mercredi 13 janvier 2010

Le jospinisme, la maladie gériatrique du socialisme

Deux militants Gaël Brustier et Jean-Philippe Huellin et un élu Mickaël Vallet, tous socialistes, fustigent le retour sur la scène médiatique de Lionel Jospin. Pour eux, l'auto-congratulation de l'ex-premier ministre est représentative de la sclérose idéologique du parti depuis 27 ans.

Il revient parce qu’il n’est jamais parti. Dans un livre de mémoires à paraître très prochainement, Lionel Jospin s’apprête à rappeler l’alpha et l’oméga de la pensée socialiste à ses camarades, ou du moins celle que les clercs et les intellectuels de système sont chargés de faire respecter. Le camarade Jospin va parler et l’enjeu est plus vaste qu’une autojustification égotiste.

D’aucuns reprocheront à Lionel Jospin de tenir le même discours depuis 2002. Ils auront tort. Lionel Jospin n’a pas changé depuis 1983 ! Metteur en scène de l’autocritique de sa propre défaite en 2002, il offre aux Français le seul regard qui lui semble légitime : le sien. Dans cette Eglise qu’est le PS, l’abbé Jospin, las d’en avoir été le principal docteur de la foi, souhaite depuis sept ans revêtir les habits du martyr. Son bilan était bon, c’est sa « perception » par les Français qui ne l’était pas. De l’inconvénient de gouverner la France, ce pays d’impies !

Rien de neuf en réalité, car l’enthousiasme pincé du camarade Jospin pour son « bon bilan » de 2002 fait irrésistiblement penser à celui manifesté à la tribune du Congrès de Bourg-en-Bresse en 1983. A l’époque, théoricien de la « parenthèse libérale », le Premier Secrétaire, empressé qu’il était de justifier le tournant libéral de l’action gouvernementale, concluait les débat en exigeant de ses camarades, « un Parti plus unanime pour l’appuyer ».

A partir de 1983, le PS devenait un parti « campé aux côtés du gouvernement », c’est-à-dire faisant siennes les contraintes qui pesaient sur l’action gouvernementale et cessant de facto d’exercer les fonctions d’un parti socialiste. Le PS, arrivé au pouvoir, voyait ses cadres se lover dans l’appareil d’Etat et bientôt ses anciens experts et ses hauts-fonctionnaires se ruer dans le secteur privé. La réussite sociale d’une génération remplaçait l’accomplissement du socialisme en France.

Pour agrémenter « idéologiquement » le quotidien, le PS se dotait de fausses consciences chargées de se substituer à l’idéal socialiste et à la « rupture avec le capitalisme » : « Europe sociale » et « antiracisme » devenaient les vasodilatateurs d’un Parti à l’encéphalogramme plat chargés de donner brièvement l’illusion de la maîtrise des choses alors que les « vents dominants » l’emportaient vers les rives du Potomac et l’Amérique reaganienne.

« Rien n’a changé en vingt-sept ans au Parti Socialiste ! »

Dans l’histoire du socialisme français, le jospinisme n’est pas un épiphénomène ou une incongruité historique, il est autant le produit des contraintes qui ont réellement pesé sur l’action des socialistes en 1983 que cette absence de volonté des socialistes que l’on pourrait définir comme le souhait de ne point penser le monde de peur que la raison ébranle ce à quoi ils sont souvent le plus attachés : le raisonnable. En conséquence, rien n’a changé en vingt-sept ans au Parti Socialiste !

Pas une idée neuve, pas une analyse novatrice, pas un poste électif qui n’ait échappé à l’appétit prédateur d’une caste qui s’est peu à peu substituée aux militants. Pour penser, aujourd’hui, le socialisme, on doit se réfugier en dehors du Parti Socialiste, voilà la conclusion – à notre sens erronée - de beaucoup. Lucile Schmid, vice-présidente démissionnaire du Laboratoire des idées socialiste, a rappelé récemment qu’on a opposé à sa candidature aux élections régionales le fait qu’elle serait une « intellectuelle ». Triste bilan !

Ce qui manque à la Gauche, au PS comme à ses « alliés », c’est la volonté de quitter enfin les années 1980 et de faire un retour vers le présent sinon vers le futur. Période de réussites individuelles hors du commun, ces années ont aussi été celles d’une glaciation idéologique de la social-démocratie et de la gauche française dans son ensemble et de l’emprise croissante d’une caste social-libérale sur le destin de la gauche.

Aujourd’hui, penser la globalisation financière, la nouvelle géopolitique mondiale et la géographie sociale française, c’est penser les fameuses contraintes que le PS met si peu d’énergie à vouloir desserrer. Pour bâtir un projet progressiste face aux droites européennes, nous devons penser l’alliance de l’idéal égalitaire et de la protection de la planète. Voilà des pistes pour sortir le camp progressiste de l’ornière. Cela passe aussi par un réveil militant !

Nous n’avions pas cinq ans au moment du Congrès de Bourg-en-Bresse de 1983, pourtant l’histoire nous a enseigné que, comme après 1920, comme après 1945, comme après 1969, la « vieille maison » pouvait être un des lieux d’élaboration d’une alternative politique et sociale. Il est temps qu’après les Français en 2002, les socialistes remercient définitivement cette fois le camarade Jospin. Aidons-les !

Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin sont membres du Parti Socialiste, auteurs de Recherche le peuple désespérément, Bourin Editeur, 2009. Mickaël Vallet est Maire (PS) de Marennes (17).

http://www.marianne2.fr/Le-jospinisme,-la-maladie-geriatrique-du-socialisme_a183444.html

mardi 12 janvier 2010

Discours de Régis Debray aux Assises du socialisme (octobre 1974)


Mes chers camarades, je ne voudrais pas alors que l'heure est à l'harmonie et à l'harmonisation des conclusions notamment, des divers carrefours et commissions, faire entendre une fausse note en guise d'introduction à cette séance plénière. Mais il y a une note, et même une musique, que l'on n'a guère entendue et qui est celle de la réalité internationale du moment, la réalité du rapport des forces internationales dans lequel nous nous trouvons pris. Je sais que c'est un bruit de fond particulièrement sinistre, mais il me semble dangereux de ne pas l'entendre.

J'entends bien que ce n'est pas l'objet de notre débat qui se doit à son titre : ce sont les assises nationales, mais cette mise entre parenthèses de la lutte des classes internationales telles qu'elle se développe actuellement est une nécessité de méthode, elle ne peut être, à mon sens un oubli pur et simple ou un refoulement inconscient, parce qu'alors on risquerait peut-être de verser dans l'utopie, et ce ne serait pas la première fois, mais les utopies paient et elles coûtent même très cher.

Comme le rappelait hier François Mitterrand, le projet de société s'inscrit dans le cadre d'une stratégie ; qui dit stratégie, dit lutte et combat, et qui dit lutte dit affrontement avec un adversaire.

Voilà une lapalissade qu’on oublie trop souvent dans ce genre de discussion ; il me semble qu'on n'a guère senti suffisamment la présence d'un adversaire et même d'un ennemi : il n'y a pas eu de carrefour, que je sache, sur les structures actuelles de 1'impérialisme, ni sur les problèmes du Tiers-Monde, ni sur la stratégie actuelle du capital international.

Disons franchement qu'on s'est occupé plus de ce que nous voulons et non de ce que l'adversaire veut et encore moins de ce que 1'adversaire peut faire.

Or, vous savez qu'une stratégie par définition qui ne tient pas compte de celle de l'adversaire et des moyens dont il dispose, cela s'appelle le Café du Commerce, connais toi toi-même, connais l'ennemi comme toi-même et tu gagneras sans bataille. C'est un proverbe chinois... je pense que nous devrions 1'écouter un peu.

Pour le dire en quelques mots, la bonne nouvelle de ces assises et c'est capital de s’exprimer ainsi, le socialisme que nous voulons n'est pas un socialisme comme les autres. Il leur sera infiniment supérieur, parce qu'il incorporera tous les acquis de l'histoire de notre pays et la France a une exceptionnelle maturité, fruit de plusieurs siècles de luttes qui trouvera son couronnement dans le socialisme qu'elle inventera à sa mesure.

Peut-être dira t-on un jour que la vraie histoire du socialisme ou l'histoire du socialisme authentique commencera ici, en France. Mais si notre socialisme ne sera pas comme les autres, il aura les mêmes ennemis que les autres. Bien plus, dans la mesure même où il instaurera un pôle d'influence, un pôle d'incitation et de rayonnement international sans précédent, il aura beaucoup plus d'ennemis que les autres. Je veux dire que ses adversaires naturellement seront prêts à tout pour lui barrer la route : Qu'est-ce que le Chili dans le monde ?

Un petit pays de 6 millions d'habitants coincé entre le Pacifique et les Andes, sans moyens économiques, cerné par des régimes hostiles, avec tous les fardeaux du sous-développement, et pourtant quand Allende en fut élu président, Kissinger a dit : "Il nous faut la peau d'Allende, car l'expérience chilienne peut avoir des contre coups en Italie et en France.

Alors, faites une règle de trois entre le Chili et la France et vous saurez ce que dira Kissinger devant le Comité des 40, au lendemain de l'arrivée au pouvoir, par la volonté du peuple, d'un gouvernement de gauche ! (Applaudissements)

Et pas seulement ce qu’il dira, mais ce qu'il fera.

Voilà ce qui nous indique que ces Assises ne sont pas un jeu de société, mais qu'elles engagent une partie très sérieuse où chacun doit savoir à quoi s'en tenir, je veux dire à quel adversaire il aura affaire.

Nous n'allons pas édifier le socialisme auto-gestionnaire sur une table rase, mais dans le monde tel qu'il est. Dans ce monde sévit une lutte de classes impitoyable dont les lois et règles s'exercent différemment ici et là, mais sont les mêmes fondamentalement partout, que l'on soit à Rome, ou à Santiago ou à Lisbonne.

Comme le rappelait hier Michel Rocard, nous ne sommes pas ici les intellectuels qui faisons les plans de la cité idéale dans un Club de discussion, mais des militants engagés dans un combat très dur, sans répit, où tout se paie.

Je rappellerai donc que dans le langage de la circulation automobile, on appelle l'illusion du mort celle qui consiste à calculer le dépassement d'une voiture sans faire entrer dans ses calculs la vitesse de la voiture qui vient en sens contraire, c'est-à-dire qu'il ne suffit pas de faire un programme, encore faut-il se donner les moyens de le faire passer dans les faits, c'est-à-dire estimer le rapport des forces, notamment les forces adverses et l'emploi que l'adversaire peut et entend faire de ces forces, et nous ne pouvons pas oublier que dans le monde tel qu'il est, le socialisme, et plus encore s'il est auto-gestionnaire, a des adversaires prêts à tout, à frauder, à mentir et à tuer le cas échéant.

Je rappelle qu'il n'y a pas deux univers en vis-à vis, sans rapports l'un avec l'autre, comme deux pages d'un journal que l'on ouvre, à gauche, la rubrique internationale sur laquelle on verse une larme de pitié ou même de solidarité devant toutes ces nouvelles d'assassinat, de complot, de corruption et puis, on passe à l'autre page qui est la page des choses sérieuses, des choses de chez nous, où l'on reste entra gens de bonne compagnie : le sang et la panique pour le Tiers-Monde, la correction, la démocratie pour notre monde à nous.

A ce propos, une parenthèse : il est regrettable que le terme ambigu de "Tiers-Monde" ait été repris dans le projet de société, puisque la fonction de ce mot est parfaitement imprécise et creuse, mettant dans le même sac des réalités aussi incompatibles que Cuba ou le Brésil, que le Bengladesh ou l'Emirat du Koweït… et que faire de l'Australie et du Japon… bref, il est regrettable que ce mot ait été inclus dans le projet tel qu'il est, car la fonction de ce mot est de faire croire que le Tiers-Monde est précisément tiers, c'est-à-dire étranger au nôtre, c'est-à-dire que nous n'avons rien à voir avec lui, comme si le Tiers-Monde n'était pas le sous-produit et l'envers du nôtre, comme si les lois qui président à son sous développement ne sont pas les mêmes que les lois qui président à notre développement à nous.

Bref, il n'y a pas deux ou trois mondes, mais un seul. (Applaudissements)

Et ce monde est celui où Kissinger rappelle à l'ordre l'Ambassadeur des USA à Santiago, parce qu'il avait osé conseiller à la Junte de torturer et de tuer un peu moins, c'est-à-dire avec un peu plus de discrétion, c'est-à-dire le même monde à deux stades de développement : quand le socialisme est encore un thème de discussion, de virtualité, une option pour des opposants, disons que la CIA, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, se contente de faire travailler ses analystes, ses spécialistes des masses média et de l'intoxication ; mais quand le socialisme devient un danger réel, alors ce sont les hommes de main qui remplacent les analystes et les tueurs sont là.

Ou alors croit-on que ceux qui ont planifié, financé, téléguidé l'assassinat d'Allende, de la démocratie chilienne, deviendront doux et généreux comme les oncles d'Amérique devant un gouvernement de gauche en France ?

Je doute pour ma part que la qualité de notre cuisine, les trésors du Louvre et les souvenirs de La Fayette suffisent à les attendrir pour longtemps !(Applaudissements)

Je rappelle donc que Salvador Allende, le Général Prats, que Michel Henriques et des milliers d'autres moins connus, dont on parle moins sont morts pour nous : les mêmes forces qui les assassinent aujourd'hui ne resteront pas les bras croisés demain chez nous.(Applaudissements)

Ce n'est pas un pronostic, ni un jugement de valeur, c'est un constat. La bourgeoisie internationale mène sa lutte de classes sans phrases, sans assises et sans colloques, mais avec une cruauté implacable et des moyens énormes.

Rappelons nous que l'ITT ne fait pas de sentiment, quand on fait des affaires, on n'y met pas du cœur, on pense en terme de rentabilité et d'efficacité, la bourgeoisie est à l'école du big business où seul compte le calcul, et non le sentiment.

Évidemment, nous ne devons, nous ne pouvons pas nous comporter comme elle, mais nous ne pouvons pas non plus faire comme si elle n'était pas ce qu'elle est : prête à tout.

Ces derniers temps des révélations nous sont venues d'outre-Atlantique, elles confirment l’intervention dès le début de Salvador Allende des organismes américains au Chili, on vous a dit que 7 millions de dollars avaient été investis sur ordre du conseil national de sécurité des Etats-Unis dans la subversion contre le régime démocratique chilien, faites la correction : il s'agit de 70 millions de dollars, car ça s'est écoulé au marché noir, mais l'important de ces révélations n'est pas dans le contenu qui confirme ce que tout le monde sait, mais dans leur forme : disons que pour la première fois dans l'histoire de l'Occident les dirigeants de l'Empire capitaliste les plus puissants reconnaissent officiellement le droit d'intervenir dans les affaires intérieures de n'importe quel pays de leur sphère d'influence.

Certes, les rapports internationaux n'ont jamais été régis par la morale, ni par le droit des gens. Mais une pudeur diplomatique imposait de considérer que les coups bas s'opéraient sous la table.

Eh bien ! maintenant, non, il existe une nouvelle légitimité impériale qui a remis officiellement le droit des peuples en cause, qui a remis officiellement en cause le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. C'est le sens qu'il faut, je crois, accorder aux diverses déclarations qui nous ont été faites. Je vous rappelle celle de Kissinger déclarant que si un pays est suffisamment irresponsable pour choisir la voie du communisme- a-t-il dit - nous ne pouvons rester les bras croisés et je vous rappelle les mots de Ford qui a dit que ce qui a été fait au Chili a été fait dans les intérêts des Etats-Unis et du Chili. Que le président des Etats-Unis soit le seul juge des intérêts des Etats-Unis, c'est juste, mais qu'il le soit pour le Chili ne peut que nous laisser rêveurs. C'est un message, un avis aux lecteurs qui sont envoyé aux chancelleries et aux peuples d'occident et qui nous dit : si vous ne vous occupez pas de vos intérêts, nous nous en occuperons pour vous, c'est-à-dire que si les Français venaient à oublier le sens des responsabilités de celles que M Ford voudrait leur voir prendre, eh bien ! il trouverait un moyen de nous les rappeler.

C'est là un exemple d'une nouvelle doctrine qui n'est pas entièrement neuve, puisqu'elle s'appelle la doctrine de la souveraineté limitée.

Et nous avons des exemples, devant nous, en Europe même, car cette doctrine s'applique partout, nous avons l'exemple de l'Italie tout près de nous, nous avons eu l'exemple de la Grèce où vous vous rappelez que fut annoncée d'abord à Washington la destitution des généraux fascistes avant qu'elle ait eu lieu.

Et nous devons aussi parler de la campagne d'intoxication sans précédent qui se développe contre le Portugal, et comme Claude Estier le rappelait dans l'Unité, nos camarades portugais sont très inquiets, ils ont toute raison de l'être, cette campagne n'est pas gratuite, elle signifie certainement le premier échelon de quelque chose de plus sérieux, l'exemple du Chili doit nous ouvrir les yeux.
C'est ainsi que nous avons vu sur les murs de Paris la couverture d'un hebdomadaire de grand tirage nous annoncer qu'il y avait eu au Portugal un coup communiste. Vous et moi, comme les Portugais, on croyait qu'il s'était plutôt agi d'un coup de la Droite fasciste déjoué par le mouvement des forces armées.

Eh bien ! il n'en est rien et nous avons de nouveau quelque chose qui, au Chili, s'est appelé le Plan Z et qui a été destiné à présenter le massacre de 20 000 Chiliens parmi les militaires fascistes chiliens comme un simple réflexe d'autodéfense.

Bref, je me résumerai. J'en ai fini. Je me résumerai avec quelques mots très simples. Je crois que nous sommes tous d'accord que l'unité des forces de gauche en France ne peut pas se concevoir dans la division et l'éparpillement des forces de gauche dans le monde. Nous ne vivons pas sur une autre planète que le Portugal, le Chili ou l'Argentine. La mise en oeuvre d'un socialisme exemplaire à la mesure de l'histoire de la France et de ses traditions politiques, mettra la France aux avant-postes de la lutte contre les adversaires du Socialisme.

La France a tous les atouts pour l'emporter et faire respecter son choix à ceux quels qu'ils soient et quel que soit leur prétexte, qui mettent en cause le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Cela est déjà arrivé dans l'histoire de France qu'elle tienne tête aux forces liguées de l'absolutisme et de l'arbitraire ; elle en a, en tout cas, les moyens matériels et politiques aussi, et elle en aura un peu plus les moyens après la fin de ces Assises.

Je souhaite que le rappel de ces quelques évidences n'ait pas fait l'effet d'un coup de pistolet dans un concert. C'est de toute manière, moins une fausse note, je l'espère, qu'un accord complémentaire. Je sais que je prêche des convaincus, et je n'en veux qu'une preuve : dans trois jours, François Mitterrand, à la tête d'une délégation du Parti Socialiste avec Gaston Defferre aussi, rencontrera Fidel Castro pour un échange de vues qui ne peut qu'être fructueux pour l'un et pour l'autre… (Applaudissements) … et puisque nous avons déjà eu droit à des dictons du terroir, permettez-moi de résumer mon propos par une autre lapalissade qui a l'avantage de se traduire dans toutes les langues : un homme averti en vaut deux.

Je vous remercie.(Vifs Applaudissements)

samedi 2 janvier 2010

Made in France ?

Les fêtes de fin d’année sont l’occasion, bon gré mal gré, de faire les courses dans toutes sortes de grandes surfaces plus ou moins spécialisées. Cette année, une chose bien nouvelle m’a sauté aux yeux : la présence sur certains articles de petites étiquettes tricolores portant les inscriptions « Made in France », « Fabrication française » ou « Produit en France ».

En l’espace d’un après-midi et le passage dans trois enseignes différentes de la grande distribution (textile, chaussure, jouet), j’ai vu se multiplier ce type d’étiquette « cocardière ». Tel le village d’Astérix au milieu de la Gaule romaine, il y a une résistance organisée et visible du « Made in France » au milieu d’un territoire que l’on croyait exclusivement réservée au « Made in China ». Voir ainsi des jouets en plastique d’une célèbre marque jurassienne rachetée récemment par un groupe allemand estampillés « fabrication française », cela fait chaud au cœur… Ainsi donc, tout ne serait pas parti en Chine… pas encore ?

Serait-ce alors un indice d’une certaine relocalisation d’une production exilée un temps en Extrême-Orient et revenue dans nos vertes contrées par souci environnemental et social ? L’histoire serait trop belle. Elle est d’ailleurs fausse puisque pour une relocalisation il y aurait dix délocalisations… On sait aujourd’hui comment un autre groupe jurassien, spécialiste de la fabrication de lunettes, a magnifiquement bien communiqué une relocalisation qui ne concernait en fait que 7% de sa production !

Nous voilà rassurés ! On est donc bien dans le domaine du marketing, de la « com ». Ces petites étiquettes sont comme des tests que les commerciaux de ces groupes, plus tout à fait français mais pas encore entièrement chinois, nous imposent : êtes-vous prêts à payer un peu plus cher pour acheter un produit fabriqué au pays ?

Derrière le cas de conscience commerciale, ces gens du marketing ont au moins compris ce que les dirigeants éminents de la gauche officielle refusent d’aborder : celle de la préférence locale en matière commerciale qui pourrait déboucher sur un nécessaire protectionnisme européen. Les amis de Pascal Lamy seraient ainsi bien inspirés de se rendre compte que même les consommateurs des couches populaires sont aujourd’hui prêts à acheter français (ou européen) dans les temples du libre-échange. Une bonne leçon pour débuter 2010.

Article publié sur Marianne2 :
http://www.marianne2.fr/Made-in-France-Le-retour_a183329.html

jeudi 24 décembre 2009

Slate.fr choisit "Recherche le peuple désespérément"

Jean-Laurent Cassely, journaliste de slate.fr, conseille la lecture de notre livre...

Catégorie Essai: Dessine-moi un électeur…

«Prolophobie»: c’est le terme qu’emploient les deux auteurs pour qualifier les sentiments qu’inspirent parfois les classes populaires à une élite de gauche un peu coupée du monde. Confortablement nichée dans des centres-villes douillets et «gentrifiés», cette élite ne voit plus vraiment la classe laborieuse qui s’est réfugiée dans le pavillon périurbain, désormais l’habitat ouvrier typique. Quant à la population rurale, c’est souvent en la beaufisant à grands coups de caricature que l’élite peut justifier son abandon progressif.

La fameuse fracture sociale entre le haut et le bas n’est donc pas indépendante d’une autre fracture, spatiale: dans les centres, les gagnants de l’économie de marché, au milieu et aux périphéries, tout le reste! Au-delà des très médiatiques (parce qu’explosives) banlieues difficiles qui jouxtent immédiatement les villes, se trouve un gros machin excentré et dispersé que l’élite ne croise plus. Un gros machin électoral qui, faute d’intéresser la gauche, continuera d’offrir à la droite de beaux lendemains électoraux…

Gaël Brustier, Jean-Philippe Huelin, Recherche le Peuple désespérément - Bourin éditeur– 17€

dimanche 20 décembre 2009

Où en est le débat sur les classes sociales?


Retour sur la soirée organisée par la Laboratoire des idées du PS grâce au site nonfiction.fr:

Le Laboratoire des Idées organisait mercredi 16 décembre un débat sur l’idée de classes sociales. Les participants livrèrent leur points de vue riches et variés sur une notion enterrée par les sciences sociales dans les années 1970 et 1980, et brutalement remontée à la surface depuis. Christian Paul, président du Laboratoire des Idées, lança le débat autour de trois questions centrales :

1) Dans quel sens peut-on parler de classes sociales ? Quelle est la bonne lecture de la société française à partir de ce concept ?
2) Comment décrire aujourd’hui les transformations qui bouleversent la société française, et leurs effets sur la stratification de la société ?
3) Qu’est-ce que ces clivages par classes produisent dans la démocratie française ?

Le sociologue Camille Peugny, auteur d’un ouvrage remarqué sur Le Déclassement, ouvra la discussion en décrivant l’évolution des inégalités sociales. Il fit remarquer que la nécessité de ce débat n’était pas le résultat d’une réémergence des classes sociales, qui n’ont jamais disparu, mais d’un retour de cette question dans les sciences sociales. Revenant sur le débat d’une "moyennisation" de la société à la suite des Trente Glorieuses , Camille Peugny indiqua quelques critères qui permettent d’affirmer que les inégalités sociales augmentent aujourd’hui, tels que l’augmentation continue des plus hauts revenus, une hausse de l’espérance de vie moyenne plus forte que celle des ouvriers, et un élitisme renforcé des grandes écoles en comparaison avec les 3è cycles universitaires. Aujourd’hui, la peur du déclassement et du chômage et la crispation envers les exclus minent la mobilité sociale. Il est donc de plus en plus difficile de réconcilier les exclus et les classes populaires qui ont un travail, car ils n’ont plus de conscience de classe en commun. Le problème consiste en grande partie à savoir à qui l’on s’adresse lorsqu’on parle des défavorisés. En effet, 80% des Français, d’après des enquêtes récentes, se diraient membres des classes moyennes. Parle-t-on donc aux classes moyennes qui croient l’être, ou aux classes populaires qui le sont objectivement ?

Le débat continua avec l’intervention de deux autres sociologues, Isabelle Coutant et Yasmine Siblot, coauteures avec Marie Cartier et Olivier Masclet d’une enquête sur les attitudes politiques des habitants d’un quartier pavillonaire de Gonesse, au nord de Paris . Elles présentèrent le travail de terrain qu’elles ont mené pendant trois ans pour tenter de comprendre comment votent les habitants, pour la plupart issus des classes populaires, ayant accédé à la propriété. Elles ont constaté que l’assimilation de la propriété privée et du vote à droite était loin de se vérifier. Le vote de ce quartier inhabituellement enclin à aller voter était, sur le long terme, partagé entre la droite et la gauche. Selon elles, le vote à droite et à l’extrême droite d’une partie de ces habitants s’explique par une attirance pour le discours stigmatisant l’assistanat, et une vision triangulaire de la société : il y a « eux » les riches au-dessus de nous, et « eux » les assistés en-dessous de nous. Ce constat faisait valoir encore une fois la désarticulation du lien social entre les « petits » et « petits-moyens ».

Enfin, les politologues Gael Brustier, coauteur de Recherche le peuple désespérément , et Stéphane Rozès ont finement resitué ces problèmes sociologiques dans le cadre des discours et représentations politiques qui les accompagnent. Le premier exhorta le Parti Socialiste à abandonner la sociologie minoritaire des « villes-centres » pour réintégrer la dimension spatiale de la société française dans ses perspectives. Le second rappela pourquoi c’est une erreur de penser que les Français ont adhéré aux thèses économiques libérales. La pensée majoritaire à son sens est antilibérale économiquement et se retrouve dans une part de la population conservatrice profondément attachée à l’engagement de l’Etat dans le marché. L’idée de Marx selon laquelle la fin du capitalisme signifierait une rupture du salariat avec les rapports sociaux se trouverait aujourd’hui inversée. Ce serait le salariat qui voudrait maintenir les rapports sociaux par crainte du déclassement, et ce serait les cadres, mobiles et transnationaux, qui permettraient le développement des forces productives. C’est ainsi que le discours de Nicolas Sarkozy en 2007 aurait trouvé un écho favorable au 1er tour des élections présidentielles à travers son articulation du distinct et du commun. Ce discours jouait les imaginaires des uns, « la France qui se lève tôt », contre celui des autres, « les assistés, les exclus ». Cependant, pour Stéphane Rozès, les exclus en tant que classe sociale n’existent pas puisqu’ils se définissent toujours positivement vis-à-vis des autres. Ce qui nous renvoie à la difficulté pour la gauche de parler clairement de (et à) ceux qu’elle cherche à rassembler derrière elle.

Cette soirée fort stimulante intellectuellement donna à donc à réfléchir aux militants venus nombreux écouter des enseignements qu’on ne regretterait de ne pas retrouver dans les discours politiques de leurs dirigeants.

http://www.nonfiction.fr/article-3004-p1-ou_en_est_le_debat_sur_les_classes_sociales.htm

vendredi 18 décembre 2009

La gauche peut-elle retrouver les prolos ?


En raison d'évolutions de long terme, et aussi sous l'effet de la crise, les différences de sensibilité politique et culturelle n'ont jamais été aussi faibles entre les classes populaires et les classes moyennes. Le temps est sans doute venu pour les partis de gauche de se défaire d'une vision dégradante des prolos, et de reconstruire une vraie majorité populaire.

Les ouvriers sont-ils de retour ? Une note récente de la Fondation Jean Jaurès intitulée « Les ouvriers français, valeurs, opinions et attentes » laisse entrevoir une réhabilitation de la classe ouvrière dans les discours politiques et, plus largement, un retour en force des thématiques des classes populaires. Ce n’est pas aussi flamboyant qu’un « Lip dub » mais, pour les socialistes et la gauche, c’est peut-être l’ébauche d’un nouveau rapport avec les classes populaires.

La gauche s’était progressivement mais sûrement éloignée de son électorat populaire après 1983. L’offensive du FN sur l’électorat populaire de droite à partir de 1983 puis de gauche au cours des années 1990 avait contribué à couper peu à peu la gauche des ouvriers et des employés. Rappelons les faits : en 2002, 1% des ouvriers ont voté pour le PCF, 11% ont voté pour le PS ! Et si Ségolène Royal a redressé la situation en 2007, il ne faut pas mésestimer le retard pris par la gauche dans l’électorat ouvrier et en particulier chez… les ouvrières ! Ces dernières, plus fragiles socialement que les ouvriers, ont massivement soutenu Nicolas Sarkozy au premier tour.

L’analyse de Jérôme Fourquet démontre que les ouvriers ne sont ni plus racistes ni plus homophobes que la moyenne des Français. C’est peut-être la fin d’un mythe, celle d’un peuple réduit à la figure de «Dupont-Lajoie ». Cela ferait le plus grand bien à la gauche de sortir enfin d’un certain racisme social et de la figure du « beauf » véhiculée par Charlie Hebdo, organe officiel de la prolophobie. Jérôme Fourquet décrit une France ouvrière manifestement beaucoup moins rétive au « libéralisme culturel » et sociétal qu’il n’y paraissait si l’on se référait aux discours élitaires. Il semble ainsi que 72% des ouvriers français acceptent l’homosexualité comme « une façon acceptable de vivre sa sexualité » contre 77% pour l’ensemble des Français. Ainsi également, sur la question de l’immigration ou des sans-papiers, il semble bien que les ouvriers, du moins les plus jeunes, n’en fassent pas une priorité puisqu’ils parlent moins des sujets qui lui sont reliés que la moyenne des Français.

Cette mise au point qui règle son compte à nombre d’idées reçues révèle ainsi la fin de la priorité donnée au sociétal sur le social. Les ouvriers sont, depuis plus de deux décennies, les principales victimes de la profonde mutation sociale que connaît notre pays sous le choc de la globalisation. Ce dernier point est le plus problématique… Quand l’auteur pointe le fait que les séquestrations de patrons sont beaucoup plus acceptées par les ouvriers que par l’ensemble des Français, ne faut-il pas voir enfin que la « lutte des classes » est, comme le disait François Mitterrand, un « fait » qu’il s’agit simplement de constater. Il est donc logique qu’en conclusion, Jérôme Fourquet fasse l’hypothèse « que c’est d’abord sur l’équité fiscale et la juste répartition des richesses que devraient aujourd’hui se déterminer électoralement les catégories populaires. »

Cependant, il est une réalité que l’auteur n’aborde qu’à moitié : celle de la géographie sociale des classes populaires. Certes, il y a une France ouvrière du Nord-ouest plus ouverte sociétalement que la France ouvrière du Nord-est. Mais l’essentiel n’est pas là, il réside dans la fracture béante entre une France des centres-villes et une France périphérique (périurbaine et rurale), entre une France connectée à la mondialisation néolibérale et devenue partie intégrante du « village global » et une France qui paye au quotidien le prix de la globalisation financière. Son potentiel déflagrateur est-il analysé ? En faisant de la seule « banlieue », des « quartiers », l’incarnation exclusive de la France populaire, les dirigeants de gauche ont souvent oublié de parler à la France des dominés. En remplaçant le prolétariat par les exclus, ils ont aussi acquis un rôle : celui de confesseur du système néolibéral, lui donnant l’absolution pour peu qu’il pratique charité et compassion humanitaire.

Il importe donc, en l’absence de parti tribunicien, de définir un projet républicain qui rassemble les Français; pas un catalogue de « bonnes intentions » mais une vision de la France qui répondrait à cette grande passion française, celle de l’égalité, hélas mise à mal par le cyclone du déclassement qui frappe notre pays. Il y a en France environ 60% d’ouvriers et d’employés et la situation de ces derniers est loin de correspondre au mythe de la « classe moyenne » qu’on lui faisait miroiter voici trente ans. Les stratèges de Nicolas Sarkozy ont d’ailleurs raison sur un point essentiel : ce sont les classes populaires, les ouvriers et les employés, le salariat des zones périphériques qui feront l’élection de 2012. Il est peut-être enfin temps d’en prendre conscience et de bâtir la coalition sociale majoritaire qui peut permettre de gagner en 2012 et de gouverner dans la durée.

Gaël BRUSTIER et Jean-Philippe HUELIN sont les auteurs de « Recherche le peuple désespérément », Bourin Editeur, octobre 2009

http://www.marianne2.fr/La-gauche-peut-elle-retrouver-les-prolos_a183134.html

mardi 8 décembre 2009

L'Hérétique suite...


Je poursuis la lecture du livre Recherche peuple désespérément, et j'en suis arrivé aux lignes dans lesquelles les deux auteurs font un tour rapide des discriminations qui frappent le peuple. Ils observent, par exemple, qu'une jeune issu d'un lycée rural a bien moins de chances d'entrer à science-po qu'un jeune des cités venu de Bobigny. Ils remarquent aussi que la gauche s'est polarisée sur les discriminations ethniques sans prendre garde que les discriminations sociales, aussi muettes que discrètes, étaient bien plus redoutables et prononcées. Tous les partis politiques soignent aujourd'hui leur "diversité". la diversité, c'est tendance, ça fait bien sur un plateau. Mais qui s"'indigne de ce que l'Assemblée Nationale ne compte plus un seul ouvrier dans ses rangs ? Fini les Monory garagiste, ou un Bérégovoy ouvrier-tourneur et premier ministre ! place aux élites embourgeoisées venus des centre-villes !

Il y avait ce week-end un congrès à Arras : le Mouvement Démocrate établissait un programme politique. Dans son discours de clôture, François Bayrou a évoqué une discussion avec Alain Dolium, actuel candidat à la tête de liste pour le MoDem en île de France ; Alain Dolium lui parlait alors des discriminations et voilà ce qu'il lui disait :

J'ai fait ce parcours. J'ai vécu ces discriminations et - une dont je parlerai dans un temps - mais on se tromperait en croyant qu'il n'y a que les garçons et les filles de peau noire ou d'origine étrangère qui vivent ces discriminations, parce que, a-t-il ajouté, les provinciaux à Paris, ceux qui ont de l'accent, ceux qui viennent d'ailleurs, ceux qui ne connaissent pas les codes, ceux qui ne savent pas comment on s'habille quand on sort dans le monde, ceux qui n'ont pas le parcours fléché, tous ceux-là vivent les mêmes obstacles.

Et Bayrou a alors conclu :

C'est bien de tous ceux-là dont nous prenons le destin en charge en ayant choisi les candidats que nous avons choisis. Il y a un peuple de travailleurs qui n'est pas représenté, un peuple de pauvres et, parfois, travailleurs et pauvres en même temps, un peuple de petits retraités - ma mère qui vient de s'en aller percevait pour sa retraite moins de 680 €. Je ne dis pas que ce soit rien, mais, après une longue vie de travail, ce n'est rien. Tous ceux-là constituent, pour nous, notre communauté d'origine, notre enracinement. C'est cet enracinement-là que nous allons porter dans cette élection.

Et moi, je le dis, je suis d'accord avec cette vision ; c'est d'ailleurs le sens de mes deux billets, l'un sur les ouvriers, l'autre sur la social-bourgeoisie. Et je pense, qu'au PS, Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin ont bien raison de se pencher sur la question. J'espère que leur réflexion ensemencera les programmes régionaux des Socialistes.

Pour nous, au MoDem, il ne nous reste plus qu'à bâtir des programmes régionaux qui intègrent ces populations oubliées, sans céder un pouce de terrain aux sirènes chics de la médiatisation urbano-centrée. Foin des métropoles, occupons-nous un peu du peuple...

http://heresie.hautetfort.com/archive/2009/12/07/c-est-quoi-une-discrimination.html

vendredi 4 décembre 2009

Où sont les ouvriers ? Où est le peuple ?


Un papier sur notre livre dans le blog de "L'hérétique", sympathisant MoDem qui trouve quelques vertus à cet ouvrage ce dont je ne peux que le remercier...en attendant la suite de sa critique.

Je parcours, depuis quelques jours, les pages de l'ouvrage de deux sociologues, Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin (tiens, un ancien du MRC...). Il s'intitule "Recherche le peuple désespérément". Ce livre s'adresse préférentiellement à la gauche, mais il m'intéresse beaucoup, parce que les observations faites par les deux auteurs recoupent une partie de mes interrogations et également bon nombre de mes observations.

En particulier, on a cru, au sein du landernau politico-médiatique (et pas seulement à gauche), à l'exclusion, malheureusement et il faut le dire, du Front National, que la classe ouvrière n'existait plus en France. Le PS, les communistes et même les Trotskistes se sont satisfaits des populations multi-assistées des logements sociaux des centre-villes ou des proches banlieues qui leur permettaient de se trouver une caution populaire à bon compte. Pendant ce temps, les classes populaires, repoussées bien au-delà des grandes banlieues, plongées dans une grande détresse, précarisées, affrontaient seules et abandonnées de plein fouet les effets pervers de la mondialisation.

Parce que l'industrie s'est réduite comme peau de chagrin, la gauche qui ne connaissait plus de classes populaires hors la bonne vieille industrie issue du XIXème siècle, n'a pas vu la précarisation croissante de tout un secteur de la population, péri-urbanisée, parfois rurale. Il a été plus simple d'y voir des beaufs, des électeurs du FN, des mineurs politiques dont il était préférable de limiter l'exercice des droits civiques, ces derniers ayant tendance à voter pas toujours comme il le fallait.

La gauche verdâtrisée a ignoré tous ces hommes et ces femmes, qui font jusqu'à 5 heures de trajet aller et retour pour venir travailler dans les métropoles, vivent dans des communes-dortoir de moins de 1000 habitants, n'ont d'autres choix pour se déplacer que d'utiliser leur automobile et ne connaissent plus des services publics que le nom que l'on en donne aux émissions télévisées, leur principale distraction.

Qui s'intéresse à ces gens ordinaires, qui vivent généralement de 100 à 200 kilomètres des grands centres urbains ? Quels partis politiques s'y déplacent ? Non, les préoccupations des populations boboisées des villes sont bien plus intéressantes, bien sûr !

Qui s'intéresse à la question ne sera pas étonné de découvrir que ces nouveaux ouvriers sont désormais en grande majorité des ouvrières...des femmes seules, souvent avec un enfant ou plus. La demande de productivité toujours plus forte a rendu la vie impossible aux ouvriers qui travaillent encore dans les secteurs industriels, d'autant que le maintien de leurs usines et ateliers dépend désormais de leur propension à faire mieux et moins coûteux que ceux des pays qui pratiquent le dumping social. L'externalisation des services, leur automatisation, mettent aussi sur le carreau les caissières, les opératrices diverses et variées, elles aussi soumises à des "objectifs" et à des cadences infernales.

La gauche, les verts, ont été très forts pour proposer de la culture, quelques allocations et empoisonner l'existence du petit peuple que désormais ces partis méprisent. Mais rien dans leurs propositions politiques, n'a été pensé pour leur redonner un espoir. Quant à la droite, sous l'égide de Nicolas Sarkozy, elle a consciencieusement appliqué le vieux principe qui dit que les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent... Les visites dans les usines ? de la poudre aux yeux. Même le vieux thème porteur de la sécurité (qui s'appuie sur la peur d'un déclassement social toujours plus violent pour ces populations fragilisées) aura fait long feu. Je l'ai dit ce matin, le gouvernement réduit toujours plus les moyens de fonctionnement de la sécurité intérieure : le peuple n'aura même pas cette consolation-là.

La précarité ne touche pas seulement des ouvriers sans qualification, c'est toute une génération de jeunes diplômés, désormais, qui est assomée par la vie chère, par les CDD et l'incertitude de leurs revenus, même à bac+5. Les jeunes sont les premiers à faire les frais de cette nouvelle donne. Bac+5 et le SMIG, cela devient désormais la norme pour une part croissante de la jeunesse diplômée. Et même pour ceux qui disposent d'un emploi statutaire, garanti à vie, l'avenir demeure incertain : n'est-ce pas Robert Rochefort, euro-député MoDem, qui observait récemment que dans l'Académie de Versailles, près de deux cent enseignants reçoivent une aide alimentaire d'urgence de la part des services du rectorat ?

Je n'ai pas fini de lire le livre de Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, j'en reparlerai donc ici. Je pense que sa lecture est salutaire pour tous les mouvements politiques. Je doute fort de recevoir les solutions préconisées par les deux auteurs, encore que, mais, j'estime que les populations péri-urbaines devraient faire l'objet de l'attention particulière de chaque parti.

En ce sens, j'appelle le MoDem à ne pas se laisser boboiser, notamment par des enjeux écologiques plaisants dans le principe, mais dont ces classes sociales feraient encore les frais. Le MoDem a été, je le crois, l'un des premiers partis à envisager sérieusement la nécessaire réindustrialisation de la France. Jean Peyrelevade, en particulier, en affirme l'absolue nécessité en raison de l'amplitude de la valeur ajoutée qui caractérise cette production économique. L'industrie n'a pas seulement un rôle économique, elle a un rôle social.

Ouf, c 'est l'une des priorités absolues du nouveau programme du MoDem. Dans ce programme, le premier chapitre porte sur l'économie, et le 1er sous-chapitre sur l'emploi. Le 13ème amendement du projet est le suivant : Développer l’emploi industriel par la relocalisation de certaines fabrications en France et en Europe ; évidemment, il faut le faire. Il faudra plancher même très sérieusement sur le sujet.

Ce sont les conditions de travail qui viennent juste après, dans le document préparatoire ; il y a un amendement, mais il n'engage à pas grand chose. Ce devrait être un axe prioritaire de notre réflexion.

Ensuite, nous devrions mener une réflexion sur la précarité qui ne se limite pas à l'industrie, mais qui touche les services et l'agriculture (et les ouvriers agricoles, alors !!!).

Soyons très clairs : ce n'est pas la peine de blablater sur le développement durable auprès des populations péri-urbaines. Ils ont d'autres choix à fouetter. Il faut leur proposer des solutions concrètes : par exemple, l'implantation d'une usine de production de panneaux photo-voltaïques, du côté d'Agen, c'est une réponse concrète.

Bref, nous autres démocrates et libéraux, reprenons la main et tendons-là aux populations abandonnées à leur sort depuis trop longtemps. Et ce n'est pas du lumpen-prolétariat des cités dont je parle, mais bien des honnêtes citoyens qui se crèvent la carcasse à ramener trois francs six sous chez eux. Ceux-là, personne ne leur dit jamais rien : innovons et incarnons, au MoDem, une véritable rupture. Si François Bayrou veut pouvoir continuer à parler au nom du Tiers État, il doit le prouver.

Ce n'est pas seulement le MoDem que j'invite à réfléchir, mais aussi les libéraux, qui se sont complètement désintéressés des classes populaires depuis un moment. Quelles propositions libérales pour les ouvriers ? Voilà un beau et délicat sujet de réflexion que les libéraux s'honoreraient à traiter avec d'autres réponses que les seul critères de productivité et de compétitivité...

http://heresie.hautetfort.com/archive/2009/12/04/ou-sont-les-ouvriers.html

samedi 28 novembre 2009

Notre travail vu d'Alsace


Une critique de notre livre issu du blog de la section socialiste de Mundolsheim :

Les deux auteurs de ce livre se sont appuyés, pour instruire leur démonstration, sur une documentation riche et variée et sur des éléments statistiques qui jusqu'alors avaient été plus ou moins négligés.

En guise d'introduction, ils rappellent le désamour qui signe désormais les rapports que les partis de gauche entretiennent avec les catégories populaires.
Ce faisant, ils s'attaquent à une représentation de "La France invisible", identifiée sous l'angle spatial, où ouvriers et employés sont rejetés à la périphérie des villes. Ce no man's land qui, faute de pouvoir se déterminer avec précision en vient à se décliner sous l'appellation de "rurbanité", sorte de néologisme résigné où se mélangeraient les apports de la ville et ceux du monde rural.

Ces territoires prenant la suite des banlieues voient leurs habitants, ni suffisamment exclus pour bénéficier des attentions des politiques sociales, ni suffisamment stigmatisés pour s'agréger aux stratégies des décideurs repliés dans les centre ville.

Ces oubliés des politiques sociales et de l'aménagement du territoire démontrent que la diversité qu'ils expriment ne reflète que très imparfaitement les connotations élaborées au sein des élites. Anonymisés, "ces petits moyens" constituent la majorité silencieuse, qui par son refus en 2002 comme en 2005 a exprimé un malaise profond que Nicolas Sarkozy a fort bien su instrumentaliser lors des présidentielles dans ses approches d'une société en crise.
Le livre se conclu par un appel à la gauche à décrypter ces colères qui montent face à la relégation territoriale et sociale, où ouvriers et employés recomposent à bas bruit l'essentiel d'une France rurale.

http://www.ps-mundolsheim.fr/article-recherche-peuple-desesperement-38582468.html

vendredi 27 novembre 2009

Interview sur la Radio publique luxembourgeoise

Voici deux extraits des journaux du 28 octobre 2009 de la radio publique luxembourgeoise 100.7. La présentation du journal est en luxembourgeois mais mes réponses sont en français ! Les Luxembourgeois sont plus particulièrement intéressés par nos développements sur le protectionnisme européen. Étrange, non ?

Journal du midi :
tilidom.com

Journal du soir :
tilidom.com

Le texte...et le son

Sur le lien suivant, une interview en ligne de Gaël Brustier sur les grandes thématiques de "Recherche le peuple désespérément" : http://luette.free.fr/spip/spip.php?article267

mercredi 18 novembre 2009

On ne peut pas plaire à tout le monde...

Un postscriptum de l'excellent Malakine dont on attend toujours la publication du premier livre...

mardi 17 novembre 2009

Rencontre au café du croissant


Gaël Brustier, coauteur de "Recherche le peuple désespérément" vous donne rendez-vous le JEUDI 26 NOVEMBRE A 18H30 pour une rencontre autour du livre au Café du croissant 146 rue Montmartre 75002 Paris. Métros Grands Boulevards, Bourse, Halles, Sentier...