozy. C’est aujourd’hui le moyen de rétablir le principe républicain d’égalité entre les citoyens où qu’ils habitent sur notre territoire national.

Un bouclier pour se protéger, pour retisser des liens entre les habitants des campagnes, mais aussi entre les villes et les campagnes.

Un bouclier pour faire France, car on ne peut accepter la brisure entre un archipel métropolitain aspiré par le turbo-capitalisme et un arrière-pays rural condamné à la marginalité sociale.

Un bouclier aussi pour relever la tête et montrer, par des résultats concrets, qu’un autre modèle de vie est possible et que cette alternative peut justement venir des campagnes. Nous militons pour une République respectueuse de tous ses territoires.

Pour que nos campagnes vivent, notre bouclier rural doit être un arsenal de mesures concrètes qui rétablissent l’égalité, tout en prenant en compte les spécificités de la vie à la campagne. Refusant les recettes cosmétiques, nous appelons donc à écrire une loi de la République qui s’impose à l’Etat et aux personnes morales en charge de politiques publiques. Nos propositions sont sur la table, elles ne demandent qu’à être précisées, amendées ou complétées.

1) Maintien ou rétablissement de services publics indispensables à la cohésion sociale et à la création de richesses

Il est primordial de garantir un temps d’accès minimum aux services de base :
  • Santé : accès à moins de 45 mn d’une maternité, de 20 mn d’un accueil de médecine générale, mesures de lutte contre le désert médical et régulation des installations de médecins sur le territoire.
  • Justice : accès à moins de 45 mn d’un tribunal d’instance, à moins d’1 h 30 d’un Tribunal de Grande Instance
  • Education : accès à moins de 15 mn d’une école élémentaire et primaire (30 mn par transport scolaire), à moins de 25 mn d’un collège (45 mn par transport scolaire)
  • Services du Trésor : accès à moins de 20 mn d’une trésorerie, de 45 mn d’un centre des impôts
  • Service postal : accès à moins de 15 mn d’un bureau de poste ouvert au moins 26 heures par semaine
  • Missions d’accompagnement d’accès à l’emploi et à la formation (initiale et professionnelle) : accès à moins de 30 mn d’un lieu d’accueil et d’information.
Par ailleurs, et face aux dégradations qui s’accélèrent depuis dix ans, il est primordiale de maintenir une qualité de distribution de l’électricité équivalente à celle des villes. De même, et pour préparer l’avenir, il faut que tout habitant, toute entreprise ou collectivité ait accès au très haut débit. Nous devons nous engager dans un véritable programme qui amène, partout et pour tous, la fibre optique.

Tout cela implique notamment de partir des besoins des habitants et non d’obligations d’économies purement comptables. Cela impose la suppression de la règle de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans nos territoires.

2) Création de zones de développement économique rural

Nous savons bien que pour assurer le développement économique des zones rurales, il faut à la fois créer des richesses, c’est-à-dire maintenir les activités productives, les renouveler et les moderniser, capter des richesses pour maintenir l’attractivité résidentielle et touristique qui est importante dans le monde rural et faire circuler ces richesses à travers les commerces, les services, les associations etc.

Ces trois volets sont en totale interdépendance. Agir sur l’une sans penser aux autres n’est pas optimum, voire contre-productif. Nous proposons donc la création de zones de développement économique rural.
  • Cela permettra pour les entreprises déjà installées dans les territoires ruraux les plus isolés de bénéficier de conditions sociales et fiscales adaptées. Il faut en effet tenir compte de l’isolement géographique et de la saisonnalité du chiffre d’affaires : la fiscalité nationale et locale comme les cotisations sociales doivent être compatibles avec ces activités qui très souvent s’apparentent à une mission de service public. Si nous savons accompagner ceux qui veulent s’installer, il est nécessaire de soutenir aussi ceux qui sont là et qui résistent pour faire vivre nos villages.
  • Elles prendront en compte la situation particulière des artisans et des commerçants en définissant un statut réellement protecteur pour ceux qui ont fait le choix d’entreprendre dans ces territoires.
  • Ces zones permettront aussi d’adapter le rythme des mises aux normes dans des établissements à taille humaine (par exemple l’hôtellerie ou les stations services) qui sont menacées par des fermetures massives.
  • Elles doivent être accompagnées de nouveaux outils bancaires, publics ou privés, qui tiennent compte de la spécificité de l’activité dans les zones rurales et de règles qui imposent aux établissements bancaires de réinvestir dans ces zones une partie des sommes qu’ils y prélèvent.
  • Elles réserveront certains marchés publics aux PME et aux TPE, au moins au titre de la sous-traitance.
  • Elles permettront la création de pôles de compétitivité ruraux et apporteront des soutiens spécifiques à l’économie agricole.
  • Elles permettront de bonifier les dotations de fonctionnement de l’Etat qui, à l’heure actuelle, sont deux fois moins importantes dans les zones rurales que dans les zones urbaines.

3) Soutien au bénévolat et aux associations qui rendent des services d’intérêt général

L’aide à l’action bénévole, comme les sapeurs pompiers volontaires, dont le statut précaire peut mettre en danger à terme les premiers secours, mais aussi les centres sociaux, dont l’existence et les services aux familles sont parfois mise en péril par la remise en cause silencieuse des dispositifs d’aides publiques, constituent quelques exemples de soutiens durables indispensables à la cohésion sociale de nos territoires. Le soutien durable aux lieux d’échanges et de débats, comme les comités de territoires ou les associations de développement est indispensable, car nous avons expérimenté ce qui doit être un élément fondamental de la citoyenneté de demain.

4) Invention d’une « nouvelle école »

Le bouclier rural est aussi une contribution pour repenser notre système scolaire. Nous proposons de généraliser les « ZEP rurales » c'est-à-dire les « aires rurales d'éducation concertée » (AREC), véritables bassins éducatifs pour une éducation et une formation tout au long de la vie et outils pour « penser global » l’offre éducative. Nous demandons d’abord des classes à taille humaine (25 élèves maximum), des temps de transports scolaires compatibles avec le rythme de vie des enfants et l'encouragement à la scolarisation dès deux ans parce que la très petite section de maternelle est le premier lieu de socialisation. De même, nous suggérons de généraliser « des maisons des petits à l’école » pour réussir enfin le passage de la famille à l’école ainsi que la mise en œuvre de « groupes de soutien au soutien » pour les enseignants.

5) Prise en compte de notre légitimité territoriale dans la réforme des collectivités territoriales

Le développement des intercommunalités rurales a renforcé le tissu rural. Tout aussi indispensable sont les parcs naturels régionaux et les pays, parce qu’ils sont fondés sur la délibération collective et le contrat qui permettent d’inventer une ruralité moderne. Alors que nous représentons 80 % du territoire, et que la réforme des collectivités territoriales prévoit de diviser par quatre le nombre de nos élus locaux, le bouclier rural doit prévoir la représentation de nos territoires en fonction de la population, certes, mais aussi de la superficie de nos territoires qui demandent d’être considérés comme des espaces à part entière, spécifiques et légitimes.

Conclusion

Les agriculteurs l’ont dit récemment avec beaucoup de force, car la brutalité des variations de prix qu’ils subissent et les baisses de revenu qu’elles impliquent seraient inacceptables pour tout autre secteur d’activité : l’indifférence et le mépris ne sont plus supportables.

Le monde rural demande à être respecté et entendu. Nous, socialistes, devons relever ce défi du développement de nos territoires, nous en sommes capables. Il y a dans nos campagnes des forces extraordinaires qui ne demandent qu’à s’exprimer. Tous nos concitoyens veulent vivre avec des services publics de qualité pour pouvoir créer des richesses. Cela passe certainement par un nouveau pacte entre la République et le monde rural. C’est ce que pourrait incarner le bouclier rural.

Retrouvez la totalité du dossier sur le bouclier rural sur le site : « Vers un bouclier rural »

Sur le site du Parti Socialiste : http://www.parti-socialiste.fr/articles/un-bouclier-rural-pour-l-egalite-entre-les-territoires

jeudi 12 août 2010

Entre EDF et le monde rural, il y a de l’électricité dans l’air…

La qualité de la distribution de l’électricité se détériore gravement en France depuis 10 ans. Les coupures sont de plus en plus longues, surtout dans les territoires ruraux, car la maintenance du réseau n’est plus une priorité. Sont en cause EDF bien sûr mais aussi l’Etat…

Avec son plan de relance, le gouvernement fait miroiter le très haut débit au monde rural. Celui-ci connaît certes l’adage (« les promesses n’engagent que ceux qui y croient »), mais surtout, il ne peut que constater la dégradation de la qualité du réseau électrique existant. C’est comme si on vous promettait d’entrer dans le XXIème siècle en vous privant des technologies du XIXème ! Faudrait-il envisager l’acquisition d’une dynamo de bicyclette pour faire tourner nos ordinateurs ? C’est un peu cela, l’attitude du gouvernement par rapport aux campagnes !

Reprenons dans le détail. Un rapport d’étape sur la qualité de la distribution d’électricité a été rendu public au mois de mars dernier. Sans faire trop de bruit, ce rapport lâche pourtant un certain nombre de bombes qui pourraient révolter la France rurale. Que disent ses auteurs, tous deux vice-présidents de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) ? « Les performances des réseaux se sont très sensiblement dégradées ». « Le temps moyen annuel de coupure des réseaux est actuellement de 1h30 pour le consommateur » avec de fortes variations selon les départements puisqu’il était « en 2008 de 35h31mn en Lozère pour seulement 20mn à Paris » ! Pour tous, ce « temps a augmenté de moitié ces dix dernières années. » Nous ne sommes donc pas surpris de retrouver nos deux départements ruraux, la Nièvre et le Jura, parmi les départements où les coupures sont les plus longues…

EDF et l’Etat pointés du doigt

Mais les auteurs ne font pas seulement la liste des dégradations, ils en pointent aussi sans détour les causes : cette « dégradation réside dans l’insuffisance des investissements d’ERDF » (filiale à 100% d’EDF) qui se détourne de sa mission de distribution depuis « l’ouverture à la concurrence de la fourniture d’électricité » qui a occasionné une « réduction excessive à la fois de la maintenance préventive et des investissements de modernisation du réseau ». En clair, EDF préfère investir ses fonds propres pour faire des acquisitions à l’étranger plutôt que dans les campagnes françaises ! Mais alors pourquoi conserver le « F » d’EDF ?

Enfin, les auteurs ne manquent pas de pointer également les errances de l’Etat qui préfère accompagner la stratégie financière d’EDF, dont il reste le principal actionnaire, plutôt que de défendre l’intérêt de nos communes. Il est vrai que les dirigeants de notre pays fréquentent plus Henri Proglio, le patron d’EDF, que les élus ruraux… L’Etat ne fait donc rien pour rappeler EDF à sa mission. Déjà le décret du 24 décembre 2007 fixait un niveau d’exigence minimale plus bas que les performances constatées cette même année. Si ce n’est pas de l’incitation à la régression, cela y ressemble… Mais mieux encore, tout récemment, les critères retenus par l’arrêté qualité, modifié le 25 février 2010, restent moins sévères que les dispositions contractuelles des cahiers des charges de concession ! Car même si EDF semble faire la loi en matière de distribution d’électricité, il ne faut jamais oublier que les lignes électriques appartiennent aux communes qui souvent en transfert la compétence à des syndicats intercommunaux. EDF n’est donc que le concessionnaire et doit l’entretien des réseaux concédés !

Maintenir l’égalité réelle entre les territoires

Il convient de rappeler aussi les valeurs qui ont présidé en 1946 à la mise en place du système électrique français : universalité de la desserte, péréquation tarifaire et égalité de traitement de tous les citoyens en matière de qualité de l’énergie distribuée. Ces principes ne sont peut-être plus très en cour chez nos élites politiques et financières mais nous, nous y tenons ! Et nous n’accepterons pas que ces principes républicains soient bafoués ! A cet égard, il est inacceptable, comme le prévoit ce fameux arrêté de février 2010, que soit mis en place un zonage du territoire en trois secteurs A, B et C où la qualité de la distribution varierait de manière décroissante. Par exemple dans la Nièvre, sur 312 communes, il y en aurait 12 en catégorie B et le reste en catégorie C… aucune en catégorie A ! C’est proprement scandaleux dans la mesure où cela remet en cause le principe d’égalité face au service public.

Derrière ces décisions qui peuvent à première vue paraître subalternes au regard d’autres inégalités criantes en matière de service public entre les villes et les campagnes, il y a un enjeu considérable pour le développement du monde rural. Qui voudrait devenir un consommateur de seconde zone ? Quel couple voudrait s’installer à la campagne et profiter du même niveau d’équipement qu’à la ville alors qu’on lui « promet » plus de 30h de coupure d’électricité chaque année (sans compter les coupures liés aux accidents et cela peut arriver avec des vents de…70 km/h seulement tant les lignes ne sont plus entretenues !) ? Quelles entreprises iront investir dans des secteurs où on ne peut pas leur garantir une certaine continuité du courant électrique ? Faudrait-il que les collectivités leur paye des groupes électrogènes, comme en disposent les missions humanitaires de secours dans les pays pauvres ?

Nous en appelons donc au gouvernement et en tout premier lieu à Michel Mercier, ministre de l'Espace rural et de l'Aménagement du territoire, afin qu’il rappelle EDF à son devoir et au respect de ses engagements. Pour notre part, nous continuons notre combat pour un bouclier rural, afin de donner plus à ceux qui reçoivent de moins en moins et afin surtout de garantir une égalité réelle entre l’ensemble des citoyens français, quel que soit le territoire où ils vivent. Les dégradations alarmantes en matière de distribution de l’électricité que nous venons de rappeler le démontre, rien n’est définitivement acquis et nous devrons nous battre pour inverser cette pente mortifère qui voit les espaces urbains « larguer » les campagnes. Ce serait la fin de notre République.

Fabien BAZIN, conseiller général et maire de Lormes dans la Nièvre
Jean-Philippe HUELIN, militant socialiste dans le Jura
sont tous deux les promoteurs du « bouclier rural »
et Guy HOURCABIE, conseiller général de la Nièvre et vice-président délégué de la Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies (FNCCR)

Publié sur le site Marianne2.fr : http://www.marianne2.fr/Entre-EDF-et-le-monde-rural-il-y-a-de-l-electricite-dans-l-air_a196223.html

samedi 3 juillet 2010

Le Bouclier rural sur le site "Gens du Morvan"

A la manière des Gaulois qui savaient aussi manier leur bouclier comme une arme offensive, Fabien Bazin a tressé son « bouclier rural » comme un rempart contre les fermetures des services publics qui anémient les campagnes et une force de combat pour faire reconnaître, soutenir et développer le potentiel des territoires ruraux et de leurs habitants.

Adepte de la formule « il faut réhumaniser des villes et revitaliser les campagnes » du penseur de la politique de civilisation le sociologue et philosophe Edgar Morin, le maire socialiste de Lormes a réussi à entrainer des centaines d'élus locaux français et quelques théoriciens de gauche tels que Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin co-auteurs du livre Recherche le peuple désespérément.

11 millions de citadins ont aujourd'hui un projet de vie à la campagne

« La question dépasse les clivages politique » précise aussitôt Fabien Bazin en citant des élus de droite, confrontés à ces mêmes problèmes de moyens et de considération, qui adhèrent à ses propositions. Le 28 mai dernier les XIIIe Assises des des Petites Villes de France qui rassemblaient 300 maires à Joigny lui ont fait une place à la tribune pour présenter son projet.

« Quand le bouclier fiscal donne plus à ceux qui ont déjà trop (selon la formule qu'il a trouvée pour placer son combat dans la bataille politique actuelle) nous proposons de mettre en oeuvre un bouclier rural garantissant l'égalité des droits et des chances au développement des territoires ruraux» explique l'élu morvandiau en préambule du texte présentant les propositions du programme .

Le maire de Lormes n'oublie également jamais de rappeler un chiffre: « 11 millions de citadins ont aujourd'hui un projet de vie à la campagne, sans oublier les millions de touristes accueillis chaque année. On parle aujourd’hui d'exode urbain » avant d'ajouter, cinglant: « Or, l’'Etat a démontré son absence de projet pour la société française. Il abandonne son rôle de stratège et privilégie une approche idéologique qui nie le vivre ensemble au profit de l’individualisme... ».

Des mesures concrètes et une philosophie

Création de zones franches rurales et de pôles de compétitivité ruraux, mesures de soutien à la modernisation de l'agriculture, au logement et aux transports, développement de la fibre optique "partout et pour tous", rétablissement de tous les services publics avec temps minimum d'accès à chacun d'eux (45 mn d’une maternité, de 20 mn d’un accueil de médecine générale, 15 mn d’une école élémentaire, 15 mn d’un bureau de poste etc...), aide aux associations d’intérêt général qui apportent des services au public, création d' « aires rurales d'éducation concertée » (" ZEP rurales"), création d' « ateliers de philosophie » etc..: le bouclier rural que Fabien Bazin souhaite « opposable par les citoyens et les collectivités locales à l'Etat » ne manque pas de propositions concrètes.

Des propositions qui dessinent au final une philosophie de la vie et de l'action publique. Fabien Bazin pourrait faire sienne la proposition de son collègue Patrice Joly, président du Parc du Morvan de " réenchantere" les territoires ruraux : « Le milieu rural défend un certain « art de vivre » fondé sur la simplicité des échanges, l’engagement associatif et citoyen, une forme de convivialité et de relation au temps et aux autres » constate-t-il au chapitre culturel du projet. L' expression d'un idéal opposé à la culture dominante du chiffre et du tout financier.

La rédaction d'un ouvrage collectif dont la sortie prévue à l'automne signera l'entrée du "bouclier rural" dans la liste des sujets politiques et sociétaux en débat. La défense est passée à l'attaque.

Écrit par Gens du Morvan
Vendredi, 02 Juillet 2010
http://www.gensdumorvan.fr/actualites/le-bouclier-rural-de-fabien-bazin-la-defense-passe-a-lattaque.html

mercredi 2 juin 2010

Deux jours, deux conférences en Saône-et-Loire


Première conférence ce soir 2 juin à Gueugnon à l'invitation du Cercle Jean Laville sur le thème du "bouclier rural" avec Fabien Bazin, conseiller général et maire de Lormes (Nièvre) et Philippe Baumel, 1er vice-président du Conseil Régional de Bourgogne

Puis demain soir 3 juin à Mervans à l'invitation des sections socialistes de la Bresse pour présenter, avec Gaël Brustier, notre livre "Recherche le peuple désespérément"

mercredi 19 mai 2010

LE BOUCLIER RURAL : Pour une égalité réelle entre les territoires

Dans le cadre du débat interne au PS sur la convention pour un nouveau modèle de développement, prémices du programme pour 2012, je participe avec nombre de camarades bourguignons à l'élaboration d'un grand projet pour inventer une ruralité moderne, loin du mépris dont elle est victime aujourd'hui. Voici la contribution au débat que nous avons présentée et ses premiers soutiens.

Premiers signataires : Fabien Bazin (conseiller général et maire de Lormes, 58), Jean-Philippe Huelin (Lons-le-Saunier, 39), Christian Paul (député de la Nièvre), Nicolas Soret (premier secrétaire fédéral de l’Yonne), Patrice Joly (premier secrétaire fédéral de la Nièvre), Jérôme Durain (premier secrétaire fédéral de Saône-et-Loire), Olivier Georges (secrétaire de section de Lormes, 58), Jacqueline Lambert (secrétaire de section de Moulins-Engilbert, 58), Jean-Sébastien Halliez (maire de Brassy, 58), Philippe Baumel (vice-président du conseil régional de Bourgogne, 71), Marcel Charmant (président du Conseil Général de la Nièvre), René-Pierre Signé (sénateur de la Nièvre), Gaël Brustier (Gueugnon, 71), Christian Bonnot, (conseiller général de Charolles, 71), Thierry Getenet, (secrétaire de section de Charolles, 71), Daniel Wilmotte, (secrétaire de section de Chauffailles, 71)

Convention après convention, notre parti entend proposer à nos concitoyens un nouveau modèle de civilisation. Issu de nombreux départements ruraux, riches de nos diverses expériences du terrain, des combats menés pour défendre nos territoires, de moments de fierté pour la vitalité de nos cantons, notre démarche se veut humblement une contribution à cet immense défi qui est face à nous.

Depuis quelques années et sans faire de bruit, l’exode rural est devenu exode urbain, la population rurale augmente même si tous ceux qui s’installent à la campagne ne le choisissent pas nécessairement. Représentant près de 20% de la population française, plus âgée, plus pauvre, plus ouvrière, cette France périphérique et populaire devrait être une préoccupation majeure de notre parti ; d’autant plus que c’est aussi une France qui sait accueillir tous les talents (plus de 10 millions de citadins ont un projet de vie à la campagne) et qui sait innover au quotidien. Mais loin des centres-villes, la campagne a disparu des écrans, réanimée seulement à l’occasion du salon de l’agriculture ou par quelques faits divers pittoresques, on ne l’entend plus. D’ailleurs, depuis quelques années, l’Etat a choisi de l’oublier. Elle n’est plus considérée que comme une terre de relégation. La fracture sociale s’est doublée d’une fracture territoriale !

C’est pourquoi, nous voulons un bouclier rural car nous vivons dans des territoires de résistance qui ont subi les premiers et de plein fouet la politique de Nicolas Sarkozy et surtout car c’est le seul moyen de rétablir aujourd’hui, dans notre pays, le principe républicain d’égalité entre les citoyens où qu’ils habitent sur notre territoire national.

Un bouclier pour se protéger, pour retisser des liens entre les habitants des campagnes mais aussi entre les villes et les campagnes. Pour faire France, on ne peut accepter toute brisure entre un archipel métropolitain aspiré par le turbo-capitalisme et un arrière-pays rural condamné à la marginalité sociale.

Un bouclier aussi pour relever la tête et montrer par des résultats concrets qu’un autre modèle de vie est possible et que cette alternative peut justement venir des campagnes. Nous militons pour une République respectueuse de tous ses territoires, celle des villes ré-enchantées et des campagnes revitalisées.

En effet, depuis plusieurs années, nous avons subi le pire :
  • dans l’éducation : suppression de dizaines de milliers de postes d’enseignants entraînant la fermeture de milliers de classes et d’écoles
  • dans la santé : fermeture d’hôpitaux et de maternités de proximité, désertification rurale sans que la volonté législative s’exerce réellement pour imposer le principe d’accès aux soins
  • dans le service postal : par la mise en œuvre des directives européennes sur la mise en concurrence de ce service, sans accompagnement financier durable, fermeture masquée des points de contact du réseau postal
  • dans l’accès au numérique : celui-ci étant classé dans la catégorie des services à caractère concurrentiel et donc privé, l’Etat n’investit rien et ne garantit plus l’équité territoriale
  • pour les services de l’Etat : fermetures en cascade de perceptions, de tribunaux d’instance, d’établissements publics en particulier du Ministère de la Défense, de services décentralisés…
  • pour les grands services publics de l’énergie et de la téléphonie, avec la fermeture de centaines d’agences de proximité dans les territoires ruraux et la détérioration des réseaux
Pour que nos campagnes vivent, notre bouclier rural doit être un arsenal de mesures qui rétablissent l’égalité tout en prenant en compte les spécificités de la vie à la campagne. Nous appelons donc à construire un nouveau droit opposable à l’Etat et aux personnes morales en charge de politiques publiques par les citoyens ou les collectivités locales. Nos propositions sont sur la table, elles ne demandent qu’à être précisées, amendées ou complétées.


1) Maintien ou rétablissement de services publics indispensables à la cohésion sociale et à la création de richesses

Il est primordial de garantir un temps d’accès minimum aux services essentiels et de base :
  • Santé : accès à moins de 45 mn d’une maternité, de 20 mn d’un accueil de médecine générale, mise en place d’une prime individuelle pour les médecins isolés, à l’image de ce qui existe pour l’exercice en groupe
  • Justice : accès à moins de 45 mn d’un tribunal d’instance, à moins d’1 h 30 d’un tribunal de Grande Instance
  • Education : accès à moins de 15 mn d’une école élémentaire et primaire (30 mn par transport scolaire), à moins de 25 mn d’un collège (45 mn par transport scolaire)
  • Services du Trésor : accès à moins de 20 mn d’une trésorerie, de 45 mn d’un centre des impôts
  • Service postal : accès à moins de 15 mn d’un bureau de poste ouvert au moins 26 heures par semaine
  • Accès au très haut débit : tout habitant, entreprise ou collectivité doit avoir accès aux voies nouvelles de communication
  • Missions d’accompagnement d’accès à l’emploi et à la formation (initiale et professionnelle) : accès à moins de 30 mn d’un lieu d’accueil et d’information.
Cela implique notamment de partir des besoins des habitants et non d’obligations d’économies purement comptables. Cela impose la suppression de la règle de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans nos territoires.

2) Création de zones franches rurales

Inspirées par les zones franches urbaines, cela permettra pour les entreprises déjà installées dans les territoires ruraux les plus isolés de bénéficier de conditions sociales et fiscales adaptées. Il faut en effet tenir compte de l’isolement géographique et de la saisonnalité du chiffre d’affaires : la fiscalité nationale et locale comme les cotisations sociales doivent être compatible avec ces activités qui très souvent s’apparentent à une mission de service public. Si nous savons accompagner ceux qui veulent s’installer, il est nécessaire de soutenir aussi ceux qui sont là et qui résistent pour faire vivre nos villages.
Ces zones franches permettront aussi d’adapter le rythme des mises aux normes dans des établissements à taille humaine (par exemple l’hôtellerie ou les stations services) qui sont menacées par des fermetures massives. Elles doivent être accompagnées de nouveaux outils bancaires, publics ou privés, qui tiennent compte de la spécificité de l’activité en zone rurale.
Elles prendront en compte la situation particulière des artisans et des commerçants en définissant un statut réellement protecteur pour ceux qui ont fait le choix d’entreprendre dans ces territoires.
Elles permettront la création de pôles de compétitivité ruraux et apporteront des soutiens spécifiques à l’économie agricole.
Elles permettront de bonifier les dotations de fonctionnement de l’Etat qui, à l’heure actuelle, sont deux fois moins importantes dans les zones rurales que dans les zones urbaines.

3) Soutien au bénévolat et aux associations qui rendent des services d’intérêt général

L’aide à l’action bénévole, comme les sapeurs pompiers volontaires, dont le statut précaire peut mettre en danger à terme les premiers secours, mais aussi les centres sociaux, dont l’existence et les services aux familles sont parfois mise en péril par la remise en cause silencieuse des dispositifs d’aides publiques constituent quelques exemples de soutiens durables indispensables à la cohésion sociale de nos territoires. Le soutien durable aux lieux d’échanges et de débats, comme les comités de territoires ou les associations de développement est indispensable, car nous avons expérimenté ce qui doit être un élément fondamental de la citoyenneté de demain.

4) Invention d’une « nouvelle école »

Le bouclier rural est aussi une contribution pour repenser notre système scolaire. Nous proposons de généraliser les « ZEP rurales » c'est-à-dire les « aires rurales d'éducation concertée » (AREC). Nous demandons d’abord des classes à taille humaine (25 élèves maximum), des temps de transports scolaires compatibles avec le rythme de vie des enfants et l'encouragement à la scolarisation dès deux ans parce que la très petite section de maternelle est le premier lieu de socialisation.

5) Prise en compte de notre légitimité territoriale dans la réforme des collectivités territoriales

Le développement des intercommunalités rurales a renforcé le tissu rural. Tout aussi indispensable sont les parcs naturels régionaux et les pays parce qu’ils sont fondés sur la délibération collective et le contrat qui permettent d’inventer une ruralité moderne.
Alors que nous représentons 80 % du territoire, et que la réforme des collectivités territoriales prévoit de diviser par quatre le nombre de nos élus locaux, le bouclier rural doit prévoir la représentation de nos territoires en fonction de la population, certes, mais aussi de la superficie de nos territoires qui demandent d’être considérés comme des espaces à part entière, spécifiques et légitimes.

Conclusion

Les agriculteurs l’ont dit récemment avec beaucoup de force car la brutalité des variations de prix qu’ils subissent et les baisses de revenu qu’elles impliquent seraient inacceptables pour tout autre secteur d’activité : l’indifférence et le mépris ne sont plus supportables.

Le monde rural demande à être respecté et entendu. Nous, socialistes, devons relever ce défi du développement de nos territoires, nous en sommes capables. Il y a dans nos campagnes des forces extraordinaires qui ne demandent qu’à s’exprimer. Tous nos concitoyens veulent vivre avec des services publics de qualité pour pouvoir créer des richesses. Cela passe certainement par un nouveau pacte entre la République et le monde rural.

Pour vivre mieux ensemble, pour que nos campagnes se développent dans un équilibre entre villes et campagnes, nous demandons la mise en œuvre du bouclier rural !

Retrouvez la totalité du dossier sur le bouclier rural sur le site « Vers un bouclier rural » : http://www.bouclier-rural.net/

jeudi 11 février 2010

Sarkozy prend les ruraux pour des moutons


Nicolas Sarkozy a promis monts et merveilles aux monde rural. Des propositions insuffisantes ou irréalisables. Fabien Bazin et Jean-Philippe Huelin (PS) défendent plutôt un «bouclier rural», pendant égalitaire du «bouclier fiscal».
En déplacement mardi 09 février dans le Loir-et-Cher, le Président de la République a présenté les premières conclusions des « assises des territoires ruraux » qui ce sont tenues depuis l’automne dernier dans tous les départements de France.

Force est de constater que l’enfant de Neuilly n’a pas le feeling de ses prédécesseurs sur la question du monde rural. Il ne manque néanmoins pas d’aplomb pour soutenir ici ce qu’il détruit depuis son accession à l’Elysée. Incarnation française de Warren Buffett, le grand patron américain qui mène la lutte des classes contre les pauvres, Nicolas Sarkozy a donc joué du pipeau pour endormir une France rurale qui ressent, plus que jamais, les effets dévastateurs de la politique gouvernementale.

Au-delà des mots, les contours de sa « nouvelle économie de la ruralité » sont désespérément flous… En vantant la mobilité, il ne fait que reprendre une des valeurs-phares de l’urbanité ; les habitants des campagnes bloqués un peu partout en France par 10 centimètres de neige doivent apprécier ! On sait par ailleurs le sort que réservait la mise en place de la taxe carbone, heureusement censurée par le Conseil constitutionnel, aux habitants des zones rurales…

Sarkozy triche avec la ruralité

Notre président ne connaît pas le monde rural et il triche avec la ruralité : ce sont les conseils généraux et régionaux, très majoritairement de gauche, qui tentent de construire et de faire vivre des maisons de santé alors même que l’Etat les étrangle financièrement.

Sur les questions de santé, il est tout à fait insuffisant de promettre 400 bourses à des étudiants en médecine s’engageant à exercer pendant 10 ans en zone rurale. Il faut aller plus loin, revenir sur la liberté d’installation des médecins et instaurer, comme le propose l’UFAL, un numerus clausus régional sur-dotant les régions déficitaires en médecins généralistes.

En matière des haut-débit et de « fracture numérique », Nicolas Sarkozy enfile les perles de la bonne conscience sans se doter d’objectif ambitieux. Il faudrait ainsi attendre 15 ans pour que toute la France soit couverte par le haut-débit ! Sans préciser avec quelle technologie, les moins chers seront de toute façon déjà surannés d’ici 5 ans…

Il ne nous a soufflé que des propos lénifiants, recyclant pour l’occasion le débat nauséeux sur l’identité française et le déclinant en « identité rurale » dans une vision essentialiste que l’on croyait à jamais enfouie dans les tréfonds de notre histoire. Les ruraux demandent simplement à être traités comme tout citoyen français et non comme des citoyens de seconde zone. Il ne s’agit pas pour nous de refaire une politique de territoire qui ne serait qu’une compensation à la triste politique de la ville.

Sur ce dossier, comme sur d’autres, les collectivités locales n’ont pas attendu l’Etat pour agir. Nous considérons que l’accès au haut débit est, au XXIème siècle, aussi important que l’électricité a pu l’être au début du XXème siècle. C’est pourquoi la France devrait se lancer, sur fonds publics, dans la construction d’un réseau de fibre optique accessible à tous les foyers français. Rien de tel dans le discours du Président!

Pour un bouclier rural

Il faut aujourd’hui inventer une politique géo-sociale qui donne aux habitants des campagnes les mêmes outils de développement que les habitants des villes. Le monde rural ne veut pas la charité, il veut l’égalité.

Cette égalité passe la mise en place d’un bouclier rural. Quand le bouclier fiscal donne plus à ceux qui ont déjà trop, nous proposons de mettre en œuvre un bouclier rural qui garantisse l'égalité des droits et des chances au développement des territoires ruraux.

La première des dimensions à prendre en compte concerne bien évidemment les services publics. Comment ne pas exiger aujourd’hui un moratoire sur la suppression des services publics ruraux ? Il faut arrêter le démantèlement des services de l’Etat à la campagne : hôpitaux, maternités, écoles, bureaux de poste, perceptions, gendarmeries…etc. et garantir un temps d’accès décent aux services de base (santé et école).

Mais il faut aussi donner les moyens à cet espace de se développer économiquement afin que se réduisent ces déplacements pendulaires de plus en plus longs entre lieux de résidence et de travail. Il faudrait en réalité faire l’inverse de ce que fait le gouvernement de M. Sarkozy ! Les moyens sont là, les bénéficiaires de bouclier fiscal en savent quelque chose. Reste à réorienter l’argent public vers ceux qui en ont le plus besoin.

Fabien Bazin, conseiller général et maire de Lormes (Nièvre), Jean-Philippe Huelin, animateur du site « Vers un bouclier rural » et coauteur de Recherche le peuple désespérément (Bourin éditeur)

http://www.marianne2.fr/Sarkozy-prend-les-ruraux-pour-des-moutons_a185079.html

vendredi 29 janvier 2010

Vite, un bouclier rural pour les Français péri-urbains

A la suite du socialiste Jean-Philippe Huelin, l'Hérétique, militant MoDem, défend l'idée d'un "bouclier rural". Il appelle aussi les militants de son parti à se saisir du sujet de la ruralité.

Je ne puis que m'associer à l'appel de Jean-Philippe Huelin en faveur de la mise en place d'un bouclier rural. Je le rejoins entièrement pour estimer que les espaces ruraux sont les grands oubliés de la sphère politique. Je voudrais à cet égard souligner que c'est une erreur commune que de confondre les espaces ruraux avec la ruralité.

De fait, comme l'observe avec beaucoup d'intelligence et de finesse Jean-Philippe Huelin, les espaces ruraux ne sont pas exclusivement le lieu d'expression et d'évolution du monde agricole, mais, bien au contraire, un déversoir pour d'ex-urbains refoulés des villes devenues trop chères, trop hostiles.

C'est là que l'on trouve les précaires, les ouvriers (que la gauche croit disparus), les petites gens, les déqualifiés, les personnes âgées, les femmes seules avec enfants et j'en oublie d'autres, tous ces péri-urbains condamnés à consacrer parfois près d'une demie journée en transport pour pouvoir accéder à leur lieu de travail.

Onze millions d'invisibles

La droite décomplexée et bling bling a abandonné de longue date le monde paysan, désormais seul face à ses difficultés. Il reste quelques élus d'exception de toutes obédiences politiques qui tentent d'alerter, mais en vain, l'opinion du danger qui guette nos campagnes : délocalisations, fermetures d'hôpitaux, de lignes de chemin de fer, de tribunaux et d'écoles, disparitions de services postaux, c'est l'État tout entier qui fout le camp dans nos campagnes.

Onze millions d'invisibles, comme titrait Marianne2 mercredi dernier, onze millions d'invisibles (soit 18% de la population) dont plus personne ne se soucie, en moyenne bien plus pauvres que ces cités dont on nous rebat les oreilles jusqu'à nausée dans les journaux télévisés.

J'ai lu l'appel de Jean Lassalle (mon député MoDem favori) et André Chassaigne (communiste, mais personne n'est parfait) auquel je souscris totalement. C'est à juste titre que les deux députés dénoncent l'agonie des campagnes prises entre la marteau de la rentabilité et l'enclume des naturalistes (les députés ne l'ont pas écrit, mais moi je pense très très très fort aux Verts et à leurs relais médiatiques et politiques, y compris au sein-même du gouvernement...) qui voudraient en faire des réserves d'Indiens.

François Bayrou et Jean Lassalle ont fait de longue date leur cheval de bataille de la pérennité de l'État là où il a déserté. Il ne suffira pas d'assurer la survie d'une agriculture, comme le propose le MoDem, il s'agit de s'occuper des populations qui y résident. La lettre commune d'André Chassaigne et Jean Lassalle, les écrits et la constitution d'un observatoire de la ruralité digne de ce nom par Jean-Philippe Huelin montrent que cette cause peut réunir des hommes et des femmes par delà les clivages politiques.

Le MoDem doit être le porte-voix des oubliés

Le MoDem doit à mes yeux être le fer de lance et le porte-voix des oubliés. Le travail demeure à réaliser, parce que je n'ai vu nulle part dans le programme démocrate le moindre embryon de réflexion sur ces Français de l'ombre. Il revient aux seuls Jean Lassalle et François Bayrou d'évoquer leur sort, dans mon propre parti.

J'attends donc que la base militante et les commissions démocrates s'emparent de cette cause et produisent autre chose que des poncifs médiatiques sur la chose. Il faudrait en finir avec les appels citoyens, les join causes sur Facebook, les « sauvez ma planète » et autres bisounourseries, parce qu'il est grand temps de commencer à s'intéresser au peuple, désormais...

Je laisse à Jean-Philippe Huelin le soin d'aller secouer les puces des Socialistes sur le sujet...à chacun sa maison politique...

http://www.marianne2.fr/Vite,-un-bouclier-rural-pour-les-Francais-peri-urbains_a184352.html