samedi 2 février 2013

Le vote FN chez les ouvriers, demande de protection ignorée des autres partis (fondation Jaurès)

PARIS, 10 jan 2013 (AFP) - - Les progrès du vote FN chez les ouvriers reflètent une "demande de protection" économique et sociale ignorée des autres partis politiques et la gauche doit pouvoir répondre aux "questions politiques" de "l'électorat populaire", écrit la Fondation Jean Jaurès.

"La montée du vote FN chez les ouvriers traduit une demande de protection - physique, économique, sociale et nationale - non prise en compte dans l'offre politique des autres partis politiques. Il n'est pas étonnant que, étant la seule sur ce créneau électoral, Marine Le Pen prospère", écrit Jean-Philippe Huelin, l'auteur de la note "Où en est le vote ouvrier?".

"A l'heure où le discrédit des hommes politiques augmente (...) son discours sur la sécurité, sur la sortie de l'euro (...), sur la mondialisation (avec les déclarations selon lesquelles la France doit +se protéger davantage+) colle avec une opinion publique, particulièrement au sein du monde ouvrier, en demande de protection à tous les niveaux", poursuit la note.

Jean-Philippe Huelin relève que tous les instituts de sondages ont placé en tête au premier tour de la présidentielle, chez les ouvriers, Marine Le Pen (28 à 35%), devant François Hollande (21 à 27%), Nicolas Sarkozy (15 à 22%) et Jean-Luc Mélenchon (11 à 18%).

"Pour autant, souligne-t-il, le premier parti des ouvriers reste l'abstentionnisme".

Jean-Philippe Huelin se penche sur les raisons économiques, sociales, syndicales et autres qui ont conduit au "désalignement" progressif des électeurs ouvriers vis-à-vis des partis de gauche, puis à un véritable "divorce".

"Que reste-t-il de présence ouvrière dans les partis censés les défendre? Bien peu. Même si le PS n'a jamais eu un recrutement fort chez les ouvriers, la culture ouvrière lui est de plus en plus étrangère".

Mais il dénonce aussi très sévèrement "l'égarement stratégique d'une certaine gauche" qui, après "trente ans de prolophobie", en reprochant aux ouvriers de ne plus avoir des valeurs de gauche, a estimé nécessaire de "construire une nouvelle coalition électorale" plus diversifiée. Jean-Philippe Huelin vise là Terra Nova, un autre centre d'analyses.

"Quelle place accorder à l'électorat populaire et surtout aux questions politiques qu'il soulève?", s'interroge en conclusion l'auteur.

"La gauche social-démocrate française dispose de deux stratégies diamétralement opposées", soit celle défendue par Terra Nova voyant le soutien à la gauche venir d'un "agrégat de strates sociales assez hétéroclites", ou bien la stratégie d'une "gauche populaire".

Celle-ci, souligne l'auteur, "refuse l'analyse facile d'une dérive droitière d'un électorat ouvrier juste bon à s'abstenir ou voter pour le FN, et entend contre cela porter la centralité de la question populaire dans le débat public".

mardi 29 janvier 2013

Brice Couturier distingue ma note sur France culture

Sur le site du think tank du PS, la Fondation Jean Jaurès, vous pouvez trouver une note très intéressante de Jean-Philippe Huelin, intitulée « Où en est le vote ouvrier ? ».

Huelin, qui a publié plusieurs essais, « Recherche le peuple désespérément » et « Voyage au bout de la droite », est de ceux qui, à gauche, ne se résignent pas à voir Marine Le Pen capter la majorité du vote ouvrier, avec près d’un tiers de leurs voix, en 2012. Il remarque une forte disparité entre l’Est de la France, où ce vote ouvrier pour le FN est très fort, et l’Ouest, où le phénomène est beaucoup moins marqué. Il observe que l’abstention est au moins aussi importante parmi les ouvriers que le vote FN.

C’est parce que c’est au sein du monde ouvrier que le discrédit envers la classe politique est le plus accentué. C’est tout particulièrement dans ce milieu que se fait entendre une demande de protection, « physique, économique, sociale et nationale » face à la mondialisation, qui grignote nos emplois industriels. Contrairement à ce qu’on croit souvent, le monde ouvrier n’est pas hostile au libéralisme culturel et sociétal. C’est pourquoi Jean-Philippe Huelin critique vertement la position récemment adoptée par Terra Nova qui prenait acte du divorce entre une classe ouvrière sur le déclin sur le plan numérique et la gauche, et proposait une stratégie électorale fondée sur une coalition entre jeunes diplômés et minorités ethniques et culturelles.

Huelin estime que la reconquête du vote ouvrier par la gauche, qui a commencé avec Ségolène Royal en 2007, passe par une stratégie de « gauche populaire », apportant des réponses à un besoin de sécurité, qui émane de toutes les catégories populaires.

vendredi 25 janvier 2013

Interview pour l'hebdo du PS du Finistère


Vous pouvez lire la totalité de ce numéro de "Cap Finistère" ici

jeudi 24 janvier 2013

Note sur le vote des ouvriers en Franche-Comté

Après un compte-rendu de ma note sur le vote ouvrier publié par la fondation Jean-Jaurès, vous pouvez lire sur le blog politique de France 3 Franche-Comté ma note, adaptation régionale de la première, donnant des pistes de réflexion sur ce vote dans la région la plus ouvrière de France, la Franche-Comté  :



Les ouvriers et le vote en Franche-Comté 

La Franche-Comté est la région de France où les ouvriers sont les plus nombreux en pourcentage. La question du vote des ouvriers est donc plus qu’ailleurs une préoccupation légitime pour les observateurs et les élus régionaux. Pour autant, nous manquons de sondages régionaux le jour du vote pour évaluer précisément, comme on peut le faire au niveau national, le sens du vote ouvrier. Je développerai donc ici quelques éléments adaptés à notre région de ma note publiée par la fondation Jean-Jaurès : « Où en est le vote ouvrier ? » 

Lors de l’élection présidentielle de 2012, notre région s’est distinguée par rapport au vote de l’ensemble des Français en votant au premier tour moins pour François Hollande (-2 points) et plus pour Marine Le Pen (+ 3 points). Cette situation ne fait d’ailleurs que dupliquer l’élection de 2007 puisque Ségolène Royal faisait 2 points de moins que son score national et Jean-Marie Le Pen 4 points de plus. De la même façon, précédemment, en 2002, Jean-Marie Le Pen faisait 2 points de mieux dans notre région que son score national aux deux tours de scrutin. Cette réalité ancre notre région dans une dynamique droitière plus large couvrant l’ensemble du quart Nord-est de la France. Jérôme Fourquet, en particulier, a mis en lumière l’importance stratégique de cette grande région pour le résultat de l’élection présidentielle et on constate que les régions Champagne-Ardenne, Lorraine, Alsace, le nord de la Bourgogne et donc la Franche-Comté ont voté majoritairement pour Nicolas Sarkozy au second tour. 

Cette France du Nord-est est aussi celle qui, en plus du littoral méditerranéen, donne à Marine Le Pen ses meilleurs résultats, partout au-dessus de 21%. On observe d’ailleurs que le bon score du président sortant au second tour est largement dû à un meilleur report des voix obtenues par Marine Le Pen au premier tour. Alors que la moyenne nationale se situe, selon les instituts de sondages, à un électeur FN sur deux, il y en a plus en Franche-Comté ce qui conforte une évolution née au cours des années 2000 et qui inverse ce qui se passait auparavant, au cours des années 80 et au début des années 90, quand l’électeur « sociologiquement de gauche » votant pour Le Pen au premier tour revenait plus volontiers vers la gauche au second tour. Le vote Le Pen a donc aussi changé de caractéristiques : il s’agit de plus en plus d’un vote d’adhésion à une partie du programme frontiste et non d’un simple vote protestataire. 

Cette France du Nord-est est enfin celle où les ouvriers sont surreprésentés. Avec l’Ouest intérieur, le Nord-est compte près de 20% de la population de plus de 15 ans qui est ouvrière. Si on regarde plus précisément dans notre région, la proportion est encore plus forte dans deux types d’espace : la bande frontalière et la grande périphérie des villes. En valeur absolue, les ouvriers sont bien sûr très nombreux dans l’Aire urbaine et à Besançon mais ils sont, dans les zones urbaines, sous-représentés. Or si la question des frontaliers arrive à trouver sa place dans le débat public (plutôt sous l’angle fiscal d’ailleurs), quand parle-t-on des navetteurs, ceux qui font plusieurs dizaines de kilomètres chaque jour pour aller travailler ? Quelles sont les politiques publics qui visent à leur faciliter la vie ? A dire vrai, ils semblent ne pas exister ; inconsciemment, un ouvrier habite près de son usine comme il y a cinquante ans. Le navetteur périurbain est trop souvent le grand oublié. 

En grossissant le trait, on observe ainsi trois types d’ouvriers qui ont chacun des comportements électoraux différents : 
  • L’ouvrier des villes ouvrières, celui qui habite à proximité des grands pôles de production de la région (Aire urbaine, Besançon), garde encore en héritage une propension à voter à gauche malgré un vote FN qui revient à son très haut niveau de 2002 mais sans l’atteindre totalement (surtout si l’on ajoute au score de Jean-Marie Le Pen celui de Bruno Mégret). Nicolas Sarkozy y réalise des scores plus faibles qu’en 2007 dans des proportions supérieures à son score régional, comme une sanction des promesses non-tenues au monde ouvrier. 
  • L’ouvrier frontalier est certainement le plus conservateur. Traditionnellement acquis à la droite, haut-Doubs et haut-Jura plébiscitent le président sortant dans des proportions parfois supérieures même à son score de 2007 (+ 2 points à Villers-le-Lac par exemple au premier tour, +3.5 points au second). Le vote FN est en repli par rapport à 2002 et reste bien en-dessous de la moyenne régionale. 
  • L’ouvrier périurbain ou rural habite entre 15 et 40 km environ des grandes agglomérations dans notre région. C’est un espace où les ouvriers sont surreprésentés et où le vote FN est le plus fort, souvent Marine Le Pen y arrive en tête du premier tour. On le voit très bien sur la carte du premier tour de la présidentielle 2012 où se dessine une couronne autour de l’Aire urbaine où partout le FN arrive en tête avec plus de 10 points de plus que le score régional de Marine Le Pen. 
Incontestablement, il y a une forte adéquation entre présence ouvrière et vote Front national. La Franche-Comté voit se reproduire, mais à un niveau d’adhésion électorale supérieure, la même dynamique qu’à l’échelon national : Marine Le Pen est d’autant plus forte que l’on s’éloigne du centre des grandes agglomérations et c’est à peu près l’inverse pour le candidat socialiste qui est très fort là où il y a le moins d’ouvriers, au cœur des grandes villes. Autre élément à retenir, le report des voix entre le FN et la droite entre les deux tours semble se renforcer, en serait-il de même si le report devait se faire de la droite vers le FN ? C’est à craindre comme l’ont montré les résultats de candidats FN dans certains cantons en 2011. Le bloc droitier est donc particulièrement puissant dans notre région. 

Tout laisse même à penser que le score de Nicolas Sarkozy aurait pu être plus fort avec une participation plus forte. Or cette participation en Franche-Comté est en repli, « lors des élections du printemps 2012, 48,1 % des électeurs de la région se sont rendus aux urnes à chaque tour de scrutin. C’est à peine mieux que la moyenne nationale, mais en net recul par rapport à 2007.[1] » Et l’on sait bien, quand on observe les résultats des élections intermédiaires, que c’est la gauche qui profite dans les urnes d’une moindre participation qui concerne surtout les couches populaires. La gauche sans le peuple est devenue la réalité. 

Cette situation ne doit pas manquer d’inquiéter les élus des collectivités locales, presque toutes dirigés par des socialistes. Le Parti socialiste détient le conseil régional, les quatre conseils généraux et presque toutes les grandes villes de la région. Avec la défiance qui monte envers le président de la République et le gouvernement (je signale au passage que François Hollande n’a plus la confiance que de 28% des ouvriers, soit une perte de 35 points depuis son élection, et Jean-Marc Ayrault de 19% seulement), les échéances de 2014 et 2015 s’annoncent particulièrement difficiles pour la gauche et plus encore dans notre région. 

mercredi 16 janvier 2013

« La gauche a tourné le dos aux ouvriers ! »

Vous venez de publier, pour la fondation Jean-Jaurès, une note intitulée "où en est le vote ouvrier ?". Avec la désindustrialisation et, parallèlement, le développement des services, la classe ouvrière a diminué, mais elle a aussi changé. Qui sont les ouvriers aujourd'hui ?

Le monde ouvrier a beaucoup changé. Il est loin de l’image d’Epinal que l’on peut encore s’en faire, loin du film « Faubourg 36 », loin des ouvriers de la « forteresse Billancourt ». Les ouvriers sont aujourd’hui plus qualifiés et travaillent dans des entreprises de plus petite taille. Ils sont moins souvent métallos, sidérurgistes ou ouvriers agricoles, plus souvent manutentionnaires ou chauffeurs de poids lourds. Les collectifs de travail se sont érodés, la syndicalisation moins forte, l’ouvrier est devenu « opérateur », la chaîne est devenue la « ligne ». Le travail s’est individualisé comme les rémunérations. En réalité, si beaucoup le croit disparu, c’est parce que l’ouvrier a perdu en « visibilité sociale ».  

Pourquoi cette perte de visibilité ?

Notons d’abord que le nombre d’ouvriers à certes un peu baissé depuis la fin des années 1970 (un peu plus d’un million d’ouvriers en moins) mais ils restent près de 6 millions et l’augmentation du nombre d’employés a largement compensé cette perte. A leur perte de visibilité, il y a d’abord des raisons économiques, liés aux transformations du processus de production avec le déclin de la grande industrie tayloriste mais aussi une perte de statut dans une mondialisation libérale qui précarise la production (le développement des CDD et de l’intérim pèse surtout sur les couches populaires). Il y a une raison essentielle, à cheval entre l’économique et le culturel, qui est l’éloignement entre lieux d’habitation et de production. Les ouvriers ne sont plus les « sentinelles de l’usine », ils ont leur voiture, ils habitent loin, parfois très loin de leur lieu de travail et cet éloignement vers des espaces où l’immobilier est moins cher n’est pas toujours voulu. Ils se sont « dilués » dans l’espace. Il y a enfin des raisons politiques. La « gauche officielle » a tourné le dos aux ouvriers, depuis 1983 pour trouver une date symbolique. Le prolo est devenu un affreux jojo pour l’intello de gauche parisien, entre « Dupond Lajoie » et le bœuf de Cabu. Bref, il ne compte plus, il n’a plus les valeurs de la gauche officielle comme l’a théorisé « Terra nova ».  

De quelle "gauche officielle" parlez-vous ? S'agit-il du Parti socialiste et rejoignez-vous l'économiste Bertrand Rothé lorsqu'il affirme que le PS a "tourné le dos à la classe ouvrière" ?

Je parle du Parti Socialiste mais aussi de la gauche intellectuelle sociale-démocrate qui a validé le mythe de la « classe moyenne » comme dépassement de la lutte des classes. On en arrive aujourd’hui à avoir 64% des Français gagnant moins de 500 euros par mois qui se classent parmi la « classe moyenne » et un ministre socialiste qui avoue n’avoir jamais cru à la lutte des classes… En ce sens je partage entièrement l’analyse de Bertrand Rothé.  

A propos de lutte des classes, vous évoquez dans votre note une "après-conscientisation de classe". De quoi s'agit-il ?

C’est la mission historique que ce sont donnés les socialistes que de conscientiser les ouvriers. Par delà les grands événements du XXe siècle, la gauche française est parvenue à capter environ 70% du vote ouvrier à la fin des années 1970. Cet alignement du vote ouvrier sur la gauche est le fruit d’un patient travail collectif qui n’a pas résisté à l’exercice du pouvoir par les socialistes au cours de la décennie 80. Aujourd’hui, la conscience de classe a disparu, les ouvriers n’accorent quasiment plus de prime à la gauche aux élections.  

Est-ce en cela qu'on peut dire, comme vous en émettez l'hypothèse, que les ouvriers se sont droitisés ? Commet cette droitisation se manifeste-t-elle ?

 Le concept de « droitisation » est assez ambigu. Il faut d’abord dire que le vote ouvrier s’est déplacé de la gauche vers la droite (hors Front national). C’est un fait qui s’observe très facilement en regardant les résultats des élections depuis 1988 ; le déplacement est de plus de 15 points. Il y a en sus la montée en puissance du vote ouvrier pour le FN qui est un fait établi. Pour autant, il y a aussi une notion idéologique au terme de « droitisation », les valeurs des ouvriers se rapprocheraient de celles des partis de droite. Cette allégation-là est beaucoup plus discutable, surtout pour les générations récentes d’ouvriers qui partagent assez largement avec leurs contemporains un certain libéralisme culturel. Sur le front des combats sociaux, les ouvriers restent en pointe ; ils ne sont pas devenus des adeptes du libre-échange ni de la dérégulation des marchés… En réalité, les ouvriers sont demandeurs de protections (économiques, sociales, nationales, culturelles) et force et de reconnaître que les droites se sont mieux positionnées sur ce terrain que la gauche. La gauche ne proposent pas ici d’alternatives aux discours de droite, elle refuse le débat, elle a fait du libéralisme l’alpha et l’oméga de son programme comme de son action signant la victoire (provisoire) de la stratégie Terra Nova.  

Justement : durant la campagne présidentielle de 2012, le candidat Mélenchon a tenu un discours très antilibéral sur le plan économique. Pourtant, son score chez les ouvriers n'est pas meilleur que celui de candidate communiste en 2007. Pourquoi ?

Parce que Mélenchon voit le peuple avec les yeux d’un homme des années 30, au mieux des années 60 ! Son discours social est certes très sympathique aux oreilles du professeur de collège qui n’a pas oublié qu’il est issu du monde ouvrier mais il ne passe pas si bien chez les ouvriers qui ne lui donnent presque pas de préférence (seul l’IFOP le place à 18% des ouvriers, les autres instituts le place au même niveau que dans le reste de la population). Laissons-lui tout de même le bonus d’avoir porter le fer avec le Front national avec un certain succès dans certains anciens bastions ouvriers où la gauche avait perdu toute boussole. Néanmoins, et malgré tout ce qu’il peut dire, son score chez les ouvriers est décevant. Il est beaucoup moins bon que celui de Georges Marchais en 1981 qui talonnait François Mitterrand dans cette catégorie si symbolique pour la gauche. Il n’a pas réussi car il ne répond pas aux préoccupations des ouvriers d’aujourd’hui. Son positionnement sur l’Union européenne et l’euro est flou. Son « grand cœur » à l’égard de l’immigration inquiète. Enfin, il semble plus s’adresser aux classes moyennes du secteur public, plus protégées, qu’aux classes populaires. Son incapacité à prendre en compte l’insécurité culturelle ressentit par l’électorat populaire lui a été préjudiciable.  

En somme, ni le PS ni Mélenchon ne parviennent, pour l'instant, à séduire l'électorat ouvrier. Quelles sont, selon vous, les conditions pour y réussir, notamment en vue des élections locales de 2014 ?

Si l’austérité permettait de réduire le chômage avant les élections locales de 2014, comme le Président de la République et le gouvernement le prédisent, il y aurait peut-être des résultats. Comme presque tout le monde, je n’y crois guère ; de même je ne pense pas que les grandes réformes sociétales favorisent un tant soit peu la confiance des ouvriers pour le gouvernement. Je rappellerais au passage que selon le dernier baromètre politique TNS-Sofres de décembre, le président de la République ne recueille que 28% de confiance chez les ouvriers soit 35 points de moins depuis son élection ; le premier ministre est à 19% ! Le chemin risque d’être long… On parlera du Front national qui pourrait amplifier sa progression chez les ouvriers mais les élections locales ne sont pas les meilleures pour le FN. Je crains que ce soit l’abstention qui l’emporte alors que traditionnellement, les élections municipales sont, avec l’élection présidentielle, l’élection la plus populaire. Je remarque que les ouvriers étaient 30% à s’abstenir au premier tout de l’élection présidentielle de 2012 contre 20% pour l’ensemble de la population. La démocratie sans le peuple est une option qui devient de plus en plus acceptable pour nos élites politiques. Cette évolution présente un risque bien négligé pour notre démocratie.

lundi 14 janvier 2013

La gauche cherche ses ouvriers

Un article sur ma note "Où en est le vote ouvrier?" dans :

jeudi 10 janvier 2013

Entretien dans "Le Monde"


Note pour la fondation Jean-Jaurès

Vous pouvez lire ma note sur le vote ouvrier qui a été publiée sur le site de la Fondation Jean-Jaurès.
Voici le lien

lundi 26 novembre 2012

Disparition d'Alain-Gilles Minella

Avec tristesse, nous avons appris la disparition d’Alain-Gilles Minella. 

Alain-Gilles a été l’éditeur de « Recherche le peuple désespérément », livre en lequel il avait immédiatement cru et aux auteurs duquel il avait, sans hésiter, donné une chance. 

Cette disparition consterne tous ceux qui ont connu Alain Gilles et apprécié ses qualités intellectuelles et humaines.

lundi 22 octobre 2012

Interview dans le Journal du Centre (rectificatif inclu !)


Rectificatif : 

L’interview ayant eu lieu par téléphone, quelques erreurs de compréhension de la journaliste se sont glissées dans cette interview :
  • Le parti communiste incarnait le vote ouvrier. Les ouvriers votaient à plus de 60% à gauche en 1978.
  • La question de la représentation politique se pose plus particulièrement pour les ouvriers. Les hommes politiques parlent des ouvriers au moment des élections mais peu (voire pas) d’ouvriers accèdent aujourd’hui aux mandats politiques.
  • Le monde ouvrier représente 27% de la population active.
  • Malgré les poncifs médiatiques sur « le vote ouvrier pour Sarko », Ségolène Royal a commencé dès 2007 la reconquête du vote ouvrier après l’échec de Lionel Jospin en 2002 (11% du vote ouvrier).
  • Il y a bien une droitisation du vote ouvrier (le vote à droite, FN exclu, grimpe de 19 points entre 1988 et 2007).
  • Le vote FN n’est plus qu’un simple vote de protestation. Il devient un vote d’adhésion aux valeurs défendues par Marine Le Pen.
  • Le poids du parti communiste donnait une représentation au monde ouvrier et la « société communiste » pouvait apparaitre comme une protection y compris pour les ouvriers ne votant pas pour le PC.
  • La reconquête du vote ouvrier doit redevenir une priorité pour la gauche.

vendredi 5 octobre 2012

Invité du festival du film ouvrier d'Imphy (Nièvre)

J'interviendrai au théâtre d'Imphy, vendredi 19 octobre 2012, sur le thème : "Que devient le vote ouvrier ?".

samedi 22 septembre 2012

Invité à l'université du MRC à Belfort

Table ronde n° 3 : Les Français et la gauche: géographie électorale et politique au lendemain des élections 

La séquence électorale a montré une évolution de la géographie du vote des Français. France de l’Est, France de l’Ouest, France des champs, France des villes. Des Lignes de fractures divisent le pays et dessinent des contrastes parfois saisissants. Au vote des centres urbains, majoritairement à gauche, s’oppose un vote des champs, très ancré à droite et même à l’extrême droite. Si ce phénomène était déjà apparu précédemment, il s’est très largement accru en 2012. La crise de la mondialisation permet-elle de l’expliquer ? Où sont les couches populaires ? Qu’ont-elles voté ? A quoi ressemble le nouvel électorat de la gauche ?

Intervenants : Catherine Coutard, secrétaire nationale du MRC,
Jean-Yves Autexier, ancien parlementaire
Jean-Philippe Huelin, professeur d’Histoire-Géographie

Jean-Philippe Huelin, originaire de Belfort, ancien militant MRC, était suppléant d’un candidat MRC dans la 1ère circonscription du Jura (il est professeur d’histoire-géographie à Lons-le-Saunier), ce qui lui a valu d’être exclu du PS. Il est membre d’un collectif Internet Gauche populaire qui milite pour une gauche proche des couches populaires (ouvriers et employés, qui rassemblent depuis 50 ans environ 60 % de la population active en France). Il s’inspire des travaux publiés par le géographe Christophe Guilluy (les fractures territoriales françaises, la fable de la mixité urbaine).

Au centre des grandes agglomérations : la France intégrée à la mondialisation. A la périphérie : la France de la contestation. Le prix de l’immobilier est un repoussoir pour les couches populaires. Dans les centres, il n’y a plus de mixité sociale, et la gauche a beaucoup de mal avec la périurbanisation (les pavillons). Historiquement, les grandes villes étaient en harmonie avec leur arrière-pays. Actuellement, elles sont tournées vers l’international. Le mythe des classes moyennes (collaboration de classes) a explosé. Le sentiment de déclassement est très répandu. Le vote FN se glisse dans ces interstices où la République est peu présente. Lors des élections 2012, les centres ont voté Hollande, le périurbain a glissé vers la droite et l’extrême droite. Le collectif Gauche populaire met l’accent sur le périurbain et le rural, là où sont les couches populaires, parce que c’est moins cher, et la pauvreté ne se voit pas.

Répondant aux questions, le coauteur (avec Gaël Brustier) du livre "Recherche le peuple désespérément" a complété ses propos concernant l’excessive et coûteuse urbanisation pavillonnaire (qui correspond au désir des Français, mais il faut re-densifier les villes), la difficile reconquête du rural par la gauche (Marine Le Pen gagne des voix en milieu rural grâce à son discours plus social) et la "gauche populaire", qui n’est pas liée au PS et est un groupe sans existence matérielle, pour le moment.

 Merci pour ce fidèle compte-rendu à Michel Sorin

vendredi 8 juin 2012

Ma réaction à mon exclusion du PS dans Causeur

David Desgouilles. Vous avez reçu une lettre vous signifiant que vous étiez exclu du Parti Socialiste après avoir accepté d’être suppléant du candidat MRC (chevènementiste) Arnaud Deborne alors que votre parti a investi une candidate. Normal, non ? 

Jean-Philippe Huelin. Oui, cela redevient normal au sens du respect des statuts mais rien ne l’a été depuis bien longtemps dans cette fédération. Je ne crie pas au scandale, je savais ce que je faisais mais je note simplement que le PS applique ses statuts à géométrie variable. 

DD. Nous avons déjà parlé dans ces colonnes de la personnalité du nouveau président du Conseil Général et de l’histoire incroyable du maintien des candidates socialistes, notamment dans la circonscription de Lons-le-Saunier qui nous occupe, candidatures qui ont toutes les chances d’être invalidées en cas d’élection. Mais généralement, les partis ne plaisantent pas avec les candidatures dissidentes. Le Jura ne déroge quand même pas à la règle ? 

 J-PH. Ma dissidence -qui n’est qu’une suppléance- aurait dû éveiller les esprits de mes camarades puisque je ne me serais pas présenté sans cette affaire qui va à l’encontre de la « République exemplaire » voulue par notre nouveau président. Le PS national fait l’autruche car au fond, il ne considère pas cette circonscription comme gagnable sinon il n’aurait pas donné son quitus à deux candidates invalidables (j’adjoins ici Sylvie Laroche dans la 3e circonscription qui encourt le même risque). Au-delà des statuts, il y a des principes et des valeurs mais beaucoup au PS, ici comme ailleurs, semblent ne plus s’en soucier. Que ce soit Christophe Borgel qui me signifie mon exclusion est pour moi le signe d’une défaillance profonde du PS. 

DD. Vous avez co-écrit des ouvrages avec Gaël Brustier sur le rapport de la gauche au peuple ou sur la droitisation des sociétés européennes. Vous avez aussi travaillé sur la notion de bouclier rural. Au-delà de votre mésaventure, pensez-vous que vos analyses ont été prises en compte par le PS, le Président Hollande et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault ? 

J-PH. Les livres ont été lus par certains dirigeants du PS, pas par tous, loin de là. Le bouclier rural est pour l’instant le parent pauvre puisqu’il n’y a même pas un ministère délégué à la ruralité au gouvernement et que je compte peu sur Cécile Duflot pour faire reculer cette inégalité territoriale-là. Mais au-delà de mes propres productions, ce qui m’afflige dans ce PS c’est son incapacité à réfléchir collectivement. Quand mon ami Laurent Bouvet parle des deux corps du PS, force est de constater que le corps-élection a absorbé le corps-doctrine. Le PS est devenu localement une agence de placement pour aspirants élus qui n’ont jamais pris le temps de réfléchir à ce que pouvait être le socialisme. Quand on écrit, quand on lit, on se fait donner une leçon de discipline par des fripouilles ou de jeunes ambitieux qui n’ont pas le bac ! Plus le PS se social-libéralise idéologiquement, plus il se stalinise dans son organisation. Cette exclusion ne change rien pour moi. Dans la 1ère circonscription du Jura, la candidature d’Arnaud Deborne est la plus intéressante et la plus porteuse d’avenir pour le Jura et pour l’actuelle majorité présidentielle. Nationalement, je retrouve une liberté de critique qui me convient sans doute mieux. Le Président Hollande et son gouvernement ont davantage besoin de vigies scrupuleuses que de béni-oui-oui arrivistes.

mercredi 6 juin 2012

Mon exclusion du PS


Ma réaction:
Je constate que les instances dirigeantes du PS m’exclut et préfère conforter un ticket de candidats invalidables. C’est un choix que chaque électeur de la 1ère circonscription du Jura pourra discuter dans les urnes dimanche prochain. Si je ne suis plus membre du PS, je reste socialiste.
J’observe aussi que le candidat dissident PS et ses soutiens à la cantonale de Dole Nord-est l’année dernière n’ont pas connu le même sort. Bref, les statuts du PS sont à géométrie variable.
En même temps, l’un des deux signataires de ce courrier étant Christophe Borgel, il y a des personnes avec lesquels on préfère ne rien avoir en commun. Que le PS puisse avoir à cette place un personnage comme lui pose problème !
J’invite les électeurs de la 1ère circonscription du Jura à aller sur le site de campagne d’Arnaud Deborne, il y a des idées et des engagements (et pas les photos des mairies de la circonscription…).

vendredi 1 juin 2012

Législative 2012 : Pourquoi je suis le suppléant d’Arnaud Deborne

Je suis cette année professeur d’histoire-géographie au lycée Jean-Michel de Lons et au collège d’Orgelet après l’avoir été au lycée de Poligny. Marié, père de deux enfants, âgé de 33 ans, je suis le coauteur de deux livres politiques dont « Recherche le peuple désespérément » qui a inspiré la campagne de François Hollande en direction des couches populaires. J’ai aussi collaboré avec Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg.

Candidat PS à l’élection cantonale de Moirans-en-Montagne l’année dernière, je soutiens totalement la candidature d’Arnaud Deborne et j’ai donc accepté de devenir son suppléant pour deux raisons majeures.

D’abord, je connais Arnaud Deborne depuis dix ans. Alors qu’il menait ici la campagne présidentielle de Jean-Pierre Chevènement, j’en faisais de même à Belfort. En arrivant dans le Jura en 2006, j’ai lu avec intérêt son livre « Quand le Jura s’éveillera » et me suis étonné qu’il ne soit pas adopté par les responsables politiques locaux (mais l’avaient-ils lu ?) qui y auraient trouvé des solutions intelligentes et innovantes aux défis du développement jurassien. Arnaud est la seule personne du Jura à maîtriser aussi bien, et tout autant, le jeu politique et la maitrise technique des grands enjeux d’avenir. De plus, dans un contexte où la vie politique locale semble prisonnière de professionnels de la politique (vieux ou très jeunes d’ailleurs), il est bon qu’un homme qui n’a jamais vécu de la politique et qui a travaillé à son compte entre de plain-pied sur la scène politique jurassienne. C’est le souffle du renouveau ! 

Par ailleurs, Arnaud Deborne est le seul candidat de la « Majorité présidentielle » capable d’être élu puisque la candidate socialiste n’a pas respecté le code électoral en achetant des encarts publicitaires dans la presse. N’en déplaise à mes camarades du PS, la candidate que nous avions investie ne porte plus nos espoirs d’alternance puisqu’elle risque l’invalidation en cas de victoire. C’est un fait. Il faut faire avec et proposer à nos électeurs une autre candidature. Puisque le PS n’a pas su désigner un autre candidat, je me devais de montrer le chemin vers une candidature irréprochable et pleine d’avenir. 

Entre les lois de la République et la discipline d’un parti localement à la dérive, je choisis les lois de la République. J’invite les électeurs à nous suivre dans cette démarche républicaine. Le vote utile pour la « Majorité présidentielle » et pour l’avenir, c’est le vote Arnaud Deborne !