vendredi 8 juin 2012

Ma réaction à mon exclusion du PS dans Causeur

David Desgouilles. Vous avez reçu une lettre vous signifiant que vous étiez exclu du Parti Socialiste après avoir accepté d’être suppléant du candidat MRC (chevènementiste) Arnaud Deborne alors que votre parti a investi une candidate. Normal, non ? 

Jean-Philippe Huelin. Oui, cela redevient normal au sens du respect des statuts mais rien ne l’a été depuis bien longtemps dans cette fédération. Je ne crie pas au scandale, je savais ce que je faisais mais je note simplement que le PS applique ses statuts à géométrie variable. 

DD. Nous avons déjà parlé dans ces colonnes de la personnalité du nouveau président du Conseil Général et de l’histoire incroyable du maintien des candidates socialistes, notamment dans la circonscription de Lons-le-Saunier qui nous occupe, candidatures qui ont toutes les chances d’être invalidées en cas d’élection. Mais généralement, les partis ne plaisantent pas avec les candidatures dissidentes. Le Jura ne déroge quand même pas à la règle ? 

 J-PH. Ma dissidence -qui n’est qu’une suppléance- aurait dû éveiller les esprits de mes camarades puisque je ne me serais pas présenté sans cette affaire qui va à l’encontre de la « République exemplaire » voulue par notre nouveau président. Le PS national fait l’autruche car au fond, il ne considère pas cette circonscription comme gagnable sinon il n’aurait pas donné son quitus à deux candidates invalidables (j’adjoins ici Sylvie Laroche dans la 3e circonscription qui encourt le même risque). Au-delà des statuts, il y a des principes et des valeurs mais beaucoup au PS, ici comme ailleurs, semblent ne plus s’en soucier. Que ce soit Christophe Borgel qui me signifie mon exclusion est pour moi le signe d’une défaillance profonde du PS. 

DD. Vous avez co-écrit des ouvrages avec Gaël Brustier sur le rapport de la gauche au peuple ou sur la droitisation des sociétés européennes. Vous avez aussi travaillé sur la notion de bouclier rural. Au-delà de votre mésaventure, pensez-vous que vos analyses ont été prises en compte par le PS, le Président Hollande et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault ? 

J-PH. Les livres ont été lus par certains dirigeants du PS, pas par tous, loin de là. Le bouclier rural est pour l’instant le parent pauvre puisqu’il n’y a même pas un ministère délégué à la ruralité au gouvernement et que je compte peu sur Cécile Duflot pour faire reculer cette inégalité territoriale-là. Mais au-delà de mes propres productions, ce qui m’afflige dans ce PS c’est son incapacité à réfléchir collectivement. Quand mon ami Laurent Bouvet parle des deux corps du PS, force est de constater que le corps-élection a absorbé le corps-doctrine. Le PS est devenu localement une agence de placement pour aspirants élus qui n’ont jamais pris le temps de réfléchir à ce que pouvait être le socialisme. Quand on écrit, quand on lit, on se fait donner une leçon de discipline par des fripouilles ou de jeunes ambitieux qui n’ont pas le bac ! Plus le PS se social-libéralise idéologiquement, plus il se stalinise dans son organisation. Cette exclusion ne change rien pour moi. Dans la 1ère circonscription du Jura, la candidature d’Arnaud Deborne est la plus intéressante et la plus porteuse d’avenir pour le Jura et pour l’actuelle majorité présidentielle. Nationalement, je retrouve une liberté de critique qui me convient sans doute mieux. Le Président Hollande et son gouvernement ont davantage besoin de vigies scrupuleuses que de béni-oui-oui arrivistes.

mercredi 6 juin 2012

Mon exclusion du PS


Ma réaction:
Je constate que les instances dirigeantes du PS m’exclut et préfère conforter un ticket de candidats invalidables. C’est un choix que chaque électeur de la 1ère circonscription du Jura pourra discuter dans les urnes dimanche prochain. Si je ne suis plus membre du PS, je reste socialiste.
J’observe aussi que le candidat dissident PS et ses soutiens à la cantonale de Dole Nord-est l’année dernière n’ont pas connu le même sort. Bref, les statuts du PS sont à géométrie variable.
En même temps, l’un des deux signataires de ce courrier étant Christophe Borgel, il y a des personnes avec lesquels on préfère ne rien avoir en commun. Que le PS puisse avoir à cette place un personnage comme lui pose problème !
J’invite les électeurs de la 1ère circonscription du Jura à aller sur le site de campagne d’Arnaud Deborne, il y a des idées et des engagements (et pas les photos des mairies de la circonscription…).

vendredi 1 juin 2012

Législative 2012 : Pourquoi je suis le suppléant d’Arnaud Deborne

Je suis cette année professeur d’histoire-géographie au lycée Jean-Michel de Lons et au collège d’Orgelet après l’avoir été au lycée de Poligny. Marié, père de deux enfants, âgé de 33 ans, je suis le coauteur de deux livres politiques dont « Recherche le peuple désespérément » qui a inspiré la campagne de François Hollande en direction des couches populaires. J’ai aussi collaboré avec Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg.

Candidat PS à l’élection cantonale de Moirans-en-Montagne l’année dernière, je soutiens totalement la candidature d’Arnaud Deborne et j’ai donc accepté de devenir son suppléant pour deux raisons majeures.

D’abord, je connais Arnaud Deborne depuis dix ans. Alors qu’il menait ici la campagne présidentielle de Jean-Pierre Chevènement, j’en faisais de même à Belfort. En arrivant dans le Jura en 2006, j’ai lu avec intérêt son livre « Quand le Jura s’éveillera » et me suis étonné qu’il ne soit pas adopté par les responsables politiques locaux (mais l’avaient-ils lu ?) qui y auraient trouvé des solutions intelligentes et innovantes aux défis du développement jurassien. Arnaud est la seule personne du Jura à maîtriser aussi bien, et tout autant, le jeu politique et la maitrise technique des grands enjeux d’avenir. De plus, dans un contexte où la vie politique locale semble prisonnière de professionnels de la politique (vieux ou très jeunes d’ailleurs), il est bon qu’un homme qui n’a jamais vécu de la politique et qui a travaillé à son compte entre de plain-pied sur la scène politique jurassienne. C’est le souffle du renouveau ! 

Par ailleurs, Arnaud Deborne est le seul candidat de la « Majorité présidentielle » capable d’être élu puisque la candidate socialiste n’a pas respecté le code électoral en achetant des encarts publicitaires dans la presse. N’en déplaise à mes camarades du PS, la candidate que nous avions investie ne porte plus nos espoirs d’alternance puisqu’elle risque l’invalidation en cas de victoire. C’est un fait. Il faut faire avec et proposer à nos électeurs une autre candidature. Puisque le PS n’a pas su désigner un autre candidat, je me devais de montrer le chemin vers une candidature irréprochable et pleine d’avenir. 

Entre les lois de la République et la discipline d’un parti localement à la dérive, je choisis les lois de la République. J’invite les électeurs à nous suivre dans cette démarche républicaine. Le vote utile pour la « Majorité présidentielle » et pour l’avenir, c’est le vote Arnaud Deborne ! 


mardi 20 mars 2012

Pour une critique radicale des fermetures de classes

Le risque est grand de voir les cortèges de parents défendant l’école ou la classe de leurs enfants devenir un nouveau marronnier de l’actualité hivernale. Cette folklorisation est certainement recherchée par les promoteurs des contre-réformes à l’œuvre sur le mode : « ces gens-là sont sympathiques mais totalement irresponsables ». Le résultat est connu d’avance : ne se sentent concernés que ceux qui sont concernés. Pour mener des luttes utiles, il faut donc comprendre et faire comprendre la logique politique sous-tendue par ces fermetures. Pour « agir local », il faut « penser global » et « critiquer radical » au sens d’extirper jusqu’à la racine les mauvaises herbes de la désertion des services publics. 

Comme toutes les grandes manipulations, rien n’est caché. Les « orientations » sont définies dans un « schéma territorial des écoles du Jura ». En voici quelques extraits : « A la rentrée 2004, le département comptait 351 écoles publiques, 311 écoles publiques étaient recensées à la rentrée 2009. Le département a connu des fermetures d’écoles mais aussi des créations de pôles scolaires concentrés ainsi que des fusions d’écoles maternelles et élémentaires au sein d’une même commune. Ces dispositifs ont permis d’instaurer une meilleure dynamique pédagogique, ont contribué à réduite l’isolement par des projets communs et ont favorisé la mutualisation des équipements et des matériels. Cette évolution était nécessaire, au regard des enjeux associés à la maitrise du socle commun de connaissances et de compétences (…) Le maillage départemental des écoles est toujours caractérisé par une extrême dispersion des petites structures. Cette situation présente de réels inconvénients : manque d’émulation pour les élèves, travail en équipe difficile pour les professeurs, repères insuffisants pour l’évaluation des élèves. (…) Il convient de privilégier les structures de 6 à 8 classes au sein de pôles scolaires. » 

Voilà donc les objectifs de l’Education nationale pour le Jura. N’ayons aucune crainte d’inégalité à terme, cela doit être la même politique dans tous les autres départements de France. Le Jura n’étant pas une principauté, la politique de l’Education nationale reste nationale et elle a deux angles d’attaque pour faire accepter ces contre-réformes : le pédagogisme et l’expertise technocratique. Le tout a un but caché : faire des économies budgétaires sur le dos de l’Ecole. 

Grâce à quelles manipulations, les hiérarques de l’Education nationale croient-ils nous convaincre que la grande école à 15 km apprendra mieux à lire, écrire et compter que l’école du village ? A-t-on constaté dernièrement une amélioration sur le front de l’illettrisme suite à la fermeture massive d’écoles rurales ? Quant à la dernière lubie pédogagiste sur le travail en équipe des professeurs, il relève une fois encore plus de l’idéologie punitive contre les professeurs que de l’ambition pour les élèves. Tout cela n’est qu’un emballage de faux-semblants destinés à leurrer le gogo. Le ministère de l’Education nationale est bien devenu celui des marchands de sommeil ! 

L’avenir orwellien qu’il décide est donc tracé : le modèle des écoles maternelles et primaires est donc…le collège ! Une école (un « pôle scolaire » en novlangue) par canton, c’est l’idéal pour l’administration de l’Education nationale. Autant le dire clairement et que les parlementaires qui votent le budget de l’Etat assument leurs choix politiques ! Qu’ils aillent expliquer à leurs électeurs ruraux que leurs enfants de deux ou trois ans devront prendre le bus matin et soir, manger à la cantine (pour ceux qui en auront les moyens, les autres feront sans doute un régime hypo-calorique dans le cadre d’un programme de lutte contre l’obésité !!) et donc passer plus de 12 heures par jour hors de chez eux. Quelle modernité ! 

Budgétairement, puisque seule compte cette entrée, l’Etat ferme les écoles et demandent aux communautés de communes de construire et d’entretenir les « pôles scolaires » et aux Conseils généraux de financer les transports scolaires, avec une économie non négligeable en temps d’austérité européenne généralisée qui ne déguise en fait qu’un transfert de charges de l’Etat vers les collectivités qui, elles, n’ont pas droit au déficit. 

Bref, quand une société préfère embaucher des chauffeurs de bus plutôt que des instituteurs, on peut douter de son dynamisme, on peut même craindre son déclin. 

Jean-Philippe Huelin 
Essayiste, co-auteur de « Recherche le peuple désespérément » (Bourin, 2009) et « Voyage au bout de la droite » (Mille et une nuits, 2011) 
Tribune publiée sur le site "27 par classe"

jeudi 2 février 2012

Contre la suppression de l'histoire-géographie en Terminale S

« Les élèves sont français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu'est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels droits leur impose la souveraineté de la nation. » C’est ainsi que Jean Jaurès s’adressait le 15 janvier 1888, dans les colonnes de la Dépêche de Toulouse, aux instituteurs de son temps. Comprendre le monde, transmettre des connaissances et former des citoyens sont encore aujourd’hui les principales missions des professeurs de la République. Ils tentent de le faire contre l’air du temps et parfois contre un pouvoir politique qui tourne le dos à l’exigence républicaine.

La réforme du lycée, décidée par le gouvernement en 2009 et appliquée aujourd’hui, en est un douloureux exemple. Elle a en effet supprimé l’histoire-géographie du tronc commun en Terminale scientifique qui, rappelons-le, accueille 50% des effectifs des sections générales. Cette réforme a donc nécessité une refonte du programme d’histoire-géographie en Première.

Il est devenu nécessaire de faire dans la seule année de Première ce que l’on faisait auparavant en deux ans. L’enseignement est ainsi dénaturé. La chronologie, pourtant essentielle à la compréhension de l’histoire, est rendue impossible par un nouveau programme thématique qui demande d’étudier la Shoah avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir ! Ainsi, un élève de Terminale scientifique n’étudiera plus l’histoire de la Vème République après 1962 ni les évènements ayant conduit à la situation actuelle au Proche et Moyen-Orient, ni l’histoire et la géographie des Etats-Unis au XXème siècle, ni l’Asie du Sud-est en géographie. Ce sont des outils indispensables à l’honnête-homme citoyen du XXIème siècle qui manqueront cruellement à nos élèves, nos futurs concitoyens.

Si les promoteurs de la réforme voulaient clarifier les filières au lycée, ils ont raté leurs cibles. Loin de n’être qu’une discipline littéraire, l’histoire-géographie est un outil pour comprendre le monde contemporain. Que penser en pleine crise économique, financière et sociale, celle dans laquelle nous vivons depuis 2008, de la quasi suppression de l’enseignement de la crise de 1929 dans les programmes ? C’est donc bien l’esprit critique et les humanités que l’on attaque une nouvelle fois.
Quelle incohérence d’ailleurs à supprimer en Terminale une discipline dont la maîtrise est nécessaire pour passer les concours d’entrée dans la plupart des grandes écoles en fin de Terminale ! Ne serait-ce pas une façon à peine masquée de l’Education nationale d’encourager ces élèves qui veulent passer ces concours à recourir à des écoles préparatoires privées dont les frais sont prohibitifs pour les élèves issus des couches populaires ?

Cette contre-réforme ne concerne pas que les professeurs d’histoire-géographie et leurs élèves. Je déteste tout corporatisme et n’y tomberai pas encore cette fois. De tout temps, quand un pouvoir politique attaque l’histoire-géographie ou la philosophie, c’est pour mettre au pas la société, pour empêcher le citoyen de se forger les outils qui lui permettent de rester libre, pour l’enfermer dans une complexité du monde qui le dépasserait et que seuls les « beaux esprits » pourraient percer. Le citoyen passif n’est pas le fruit d’une École républicaine. Il est donc du devoir de tous les citoyens de refuser cet assujettissement.

Cette mise au pas est d’autant plus insoutenable quand elle vient d’un pouvoir politique qui avait fait du retour à la chronologie son ambition ! Depuis, on a pu constater que, de Domrémy au plateau des Glières, l’histoire n’était en fait qu’un instrument au service d’une visibilité médiatique. L’histoire instrumentée pour convenance personnelle ou pour voter des lois mémorielles qui satisfont telle ou telle communauté n’est plus une discipline historique émancipatrice ; c’est un carcan qui enferme la pensée du sous-citoyen-téléspectateur.

Finalement, au-delà de ces considérations générales, nous le constatons chaque jour, cette réforme rend le programme moins intelligible à nos élèves et cela reste notre première préoccupation. Lors des États généraux de l’histoire et de la géographie tenus le samedi 28 février à Paris, l’association des professeurs d’histoire et de géographie a interpellé les candidats à l’élection présidentielle sur cette question. Leur position sera étudiée à la hauteur de l’enjeu.

Jean-Philippe Huelin, professeur d’histoire-géographie au lycée Jean-Michel de Lons-le-Saunier et coauteur de « Recherche le peuple désespérément » (Bourin, 2009) et « Voyage au bout de la droite » (Mille et une nuits, 2011)

mercredi 21 décembre 2011

mercredi 13 juillet 2011

MBF : aux côtés d'Arnaud Montebourg (2)


Primaire : pour en finir avec la «prolophobie»

En désaccord avec la fondation Terra Nova qui ignore la géographie sociale française en conseillant à la gauche d'abandonner les couches populaires, Gaël Brustier - proche d'Arnaud Montebourg - et Jean-Philippe Huelin estiment que la primaire du PS peut révéler l'existence d'une véritable coalition sociale majoritaire.

Les primaires ont une vertu fondamentale : s’adresser à l’ensemble du pays non seulement pour désigner un candidat, pour définir un projet mais également pour changer la stratégie électorale de la gauche. Au-delà des rebondissements de la campagne, la gauche a l’occasion d’opérer un réalignement électoral conforme à ses valeurs et aux attentes du pays.

Dès l’instant où les partis ont décidé de cesser d’être des consciences collectives, il fallait changer d’organisation. Les primaires sont un chemin vers la conscientisation d’un plus grand nombre de Français, elles ont représenté et représentent le meilleur moyen de faire se lever un imaginaire alternatif à celui des droites dans notre pays. Les critiques des primaires sont souvent inopérantes car elles se fondent sur une conception du parti qui précisément n’existe plus. Le vieux parti hérité de la section des piques de la Révolution, à la fois conscience collective et outil de cette conscience collective, a bien souvent sombré. Il n’existe plus qu’en apparence et rassemble souvent des supporters parfois moins politisés qu’une bonne part de la société (il suffit de contempler le lip-dub UMP paru l’an passé).

Reconnaissons à la dernière publication de la fondation Terra Nova le mérite d’avoir posé à la gauche une question stratégique déterminante pour l’élection présidentielle de 2012 comme pour sa capacité à gouverner dans la durée. Cette note stratégique assume – ou avalise – avec un fond d’honnêteté une stratégie pourtant perdante. Elle théorise les conséquences du tournant néolibéral opéré, mais jamais revendiqué, par le PS en 1983. Terra Nova a donc publié une sorte de « Bad Godesberg stratégique ».

Le refrain des sociaux-libéraux les plus assumés est simple : ne servant plus les intérêts des couches populaires, la gauche ne doit plus leur mentir et aller chercher ses voix chez les classes plus favorisées qui ont fait ses derniers succès électoraux… obtenus dans des contextes d’abstention massive.

Cette stratégie là fait l’impasse sur la réalité de la géographie sociale française, électoralement objectivée le 29 mai 2005 et dans laquelle la droite s’est fondue le 6 mai 2007. La ligne de front politique passe à la fois par le Nord-est et par les zones périurbaines. C’est là que c’est opéré un réalignement électoral qui a porté la droite au pouvoir. C’est aussi là que les conséquences de la mondialisation atteignent un point d’incandescence préoccupant.

Abandonner ouvriers et employés (qui sont majoritaires en France), concéder les seniors à la droite (dans un pays relativement vieillissant) a pour corollaire de miser sur l’abstention. C’est là le grand non-dit de la note de Terra Nova mais c’est aussi le pari d’une certaine gauche, qui ne se donne pas les moyens de la conquête du temps long. Ce non-dit se fonde néanmoins sur une réalité, maintes fois démontrée par le géographe Christophe Guilluy : la gauche ne gagne les élections que quand les classes populaires ne se déplacent pas. Pour autant, sommes-nous certains que la gauche va pouvoir répondre durablement aux attentes d’un électorat des villes-centres tenté par ce que nous définissons comme l’hédonisme sécuritaire, électorat qui lui se déplace certes pour voter, mais qui manifeste une volatilité certaine ?

Terra Nova théorise a posteriori une stratégie électorale subie plus que voulue par les social-démocraties européennes (et donc française) depuis vingt ans, structurellement perdante, conséquence de choix politiques par rapport à la mondialisation et qui ne permet l’accession au pouvoir que très provisoirement à une gauche incapable d’inverser la droitisation des sociétés occidentales. La preuve par Prodi.

Cette stratégie, appelée dans le cas de Terra Nova « France de demain » mais qui prend aussi l’apparence fantasmagorique des « classes moyennes », est perdante car minoritaire. Cette coalition sociale associant « les diplômés, les jeunes, les minorités, les quartiers populaires et les femmes », outre qu’elle additionne des pommes et des poires, ne permet aucunement d’avoir une coalition sociale majoritaire sur laquelle une gauche de transformation sociale puisse s’appuyer dans la durée. Terra Nova omet, dans sa référence à Obama, de dire que les stratèges démocrates ont parfaitement intégré que les Démocrates ne domineraient dans la durée que s’ils parvenaient à reconquérir la « majorité oubliée » : les cols bleus, la working class, délaissée depuis quarante ans par le Democratic Party. Avec la stratégie de Terra Nova, on abandonnerait d’ailleurs le moteur stratégique de la gauche qui est le « front de classe », variante du bloc historique théorisé par Gramsci, le combat pour l’hégémonie culturelle, condition à la prise du pouvoir, et la volonté transformatrice sur la société. Que resterait-il donc à une gauche qui oublierait ses électeurs, son histoire et plus encore sa mission historique ?

Le grand impensé de la gauche française qui lui permettrait de sortir de l’impasse apparente qu’elle connait est donc la géographie sociale née de la mondialisation néolibérale. Comment prétendre faire une note de stratégie électorale en oubliant que la gauche n’est majoritaire que dans les centres des villes et qu’elle perd du terrain à mesure que l’on s’en éloigne ? Il y a une France des perdants de la mondialisation à qui l’accès aux villes et devenu impossible et qui est reléguée de plus en plus loin des centres. N’est-ce pas à eux que la gauche doit s’adresser ? Est-ce un hasard si ce sont surtout des ouvriers et des employés (qui sont d’ailleurs souvent mariés et qui pèsent beaucoup plus qu’un quart de la population active !) ? Une certaine prolophobie empêche de voir que les solutions à apporter sont de deux ordres : économiques et sociales d’une part, culturelles et identitaires de l’autre. C’est la force de l’idée de démondialisation, portée par Arnaud Montebourg, que de répondre à l’un et à l’autre.

Une coalition sociale majoritaire existe pour la gauche ; elle se définit par le rapport à la mondialisation, mais aussi à la démocratie et à l’égalité, à l’autorité de l’Etat et à la volonté politique face aux marchés. C’était une bonne part de la recette victorieuse de 1981, occultée par les commémorations sirupeuses du 10 mai dernier... Elle rassemblerait les ouvriers et les employés, périurbains et ruraux, l’autre gauche des centres-villes (c'est-à-dire les jeunes diplômés précarisés et les banlieues) et tous ceux qui aspirent dans les couches plus favorisées à voir notre pays retrouver le chemin d’un vrai progrès. Nos concitoyens possèdent une partie de la solution. Ils pourront choisir, s’ils le souhaitent, lors des primaires d’octobre prochain un socialisme de transformation, fortement républicain. A nous, collectivement, de leur faire percevoir l’importance de leur choix.

Jean-Philippe Huelin, & Gaël Brustier, co-auteurs de « Recherche le peuple désespérément » (Bourin Editeur, 2009) et « Voyage au bout de la droite » (Mille et une nuits, 2011)

Marianne2, Mardi 12 Juillet 2011

lundi 4 juillet 2011

MBF : aux côtés d'Arnaud Montebourg

Ce jeudi après-midi, Arnaud Montebourg est venu soutenir les salariés de MBF. Après une visite très instructive de l’entreprise, il s’est entretenu avec Francis Lahaut, maire de Saint-Claude et Nail Yalcin, délégué CGT du CE. Il s’est ensuite adressé aux salariés, élus et militants présents. Alors que l’entreprise est mise en redressement judiciaire avec désignation par le tribunal de commerce de Lons d’un administrateur, il a rappelé qu’il connaissait bien la fonction des administrateurs et s’est engagé à suivre nationalement le dossier sanclaudien. Merci aux salariés pour leur accueil !





dimanche 26 juin 2011

Bouclier rural à Lamarche

Voici, sur le site de Rénover maintenant 21, le compte-rendu de la réunion de section des cantons d'Auxonne et Pontailler en Côte d'Or à laquelle j'ai participé vendredi soir. Encore un grand merci à mes camarades pour leur invitation !

mardi 21 juin 2011

Il y a 10 ans, une autre campagne présidentielle commençait...








Pourquoi le berlusconisme pourrait survivre à Berlusconi

La double défaite électorale de Silvio Berlusconi - municipales et référendum - n’entame en rien la vigueur des droites italiennes. Umberto Bossi, le chef de la Ligue du Nord, a profité de la fragilisation du Cavaliere pour exiger ce dimanche 20 juin, à Pontida, site de la kermesse annuelle de son parti, une réforme fiscale et la décentralisation vers le Nord de quatre ministères.

A lire la presse française, après ses revers électoraux des municipales du 30 mai dernier et du référendum de lundi 13 juin, Berlusconi serait proche de la sortie. Nous serions donc au terme d’un épisode politique qui a débuté en 1994 quand le magnat transalpin est devenu le Premier ministre new look d’une Italie engluée dans un affairisme qui finit de détruire la 1ère république italienne. Par abus de langage, certains parlent même de « fin du berlusconisme ». Rien n’est moins sûr tant Il Cavaliere sait, tel le phénix, renaitre de ses cendres. En sus, comme disait Auguste Comte, « on ne détruit que ce que l’on remplace » et l’on voit mal aujourd’hui l’alternative à la droitisation impulsée par Berlusconi.

La gauche italienne n'est pas en mesure de remplacer Berlusconi

Qu’y a-t-il en effet face au berlusconisme ? Une gauche divisée, sans stratégie ni stratège. Rappelons que la gauche italienne est représentée au Parlement italien par le Parti Démocrate (PD), ce dernier avatar du Parti communiste italien qui est hégémonique à gauche, et l’Italie des Valeurs (IDV) d’Antonio Di Pietro. Ce petit parti de centre-gauche s’est rapproché de la gauche plus radicale, absente du Parlement depuis 2008, incarnée par le parti Gauche, Ecologie et Liberté (SEL) où cohabitent communistes et écologistes. Or c’est cette gauche « marginale » qui a remporté les plus grandes victoires aux municipales – Luigi de Magistris (IDV) à Naples et Giuliano Pisapia (SEL) à Milan – et c’est elle qui est à l’origine du référendum victorieux contre l’immunité pénale du Premier ministre, pour l’interdiction du retour au nucléaire et contre la privatisation de l’eau, à l’occasion duquel elle a su s’appuyer sur les associations citoyennes et la « société civile ».

Le Parti Démocrate, sorte de gauche institutionnelle, tente bien de récupérer les récentes victoires électorales mais il pâtit d’une sérieuse défiance dans l’opinion. Ses chefs n’ont rien d’autre à proposer qu’une énième grande coalition électorale qui irait des communistes au centre-droit, comme en 1996 et en 2006. Or il manquerait à cet attelage la clé de voûte naguère incarnée par Romano Prodi, l’homme de la parenthèse au berlusconisme.

La droite italienne est encore majoritaire en Italie

Ce que la gauche italienne n’arrive pas à comprendre c’est la profonde marque (pas seulement publicitaire) que le berlusconisme, fondé sur l’égoïsme et l’hédonisme, a imprimé sur la vie politique. En vingt ans, il a imposé une droitisation qui va bien au-delà d’une simple victoire électorale. C’est pourquoi le berlusconisme pourrait bien survivre à Berlusconi. En effet, dans un contexte politique favorable à la gauche, un récent sondage sur les intentions de vote des Italiens publié dans « la Repubblica » accorde 39% à la majorité parlementaire (le Peuple des Libertés de Silvio Berlusconi et la Ligue du Nord d'Umberto Bossi), 13% au centre-droit (UDC et Fini) et 42.5% à la gauche. La droite est donc encore majoritaire en Italie…

Berlusconi affaibli, Fini provisoirement sur la touche, c’est Bossi, partenaire incontournable de la coalition parlementaire, qui organise donc une nouvelle contestation de l’intérieur à la politique gouvernementale en demandant le transfert symbolique de ministères de Rome vers la « Padanie » et une réforme fiscale qui, ici comme ailleurs, rimerait avec baisse d’impôt…pour les plus riches.

On retrouve ici la fameuse alliance de la conservation et de la contestation, fondement de la droitisation tel que nous l’avons envisagé avec mon complice Gaël Brustier. Et déjà pointe le bout du nez de Giulio Tremonti, ancien du PSI et principal artisan de cette droitisation. Ministre de l’économie de Berlusconi depuis 1994, il s’impose comme une solution de rechange en cas de chute de Berlusconi, voire en successeur officiel pour les élections générales de 2013 si Berlusconi tient jusque-là. Quand on sait que Tremonti pense pouvoir faire sortir l’Italie de la crise politique et économique en réformant l’impôt sur le revenu qui passerait de cinq tranches à trois, on comprend mieux comment fonctionne ce processus dextriste : cette droite-là est un tank qui ne connaît ni la pause, ni la marche arrière...

Jean-Philippe Huelin, Atlantico.fr, 21 juin 2011

dimanche 12 juin 2011

La désindustrialisation de la France continue

Des suppressions d'emploi ont été annoncées chez l'équipementier automobile MBF dans le Haut-Jura (450 emplois), d'autres sont envisagées pour deux sites de PSA à Aulnay-sous-Bois et à Sevelnord. Jean-Philippe Huelin tire la sonnette d’alarme concernant ce phénomène de désindustrialisation.

Il a été annoncé le 31 mai 2011, la suppression de 199 des 450 emplois de l’équipementier automobile MBF Technologies à Saint-Claude dans le Haut-Jura. Cette usine, plus connue localement sous son nom historique, Manzoni-Bouchot (MB), est le dernier reliquat d’un groupe né dans cette même cité après la Seconde Guerre mondiale. L’usine a une activité de fonderie d’aluminium sous pression et d’usinage de pièces pour l’automobile, en particulier pour le voisin sochalien Peugeot et pour Renault. L’usine est passée de plus de 800 personnes en 2007 à 450 aujourd’hui et donc 250 demain.

Ce pourrait être à terme une fermeture d’usine de plus, celle d’une entreprise familiale tombée en 1999 dans la financiarisation de l’économie avec son rachat par un groupe financier suisse puis dans les griffes de l’externalisation de Peugeot à qui MB rachète la fonderie de Villers-la-Montagne en 2002. Tout aurait pu s’arranger avec la reprise de la branche fonderie par un concurrent français, le groupe Arche, en 2007, mais ce ne fut pas le cas.

Aujourd’hui en effet, ces licenciements portent en eux un symbole et un signal d’alarme. Le symbole tient dans la désindustrialisation d’un bassin d’emploi, le deuxième en Franche-Comté (elle-même première région industrielle de France), qui se situe dans une très vieille région industrielle, loin des grandes villes. Saint-Claude est une sous-préfecture de 11 000 habitants au cœur d’une zone rurale, d’un parc régional et d’un bassin de vie qui a perdu 10% de ses emplois entre 1999 et 2007.

Mais il y a deux autres informations tombées ce jour qui mettent en perspective ce désastre industriel pour ce secteur du Jura et qui au-delà de lui sont un véritable signal d’alarme. La première information est le projet de fermeture du site PSA d’Aulnay-Sous-Bois. Pour le groupe français PSA, cela doit correspondre à une volonté de rattraper son concurrent français qui le devance encore en matière de délocalisation : Peugeot affiche 37,2% de véhicules assemblés en France, Renault n'en a produit que 26,4%. Dans ces conditions, nul doute que la pression à la délocalisation soit très forte sur les sous-traitants de Peugeot ! Il faut ajouter que Renault a pris de l’avance en faisant tourner à plein régime la fonderie de Dacia en Roumanie…

La seconde information est le montant du déficit de la balance commerciale française qui a atteint en avril 2011 plus de 7 milliards d’euros. Notons que parmi les causes de l’accentuation de ce déficit vient le repli de 1.5% des exportations industrielles dû à la baisse des ventes d’équipements automobiles.

Qui peut aujourd’hui encore nier le lien entre désindustrialisation, délocalisation, appauvrissement et chômage ouvrier ? On ne peut plus seulement proposer au monde ouvrier, comme l’a fait avec courage le Conseil Régional de Franche-Comté, des formations qualifiantes en attendant la reprise. La crise financière de 2008 a bon dos et sert de prétexte à une désindustrialisation beaucoup plus profonde. Il s’agit donc de s’attaquer aux racines du processus. Rôle de l’euro, mesures de protectionnisme à l’échelle continentale, combat pour la « made in France », valorisation des savoir-faire ouvriers, tels sont entre autres, les vrais sujets sur lesquels on attend les candidats aux primaires. A eux de nous convaincre que le futur président de la République pourra s’opposer à la désindustrialisation de notre pays ! Qu’ils viennent l’expliquer aux ouvriers de Manzoni-Bouchot à Saint-Claude, on saura les écouter.

Jean-Philippe Huelin - Tribune | Dimanche 12 Juin 2011