mardi 29 septembre 2009

Série sur l’impossible rénovation interne du PS (4) : la démocratie interne

Les récentes affaires d’élections internes truquées ne semblent pas inquiéter plus que cela certains dirigeants du PS. On aurait pu s’attendre à une volonté très stricte d’application des textes en vigueur pour que les votes du 1er octobre prochain ne soient entachés d’aucune irrégularité. Il fallait sans doute beaucoup de naïveté pour penser que nos barons locaux joueraient le jeu de la démocratie interne à armes égales avec certains candidats jugés indésirables.

Cela n’a rien à voir avec des hold-uPS devenus célèbres. Cela se passe en Franche-Comté où il n’y a aucun réel enjeu si ce n’est la capacité d’un appareil politique à respecter l’équité entre les candidats au poste de premier des socialistes sur la liste régionale. Cette campagne ne fut pas totalement exemplaire. Je peux en témoigner, je suis candidat face à la présidente sortante du Conseil Régional…

Cela a commencé avec une profession de foi envoyée par la présidente sortante à tous les militants de la région AVANT le début de la campagne interne. Premier manquement à l’article 6.3 du règlement intérieur.

Cela s’est poursuivi avec l’absence d’Assemblée Générale des militants dans deux des quatre fédérations de la région (le Territoire-de-Belfort et la Haute-Saône). Manifestement, à la présidence du Conseil Régional, cela n’a gêné personne que la moitié des fédérations ne respecte toujours pas l’article 6.3. Deuxième manquement.

Dois-je ajouter à cela que le secrétariat national aux élections du PS, bien qu’averti rapidement de ces irrégularités manifestes, n’a pas cru bon d’intervenir auprès des premiers fédéraux concernés pour exiger d’eux l’équité de traitement entre les candidats.

Décidément, on saute comme des cabris, côté cour, pour faire croire à la rénovation (le vote sur le questionnaire a lieu le même soir) alors que côté jardin, on continue les petits arrangements minables avec le règlement intérieur. Ainsi va le PS…


Règlement intérieur du Parti socialiste.
Titre 6 : Modalités d’organisation des débats internes et des votes.
Article 6.3 : moyens mis à disposition

Durant tout le temps de la campagne interne, dont les délais sont fixés par le Conseil national, les parties en présence doivent avoir un égal accès aux publications et aux sites Internet fédéraux. Ils doivent notamment pouvoir y diffuser les informations relatives aux différentes réunions nationales, départementales et locales organisées dans le cadre de la campagne interne. Les modalités d’édition des supports fédéraux demeurent sous la responsabilité des Premiers secrétaires fédéraux, qui doivent proposer aux commissions fédérales un traitement équitable des informations, soit dans les publications régulières de la fédération, soit dans une édition ou un support spécifique. (…)

Avant le vote dans les sections, la commission fédérale doit organiser au moins une soirée départementale de débat contradictoire. La fédération doit en avertir les adhérents au moins deux semaines à l’avance et transmettre la date retenue au secrétariat national aux fédérations, pour permettre aux différentes parties de prévoir la participation d’un représentant. Durant le débat, les règles de stricte égalité doivent être respectées. Pendant toute la période de campagne interne, la règle de libre circulation dans chaque fédération et chaque section des orateurs désignés par chaque partie doit être respectée, dès lors qu’il s’agit d’adhérents du Parti socialiste.

Ce papier a été publié sur Marianne2 : http://www.marianne2.fr/PS-petits-arrangements-entre-amis-socialistes_a182264.html

Série sur l'impossible rénovation interne du PS (3) : le renouvellement générationnel et social

Les dirigeants du PS auraient bien pu attendre encore quelques semaines pour préparer en profondeur une véritable rénovation, ils auraient ainsi pu éviter quelques approximations bien dangereuses. Cela attend depuis 10 ans, on n’en est plus à quinze jours près ! Il est vrai que la direction a aimablement répondu à la demande pressante des présidents sortants de conseils régionaux qui craignaient la douche froide d’une participation interne ridicule sans ce providentiel questionnaire. La rénovation du PS sous les fourches caudines des barons ! Ça commençait bien !

Le résultat n’est guère à la hauteur de nos espérances : plus on avance dans ce questionnaire moins c’est clair. La 1ère partie concerne les primaires, j’y suis favorable, les questions sont limpides, la réponse des militants le sera sans doute. La 2ème partie concerne le non-cumul, j’ai déjà dit à quel point ces propositions ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux. Les 4ème et 5ème questions ne concernent en fait que les « solferinologues », ces chercheurs du temps passé, cousins des kremlinologues, et qui seront comme eux sans doute au chômage dans dix ans. Passons, aucun intérêt.

Reste la 3ème partie fourre-tout intitulée « La parité, les diversités, les outremers et le renouvellement générationnel ». Derrière cet inventaire à la Prévert se cache un reniement général : l’égalité républicaine. Je ne reviendrai pas sur le débat concernant la parité pour lequel j’ai la même analyse qu’Elisabeth Badinter. L’ambigüité de la question 3.3 est un modèle de jésuitisme : « Donnez-vous mandat au Bureau National pour fixer, pour chaque élection, des objectifs de renouvellement contribuant à une meilleure représentation des diversités de la société française, et pour cela, en réservant si nécessaire, des circonscriptions électorales ? »

J’y joins le commentaire de la commission rédactrice, il vaut son pesant de cacahuètes : « Il faut aussi créer les conditions d’assurer en notre sein la diversité, au sens le plus large du terme, sans instaurer de quotas, en visant l’accès aux responsabilités de militants issus de l’immigration, d’ouvriers, d’agriculteurs, d’employés du secteur privé…, qui sont aujourd’hui sous-représentés parmi les responsables et les élus de notre Parti. Il s’agit aussi de préparer aujourd’hui une nouvelle génération à exercer demain les responsabilités. L’expérience nous a appris que nous ne pouvions réussir qu’en s’y prenant suffisamment tôt et en réservant des cantons ou des circonscriptions pour mettre en application nos principes. »

L’ordre des « diversités » a-t-elle une importance ? Hier les femmes ; aujourd’hui, les immigrés, les ouvriers et les agriculteurs ; demain les homosexuels, les collectionneurs de timbres, les concierges à la retraite ? Tout cela est RIDICULE ! Jusqu’à quand le PS va-t-il se fourvoyer dans ce détricotage de l’égalitarisme républicain ? Quelle peut-être la légitimité d'un élu de la République quand il est en mission de représentation de telle ou telle communauté, mission obtenue grâce à je ne sais quel statut « de membre issu d’une des diversités françaises » ? Je trouve cela très méprisant pour eux. Ce fractionnement « génétique » de la population française me parait dangereux. Seule une profonde réforme sur le cumul des mandats, c’est-à-dire le mandat unique, peut apporter une respiration républicaine à notre parti au bord de l’asphyxie générationnelle et sociale. Le reste n’est que miroir aux alouettes !

lundi 28 septembre 2009

« Les Gens d’abord ! » : mais qui sont « les gens » ?

Les mots ont-ils encore un sens pour certains dirigeants socialistes ? On peut en effet se poser la question en voyant certains slogans (voir ci-contre) ou en écoutant certains discours prétendant vouloir « protéger les gens ». On a bien changé d’époque, aux « citoyens », « travailleurs », « ouvriers » ou « camarades » a succédé une forme dégradée du plus droitier « particuliers ». Par là-même, on évacue toute référence aux classes sociales dans la structuration du langage et donc de la pensée politique.

Lorsqu’une fédération socialiste, celle de Haute-Marne en l’occurrence, adopte le slogan « Les Gens d’abord » pour s’opposer à Nicolas Sarkozy, on comprend le chemin qu’il reste à parcourir pour reconquérir les classes populaires… Quand on veut « protéger les gens » en refusant de parler de protectionnisme, serait-il même européen, on joue les dames patronnesses contre les rapports de force ou plus fondamentalement le paternalisme contre le socialisme.

Si la gauche s’occupe de défendre les « gens », c’est qu’elle ne défend plus personne, voilà, en substance, ce que pensent beaucoup de citoyens. A ce vide de la pensée, il faut opposer l’analyse de la société et la constitution d’une stratégie nouvelle.

dimanche 27 septembre 2009

Profession de foi de Jean-Philippe Huelin, candidat au poste de premier des socialistes de la liste régionale en Franche-Comté


Assemblée Générale des militants jurassiens, Lons le 24 septembre

Notre Parti Socialiste est en crise, profonde, durable. La question du sens de notre engagement socialiste me semble être la question prioritaire à laquelle nous devons répondre. Il faut enfin sortir du théâtre d’ombres : nous proclamons défendre des couches populaires qui ne votent plus guère pour nous, voilà le problème. Le sens de ma candidature est d’apporter des éléments de solution.

1) Présentation personnelle

Je suis un enfant de la Franche-Comté : natif du Doubs, après une enfance passée dans le Territoire-de-Belfort, je suis actuellement professeur d’histoire-géographie dans le Jura. J’ai 30 ans dont 10 ans de militantisme à gauche : 6 ans au MDC et 4 ans au PS. J’ai eu l’occasion de tout faire : distribuer des tracts, coller des affiches, organiser une section locale, participer à un secrétariat fédéral, à une direction nationale, composer des tracts, des argumentaires, des discours, des tribunes…

Longtemps dans l’ombre, je contribue publiquement au débat depuis 2 ans : écriture de tribunes dans la presse nationale, lancement d’un cercle de réflexion sous le patronage de Jean-Jaurès à Lons-le-Saunier, création d’un blog politique « Pour un salaire maximum », écriture d’un livre qui sortira très prochainement intitulé « Recherche le peuple désespérément », mes activités politiques sont nombreuses.
Ma candidature est à la fois pleine de prétention (je m’excuse de ne pas être élu mais, que voulez-vous, on commence tous par là !) et pleine de respect et d’humilité pour ce grand parti socialiste si mal en point. Par éthique personnelle, j’ai repoussé toutes les demandes d’entretiens avec la presse depuis ma déclaration de candida-ture : une élection interne doit le rester par respect pour les militants.

2) Rénovation interne

Notre parti a bien besoin d’une rénovation en profondeur, pas seulement de procla-mation mais de réalisation immédiate. En devenant tous rénovateurs, nous avons oublié pourquoi il fallait rénover le PS ; nous devons en effet le faire pour retrouver la confiance du peuple, confiance que nous avons perdue au pouvoir en revenant sur nos engagements socialistes.

Je soutiens l’ensemble du questionnaire proposé aux militants le 1er octobre prochain mais je garde un goût d’inachevé : oui les primaires sont indispensables mais nous n’allons pas assez loin sur le non-cumul des mandats. Je suis un partisan du mandat unique et je souhaiterais que le PS franc-comtois montre le chemin en n’acceptant pas de cumulards sur ses listes lors de ces élections régionales. De même le renouvellement ne peut pas se limiter à l’incantation à une certaine « diversité » : que les élus sortants soient placés en second rideau me paraîtrait un sain principe d’émulation pour tirer nos listes vers le haut.

3) Stratégie socialiste

Avant d’aller au combat, il nous faudrait une stratégie pour gagner. Aujourd’hui, et encore plus depuis les européennes, le PS apparaît comme un parti en déclin, notre statut de principal parti à gauche est remis en cause. Nos partenaires Verts ont choisi l’autonomie au 1er tour, ils auraient eu tort de ne pas le faire. Ils nous obligent à relever le gant ; nous avons plus que jamais besoin de l’épreuve du feu électorale pour mériter notre prééminence à gauche. Soit nous trouverons en nous, dans notre idéal socialiste, dans notre souci de justice et de fraternité, des ressorts pour convaincre l’électorat, soit nous deviendrons une sorte de naine blanche, ces étoiles qui brillent encore alors qu’elles sont mortes. Brillant par le lustre de nos élus locaux, nous aurions péri par notre incapacité à faire valoir nationalement notre vi-sion du monde.

Pour moi, les régionales sont des élections nationales car elles seront le dernier test politique avant 2012. Comme en 2004, il faut réussir à nationaliser ce scrutin si nous voulons l’emporter. C’est une étape nécessaire vers la prise du pouvoir d’Etat dès 2012. Nous arrivons au bout du cycle que j’aime à appeler : « Démissionner global, panser local » : cette répartition perverse et provisoire des responsabilités entre une droite qui frappe le plus grand nombre et une gauche qui soigne les plaies. Demain, la droite peut tout reprendre et d’abord bon nombre de régions…

Il ne faut pas se laisser abuser par des débats inutiles sur les accords d’appareils. Le vote MoDem comme le vote Europe-écologie est un vote hyper-urbain rassemblant des couches sociales plutôt supérieures à qui il arrive de voter PS aux municipales. Mais cette France-là, n’est pas majoritaire. Elle vote Oui quand la France dit Non, elle vote Royal quand la France vote Sarkozy ! Il y avait 19 millions d’abstentionnistes aux européennes, surtout parmi les couches populaires périphé-riques, ce sont elles que nous devons aller convaincre !

4) S’adresser aux couches populaires

Nous vivons dans un parti qui entretient l’image d’un peuple mythique, qui n’existe plus en réalité. Nous ne sommes plus dans les années 70, la société française a été touchée de plein fouet par la mondialisation néolibérale qui a cassé l’espérance des classes moyennes qui ont aujourd’hui disparu. Nous n’avons plus que des gagnants de la globalisation, toujours plus riches et des perdants de plus en plus nombreux. Il faut donc revenir auprès des couches populaires, cette France périphérique (périurbaine et rurale) dont seul Sarkozy semble parler.

Ces couches populaires (ouvriers et employés) représentent encore 60% de la population active, plus sans doute dans notre région. Elles connaissent la stagnation des salaires, la précarisation du travail, le chômage, la hausse des cadences, le déclassement, le descenseur social pour leurs enfants… A qui la gauche doit-elle parler sinon à cette France-là ?

5) Répondre à leurs problèmes

Nous devons d’abord cesser l’hypocrisie de dire incessamment que l’Etat ne peut rien contre la mondialisation néolibérale et faire croire, les régionales venues, que notre région luttera. Notre région ne pourra pas grand-chose, il faut le reconnaître, mais ces élections sont un test, le dernier avant 2012, pour montrer à cette France qui souffre qu’une véritable politique alternative est possible à gauche.

Mais pour cela, il faudra être clair : ce sera Pascal Lamy, membre du PS et directeur de l’OMC, qui défend le libre-échange à tout va ou l’économiste Emmanuel Todd qui prône un protectionnisme européen. Comment assister béat à la désindustrialisation de notre pays et de notre région ? Je le refuse et je crois que la Franche-Comté, parce qu’elle est une des premières régions industrielles françaises doit mener « institutionnellement » le combat pour la préservation de notre outil de travail, pour vivre et travailler au pays, comme on ne dit plus. Toutes nos politiques régionales doivent être mises au service de cette main tendue aux couches populaires, cette France qui souffre et qui n’en peut plus.

« La crise consiste justement dans le fait que
le vieux meurt et que le neuf ne peut pas naître » (Gramsci)

samedi 19 septembre 2009

Campagne interne

Je défendrai ma candidature au poste de premier des socialistes sur la liste régionale lors des 4 Assemblées fédérales des militants qui auront lieu :
  • le 24 septembre, au CARCOM de Lons-le-Saunier à 20h
  • le 25 septembre, à la salle de la Malcombe de Besançon à 20h
Les dates des AG des fédérations de Haute-Saône et du Territoire de Belfort ne m'ont pas encore été communiquées.

vendredi 18 septembre 2009

Le sens d’un engagement (et d’une candidature)

Ma candidature au poste de premier des socialistes de la liste régionale en Franche-Comté suscite une certaine curiosité. J’ai néanmoins choisi de ne répondre à aucune sollicitation médiatique pour une raison simple : il s’agit d’une campagne interne au Parti Socialiste et la moindre des corrections et de livrer mes motivations en primeur aux militants socialistes qui seuls trancheront.

Je me contenterai ici de présenter mon parcours politique et mes récentes publications dans la presse :

Né à Montbéliard il y a 30 ans, je suis originaire de Delle dans le Territoire de Belfort. Mon engagement politique a commencé à l’âge de vingt ans dans les rangs du Mouvement Des Citoyens. J’y ai rapidement acquis des responsabilités : secrétaire de la section de Delle, membre du secrétariat fédéral, responsable Grand-Est jeune de la campagne présidentielle de Jean-Pierre Chevènement en 2002 puis enfin directeur de campagne législative de Jackie Drouet, candidat du Pôle Républicain dans la 1ère circonscription du Territoire de Belfort en 2002.

Eloigné de notre région pendant trois ans suite à une mutation professionnelle (je suis professeur d’histoire-géographie), j’ai eu l’occasion de faire campagne pour le « non » au Traité Constitutionnel Européen en 2005 dans le département du Var où j’ai adhéré au Parti Socialiste.

Revenu en Franche-Comté depuis la rentrée 2006, je suis professeur titulaire remplaçant dans le Jura. En politique, j’essaie d’allier le militantisme local à la réflexion plus générale. Dans le cadre du congrès de Reims, j’ai ainsi co-rédigé une contribution thématique sur l’influence de la mondialisation néolibérale dans les transformations de la sociologie française.

Depuis, j’ai beaucoup travaillé sur la déstructuration des couches populaires et sur les raisons de leur désamour avec notre parti. La réflexion portée par cette contribution s’est d’ailleurs poursuivie dans l’écriture à quatre mains d’un livre intitulé « Recherche le peuple désespérément », coécrit avec mon camarade Gaël Brustier et qui sortira le 15 octobre prochain chez Bourin éditeur.

J’ai eu l’occasion aussi de réfléchir à la situation de notre parti : de la spécialisation du PS dans les élections locales et des problèmes que cela entraine, à la déconfiture des récentes élections européennes qui s’expliquent, entre autres, par un décalage entre dirigeants socialistes et attentes populaires et par une absence de ligne suffisamment claire pour convaincre notre électorat « naturel ». Je pense que le PS doit revenir à ses fondamentaux pour retrouver le sens du peuple.

Soucieux du décalage toujours plus grand entre les élites urbaines et des couches populaires de plus en plus périphériques, j’ai dénoncé récemment les conditions d’application de la taxe carbone.

Depuis mes débuts au PS, je suis engagé dans son processus de rénovation. A cet égard, je défends la mise en place de primaires ouvertes et populaires de gauche car elles vont dans le sens du dialogue nécessaire entre formations et militants de gauche, chose que j’essaie de mettre en pratique à Lons-le-Saunier avec le « Cercle Jean-Jaurès » que je préside.

Par ailleurs, j’anime le site « Pour un salaire maximum », proposition qui pourrait permettre à la gauche de se retrouver sur une mesure symbolique mais concrète, aux antipodes de l’actuelle dérive néolibérale.

dimanche 13 septembre 2009

Série sur l'impossible rénovation interne du PS (2) : les primaires

Je vous propose une courte note de lecture du livre d'Olivier Ferrand et Arnaud Montebourg, Primaire, comment sauver la gauche.

Paru le 17 juin 2009, le rapport « pour des primaires ouvertes et populaires » rédigé par Olivier Ferrand et Arnaud Montebourg a, dans un premier temps, suscité peu de réactions. Ce n’est qu’au sortir de l’été, quand le fulminant député de Saône-et-Loire a menacé de quitter le PS s’il ne bougeait pas sur cette question que les primaires ont fait la une des médias et le devoir de rentrée des socialistes. Une fois de plus, le vent de la popularité sondagière a emporté les dernières réserves de la vieille garde solferinesque. Il est fort probable que les militants socialistes valident le 1er octobre prochain ce principe des primaires ouvertes sur lequel peu aurait parié il y a encore un an.

Pour les auteurs, ce n’est rien de moins qu’une révolution démocratique de la gauche, capable de sortir le PS de l’ornière politique dans laquelle il est embourbé depuis 2002. On peut douter de cette assertion sans pour autant négliger l’idée de primaires. La lecture de nouveau « petit livre rouge » finira d’ailleurs par emporter l’adhésion des plus sceptiques.

Après un retour sur les précédentes désignations des candidats socialistes à la présidence, les auteurs montrent les atouts (démocratisation du parti, engouement populaire) et les inconvénients (accès à la candidature très fermé, calendrier tardif, campagne courte et neutralisée, absence de moment fédérateur à l’issue du vote) de la dernière désignation interne de 2006.

Par la suite, la comparaison avec les modèles de primaires à l’étranger convainc de la nécessité de construire des primaires à la française qui s’inspirent plus de la primaire compétitive à l’américaine que de la primaire de légitimation à l’italienne ; pour une raison simple, nous n’avons pas de « leader naturel » à gauche aujourd’hui.

Quelles primaires à la française, alors ? Pour Ferrand et Montebourg, peu de doutes, elles doivent être ouvertes aux sympathisants, élargies à tous les partis de gauche qui le souhaitent avec un accès large à la candidature. Là où ils sont le moins affirmatif, cela concerne la procédure. Ils suggèrent en effet une primaire en deux phases : d’abord des éliminatoires puis un scrutin à deux tours. Les éliminatoires se dérouleraient en trois votes successifs sur la base de circonscriptions territoriales composés de dix départements limitrophes et différents à chaque vote, avec la nécessité pour le candidat de franchir la barre des 5% puis des 10% et enfin des 15% dans le troisième vote afin d’être qualifié pour la deuxième phase, celle du vote national à deux tours.

Si le procédé est complexe, il a le mérite d’entretenir une sorte de suspense sur une période assez longue ce qui oblige les candidats à dévoiler leur programme sans pouvoir rester dans une logique « d’image ».

Enfin, pour répondre à toutes les critiques, le dernier chapitre livre tous les arguments aux défenseurs du projet. Bref, un petit livre rondement mené qui répond largement à son objectif de départ : on est convaincu.

mardi 8 septembre 2009

Série sur l'impossible rénovation interne du PS (1) : le mandat unique

Ah, qu'il était beau le discours de clôture des Universités d'été de la Rochelle ! Ah, qu'il avait de la gueule ce projet de rénovation interne tant attendu ! Ah, que l'on attendait enfin, après la glaciation hollandaise, une véritable rénovation interne ! Las, depuis, on a appris que le non-cumul ne serait applicable qu'après les élections régionales et on a aussitôt compris que la consultation des militants prévue le 1er octobre n'avait pour seul but que de mobiliser des militants peu enclins, on les comprend, à venir entériner le choix des présidents de Conseils Régionaux sortants, qui ont tous, cela va de soi, un bon bilan, de repartir au charbon ! Honneur donc à ceux qui, comme Barbara Romagnan, continue de prêcher dans le désert des barons socialistes, dernière étape avant la mer ! ? (JPH)

La proposition formulée par Martine Aubry d'interdire le cumul des mandats au sein du Parti socialiste ne devrait s'appliquer qu'après les élections régionales, si jamais les militants y consentent. «N'y a-t-il pas le risque une nouvelle fois d'annoncer des propositions novatrices et de toujours de différer leur mise en œuvre?», s'inquiète Barbara Romagnan, conseillère générale PS du Doubs et docteure en sciences politiques.

Le discours de Martine Aubry à La Rochelle est encourageant, en particulier sa prise de position sur le mandat unique, outil essentiel de la rénovation du Parti socialiste et de la vie politique française, où 85% des députés et sénateurs détiennent un autre mandat électif. Cette décision est courageuse lorsqu'on connaît la pesanteur et la frilosité de certains sur cette question. En revanche, je m'inquiète du fait qu'elle propose que cela ne s'applique qu'après les élections régionales. N'y a-t-il pas le risque une nouvelle fois d'annoncer des propositions novatrices et de toujours de différer leur mise en œuvre ? N'y a-t-il pas le risque de renforcer ainsi le décalage entre les paroles et les actes, qui participe largement du discrédit des politiques ?

Avec le mandat unique, nous avons une occasion de traduire nos propos en actes sans attendre une prochaine hypothétique victoire en même temps que nous nous donnons les moyens de l'emporter aux élections à venir. En l'appliquant dès aujourd'hui pour la constitution de nos listes pour les élections régionales, c'est un véritable électro-choc que nous déclencherons, électro-choc sans doute indispensable pour remettre nos listes dans une logique de victoire, car nous savons bien que ces élections vont être très difficiles.

Premièrement, dans notre vision républicaine de la représentation, les élus n'ont pas de sexe, pas d'âge, pas d'appartenance sociale, pas d'origine, pas de couleur. Pourtant, notre parti - et les autres également - se ridiculise en payant des amendes parce que, ne respectant pas la parité hommes-femmes, il enfreint la loi qu'il avait lui-même fait voter. Si l'on exerce un seul mandat, au maximum trois fois de suite, cela libérera bien des places, et ne manquera pas de faire émerger de nouveaux candidats. Peut-être cela redonnera-t-il le goût de l'engagement et des responsabilités à ceux qui sont aujourd'hui éloignés de l'action collective. Notre parti mérite mieux qu'une moyenne d'âge supérieure à 55 ans, mieux que les maigres 5 % des moins de 30 ans, et beaucoup mieux que ces proportions anecdotiques en son sein d'ouvriers et de militants issus de la diversité.

Deuxièmement, le mandat unique pour les parlementaires, les présidents de Conseil général et de Conseil régional, et pour les maires des plus grandes villes, est une question de principe. Car, même si certains se sentent capables d'assumer 3 mandats, mieux que d'autres, un seul, nous sommes socialistes. Et, être socialiste, cela implique de partager le pouvoir, de la même manière que nous prônons le partage des richesses. C'est aussi une question de démocratie parce que tout le temps passé à autre chose qu'à son mandat est laissé aux services des collectivités ou de l'Etat. Mais les citoyens votent pour que leurs élus tranchent, décident, et non pas pour que les techniciens le fassent à leur place, quand bien même ils soient très compétents.

Troisièmement, c'est une question de crédibilité. Comment continuer à défendre l'idée qu'il est meilleur qu'une seule personne exerce deux mandats à la fois, plutôt que deux personnes ; travaillant ensemble en bonne intelligence, exerçant chacune un seul mandat ? Comment croire qu'un Président de Région ou de Département, qui serait en même temps parlementaire, remplirait mieux les tâches que lui ont confiées les citoyens, que deux personnes assumant chacune un de ces deux mandats ? Comment penser que le montant des indemnités des parlementaires, des Présidents de la plupart des collectivités territoriales ne justifieraient pas un engagement à plein temps pour chaque responsabilité ? C'est une question de crédibilité également parce que la perspective d'inscrire dans la loi une nouvelle limitation du cumul des mandats ne nous exonère pas de la responsabilité d'agir dès maintenant, de nous appliquer à nous-mêmes ce que nous prônons pour tous.

Le non cumul est une mesure qui ne coûte rien, qui est populaire, qui est salutaire pour la démocratie. Le non-cumul est aussi une façon de respecter nos concitoyens, en nous consacrant pleinement à la mission qu'ils nous confient. C'est également une formidable occasion d'ouvrir et de dynamiser notre démocratie. Alors pourquoi attendre ?

http://www.mediapart.fr/club/edition/article/010909/parti-socialiste-et-si-commencait-par-le-mandat-unique

samedi 15 août 2009

Socialistes, revenez à la maison ! par Jean-Philippe Huelin

L’initiative de Martine Aubry a fait un flop. Pour ses partenaires de gauche, la « vieille maison » est décidément trop fragile pour envisager toute extension. Ses piliers absents, le délabrement idéologique patent, ils ont renoncé à l’invitation dans cette «maison commune» de peur que le plafond ne leur tombe sur la tête ! On les comprend un peu tant cet empressement camoufle mal un certain déclin électoral du PS. Pour rassembler, mieux vaut faire envie que pitié!

Comment en est-on arrivé là? Beaucoup d’observateurs ont bien analysé cette étrange forme de lassitude réciproque entre les socialistes et son électorat populaire naturel ; ceux-ci n’étaient plus assez bien pour la nouvelle élite de gauche, ceux-là avaient trahi la promesse des fleurs de mai. Certes, mais ce progressif divorce n’aurait pu s’accomplir sans mythes de substitution destructeurs de l’idéal socialiste. J’entends par là la conversion des principaux dirigeants socialistes à la doxa des années 80: européisme et libre-échange sans parler du productivisme et de la promotion d’une culture petite-bourgeoise, déjà plus anciens. Il est inutile de fixer des responsabilités individuelles à cette dérive. Elle fut collective, tous ont plus ou moins trempé dans ce trouble bouillon de culture.

A tous les socialistes, les plus vieux comme les plus jeunes, les élus, les aspirants et les militants, à ceux qui sont encore volontaires pour continuer l’histoire et à ceux qui ne sont déjà pas trop blasés, j’ai envie de dire : Revenez à la maison ! Notre force pour changer le monde est dans notre histoire, dans nos racines, dans notre tradition. Les livres sont là, ils ne demandent qu’à être relus. Les pères fondateurs du socialisme sont plus modernes que jamais, il suffit de ne pas avoir honte d’eux!

Gramsci a montré la puissance des idées. Le combat politique est préalablement un combat culturel où il faut imposer ses idées dans le champ intellectuel et médiatique pour ensuite vaincre électoralement. Ce n’est pas en biaisant, en esquivant voire en renonçant à ses idées que l’on peut les imposer.Marx se friserait la moustache de notre crise actuelle. Ses réflexions sur le capitalisme qui tend à sa propre négation comme son analyse sociologique de l’affrontement politique en termes de classes sont d’une incroyable pertinence. Comment ne pas construire des réponses politiques à cette situation quand on se dit socialiste ? Jaurès qui définissait le socialisme comme «la République jusqu’au bout» doit revenir notre guide ; mais il ne suffirait pas, comme d’autres, de se servir de lui comme slogan: «Rallumer tous les soleils» n’est envisageable qui si l’on accepte de reconsidérer le peuple, de se réconcilier avec l’idée de Nation et de briser le cercle de l’exploitation.

Vaste programme d’études qui demande pourtant des compléments. On serait effectivement en droit d’attendre du PS qu’il se saisisse des questions idéologiques du moment posées en périphérie du socialisme et auxquelles le PS tourne, pour l’instant, ostensiblement le dos. Pensons à la question du protectionnisme européen défendue par Emmanuel Todd ou Jacques Sapir. Alors que le libre-échange est en train de désindustrialiser l’Europe, on ne peut pas rester les bras ballants sous couvert d’esprit d’ouverture, d’engagement européen ou de bons sentiments. On inviterait ici à la lecture des travaux de Régis Debray sur la nécessité pour toute communauté de se fixer une clôture. La limite est également une bonne entrée pour repenser la notion de croissance économique.

Qu’il est rafraichissant de voir fleurir des prises de position pour instituer un salaire maximum (pas encore de dirigeants socialistes mais gardons espoir…) d’entendre ces objecteurs de croissance lutter contre cette société de consommation autodestructrice. Pas de bonne conscience «bobo-écolo» ici mais une ferme envie d’inverser le sens de la machine. Leur décroissance ne devrait-elle pas être l’autre mot de notre socialisme? Comment ne pas terminer ce si rapide panorama sans morale socialiste. Le gros mot est lâché. Pourtant de Jaurès à Orwell, la morale ne faisait pas peur, au contraire, comme le montre la common decency, ce socialisme concret pratiqué par les milieux populaires, fondée sur des valeurs très simples (honnêteté, refus de la concurrence, convivialité) et revisité par Jean-Claude Michéa.

Revenir à la maison, c’est retisser les liens avec notre histoire socialiste. Seule la relecture des pères du socialisme nous permettra de remonter la pente car l’histoire nous a appris que les modernes sont ceux qui savent redonner de l’actualité au passé. La Renaissance du socialisme que nous voulons passe par là. Une fois ce travail intellectuel engagé, quand la maison socialiste ne sera plus la maison fantôme, quand ses actuels locataires n’auront plus honte de leurs devanciers, alors il sera plus facile de l’ouvrir à nos partenaires car le socle idéologique permettra toutes les fondations. On ne construit pas des châteaux sur du sable. Qui souhaiterait que la maison commune de la Gauche ressemble à une paillotte ?

Source : http://www.mediapart.fr/club/edition/article/140809/socialistes-revenez-la-maison

mercredi 12 août 2009

Primaires: il faut sauver le soldat Montebourg ! Par Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin

Les militants sont lassés par le PS, la déprime a envahi la rue de Solferino, l'espoir de reconquérir le pays par la gauche semble illusoire... Pour Gael Brustier et Jean-Philippe Huelin, militants PS, un débat peut réveiller la gauche, toute la gauche: celui des primaires. Avec, en tête, Arnaud Montebourg et Olivier Ferrand, qui souhaitent s'adresser non seulement au PS, mais à tous les partis de gauche.

En cet été 2009, on a bien du mal à imaginer les partis de gauche engager la reconquête électorale du pays. La preuve bien sûr par les élections européennes et son taux d’abstention record. La preuve aussi par toutes les élections partielles (dont les exemples médiatisés de Perpignan ou Aix) qui ne révèlent aucune faiblesse de la droite. Certes, le problème de la gauche est triple : c’est un problème d’analyse (de la mondialisation, de la société française) de projet et évidemment de leadership. L’habitude à gauche veut que l’on prenne les problèmes dans cet ordre ce qui ne nous sort pas de l’état de déprime puisque les questions idéologiques semblent lasser jusqu’aux militants les plus aguerris. Et si, dans ce contexte plus que morose, le débat sur les primaires n’était pas finalement le plus stimulant et le seul salvateur ?

Parce que le naufrage électoral menace et que, plus encore, c’est à une défaite historique que l’on peut s’attendre, aucune des familles de la gauche n’a intérêt à se désintéresser de cette question des primaires. Les socialistes peuvent y trouver un moyen de renouer avec les classes populaires, les communistes le moyen de reconvertir une tradition politique estimable, les amis de Jean-Pierre Chevènement celui de faire peser de nouveau l’exigence républicaine, les altermondialistes celui de promouvoir des idées innovantes, les écologistes celui d’irriguer l’ensemble de la gauche de leurs vues. Toutes ont intérêt à engager une forme de « compétition coopérative » par laquelle les citoyens progressistes contribueraient à forger l’outil commun d’une victoire électorale, la désignation d’un leader et la mise en avant des idées qui pourraient permettre à la gauche française de gouverner dans la durée.

Si la question des primaires concerne toute la gauche, faire basculer le Parti Socialiste est pour nous une priorité. Pour cela, il faut enfin faire rendre gorge à la fausse idée récemment apparue dans les esprits socialistes que le leader est l’ennemi du projet. On se souvient pourtant que la prise à la hussarde du PS en 1971 avait réglé pour longtemps cette question permettant au cours des années 1970 de parler surtout du « Projet Socialiste » fondateur de la victoire du peuple de gauche en 1981 ! En réalité, si les réticences face aux primaires restent importantes dans l’appareil du PS, c’est essentiellement à cause des primaires internes de 2006 qui ont désavoué (définitivement ?) les faux ennemis mais vrais jumeaux produits au cours des années 1980-1990 par l’appareil du PS : Fabius et Strauss-Kahn ! Avec les primaires, la possibilité de voir émerger un « homme nouveau », comme le fut Ségolène Royal, est un risque que la nomenklatura de Solferino ne souhaite pas rééditer. Elle craint de ne pas tenir le candidat, voilà tout !

Le mode opératoire retenu par Arnaud Montebourg et Olivier Ferrand est loin d’être inintéressant puisqu’il tend à dépasser le strict cadre du PS en s’adressant à tous les partis de gauche pour s’adresser in fine à des millions de citoyens français. Notons que la rupture avec les classes populaires ne concerne pas uniquement le Parti Socialiste mais tous ceux qui ont, pendant quelques décennies, incarné les attentes et les espoirs d’une large majorité des ouvriers et des employés français. Les primaires sont le seul moyen dont nous disposons à court terme pour leur redonner la parole. Il y a en effet nécessité à dépasser cette réalité organique quelque peu étriquée que sont les partis de gauche. Loin d’être le produit d’appareils jugés désuets, les primaires peuvent être le début d’une régénération intellectuelle et civique de la gauche française, la première pierre posée à l’édification d’un parti de toutes les gauches, enfin conscient des enjeux nés de la globalisation. Ce grand moment de citoyenneté que seraient les primaires de la gauche française peut y contribuer…

Il y a donc urgence à imposer ces primaires ! Pour les citoyens attachés aux valeurs progressistes, il est temps d’exercer un droit d’ingérence dans les affaires du Parti Socialiste et de ses partenaires.


Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin sont militants socialistes et auteurs d’un essai à paraître à la rentrée sur les mutations sociales et politiques des couches populaires en France intitulé Recherche le peuple désespérément (Bourin éditeur).


Source : http://www.marianne2.fr/Primaires-il-faut-sauver-le-soldat-Montebourg!_a181768.html?com#comments

Le rapport Montebourg-Ferrand : http://www.tnova.fr/images/stories/publications/communique/rapport_primaires_ouvertes_populaires.pdf

vendredi 7 août 2009

Les néo-cons et nous

Histoire du néoconservatisme aux Etats-Unis, Justin Vaïsse, Paris, Odile Jacob, 2008

Qui n’a pas un jour détesté les néoconservateurs étasuniens ? Parce que la guerre d’Irak. Parce que George W. Bush. Et pourtant que savions-nous vraiment de ce courant politique avant le livre de Justin Vaïsse ? Finalement assez peu de choses sinon des stéréotypes et des raccourcis. Et si le néoconservatisme valait mieux que les néoconservateurs que nous avons appris à maudire ?

Né aux Etats-Unis dans les années 1960, à gauche de l’échiquier politique, le néoconservatisme d’alors a peu de choses à voir avec Richard Perle ou Paul Wolfowitz et pourtant Justin Vaïsse s’attelle à montrer la filiation intellectuelle que l’on peut établir entre les uns et les autres. Pas d’explication essentialiste mais une lente et méticuleuse étude d’un mouvement ancré dans l’histoire nationale des Etats-Unis, qui se transforme sous le pression des événements, des contraintes sociales et économiques. En bon pédagogue, l’auteur scande cette histoire en trois moments, qui sont en réalité trois refus, trois révoltes par rapport à l’évolution de la gauche étasunienne.

Les premiers néo-cons sont partisans des présidents démocrates Roosevelt et Truman, favorables au New Deal et donc à l’interventionnisme étatique dans l’économie. Leur adage pourrait être le suivant : progrès social à l’intérieur et anticommunisme à l’extérieur ; le progrès social servant à se prémunir de la montée du communisme. Dans la deuxième partie des années 1960, des intellectuels, appelés néoconservateurs, se mobilisent à l’intérieur de la gauche pour lutter contre ce qu’ils qualifient de « dérives » : la mise en place de discrimination positive qui bafoue l’idéal d’égalité, la politique des quotas ethniques, du busing, des programmes sociaux aux effets pervers, bref il refuse l’orientation « gauchiste » prise par la gauche libérale et entérinée par le Parti Démocrate.

Le deuxième âge du néoconservatisme est plus politique que le premier. Il s’organise à l’intérieur du Parti Démocrate pour faire peser des idées devenues minoritaires. A ce titre la désignation de George McGovern comme candidat démocrate pour l’élection présidentielle de 1972 est un tournant, elle oblige les néoconservateurs à fonder la Coalition for a Democratic Majority. Cette structure interne milite pour un retour à la tradition contre la New Politics des mcgovernistes. Ces nouveaux néo-cons sont aussi plus sensibles aux questions de politiques étrangères qui intéressaient peu les premiers. Contre la détente avec l’URSS, contre l’isolationnisme et le dénigrement permanent dont sont victimes les Etats-Unis après la guerre du Vietnam, les néo-cons militent pour un endiguement toujours aussi musclé, ils invitent à Washington les dissidents soviétiques et prennent la défense des démocraties (comme Israël au Proche Orient) contre toutes les dictatures. Les faucons sont démocrates et la création en 1976 du Committee on the Present Danger, autre avatar du néonconservatisme, fait du syndrome de Munich, le vrai danger de la politique extérieure des Etats-Unis. Ce comité est en fait pour les néo-cons le lieu de passage entre la gauche et la droite. Mis sur la touche par le président démocrate Carter, c’est en effet dans l’équipe de campagne du candidat républicain Reagan que l’on retrouve en 1980 les principales figures du néoconservatisme.

Avec la fin de la Guerre Froide, les néo-cons entrent dans un sommeil provisoire. Ils renaissent à la fin des années 1990 après avoir évacué de leur arsenal idéologique leur attachement à une politique publique sociale (leur porte-à-faux sur la politique intérieure à l’époque Reagan était patent). Les néoconservateurs du troisième âge n’ont jamais été à gauche et ainsi le néoconservatisme devient un courant de penser à l’intérieur de la droite conservatrice. Une obsession demeure : la politique étrangère doit reposer sur l’importance de la force militaire pour mener une croisade démocratique. Ce « wilsonisme botté » (Pierre Hassner) tourne au nationalisme et inspire grandement les débuts de la présidence Bush fils avec pour symbole la guerre contre le terrorisme et la guerre « préventive » irakienne.

Voilà pour le condensé de ce livre dont je recommande ardemment la lecture non seulement pour ceux qui veulent en connaître plus sur l’histoire politique récente des Etats-Unis mais aussi pour ceux qui veulent mieux comprendre un certain nombre de mécanismes politiques. Il y a pour la gauche française bon nombre de sujets à méditer. Retenons-en quelques uns :

1. Dans le néoconservatisme, l’idée est première. C’est un mouvement marginal à l’intérieur du Parti Démocrate puis du Parti Républicain mais le néoconservatisme pèse plus que la somme de ses représentants car les idées qu’ils défendent sont une véritable force qui leur donne une grande influence sur la vie politique. Pour le meilleur comme pour le pire, les néoconservateurs nous prouvent une fois de plus que les idées peuvent faire changer le monde.

2. Le néoconservatisme n’est pas un bloc. Il a des intuitions plutôt sympathiques dans certains de ses combats. En interne du Parti Démocrate, les néo-cons sont les premiers à s’opposer à ce qu’on pourrait appeler la dérive bobo de la gauche officielle. Les premiers, ils placent l’égalité avant les discriminations positives, le statut social avant le statut racial. En défendant les cols bleus et les syndicats, les néo-cons de deuxième génération entendent défendre une réalité sociologique oubliée par la Nouvelle Gauche née au cours des années 60. La révolution conservatrice reaganienne aurait-elle pu être aussi radicale si la gauche n’avait pas auparavant oublié le peuple ?

3. Les idées n’existent pas sans support de diffusion. D’abord né dans des revues (The Public Interest et Commentary), le néoconservatisme étend son influence grâce à des organisations comme la Coalition for a Democratic Majority et le Committee on the Present Danger, des journaux (Weekly Standard, New Republic) et des centres de recherches ou « thinks tanks » (American Entreprise Institute, Project for a New American Century…). Ils apparaissent comme des « maniaques » de l’organisation. Ils avaient une longueur d’avance à l’ère de la communication politique.


Jean-Philippe HUELIN

dimanche 2 août 2009

La taxe carbone de Rocard suinte le mépris du peuple par Jean-Philippe Huelin

Le salaud d'ouvrier qui roule 30 km pour se rendre chaque matin à son usine sera taxé. Le publicitaire parisien qui vient à son agence en vélo sera indemnisé. Et c'est une figure historique de la gauche qui a inventé un tel système.

Michel Rocard en sarko-boy : décidément la taxe carbone ne recycle pas que le CO2 ! Après les pôles et avant le grand emprunt, le plus dévoué des membres de la Gauche collaboratrice du pouvoir sarkozyste est décidément toujours vert en matière d’usine à gaz bureaucratique, amphigourique et impopulaire. Ne revenons pas sur les principes de ce qu’il est convenu d’appeler dans les hautes sphères « Contribution Climat Energie », seul Claude Allègre, l’ami de Jospin Sarkozy, nie le réchauffement climatique, demandons-nous plutôt qui paiera cette taxe carbone ?

Selon les bons enseignements de l’Ecole (l’ENA bien sûr), un bon impôt touche d’abord les plus nombreux, cela garantit un rendement acceptable. Donc pour faire court, les pauvres paieront la taxe carbone. Les choses sont rarement dites aussi simplement et pourtant c’est la vérité : la taxe pèsera surtout sur les ménages utilisant leur véhicule personnel et se chauffant au fioul. Cela fait certainement très ringard pour les écolos bobos des centres-villes mais ces Français franchouillards qui préfèrent leur bagnole à un Vélib existent, ils vivent en périphérie des villes ou à la campagne, ils sont majoritaires en France et la taxe carbone pourrait les rendre vert de rage. A force de mépriser le peuple, nos élites placées en orbite autour de l’Elysée ont oublié les Français.

Pollueur payeur, un principe de classe ?
Comment pourrait-on autrement se permettre de rendre public un rapport d’experts, présidé par un soi-disant homme de gauche, qui vise à taxer de plus de 300 euros par an les ménages avec enfants vivant à la campagne ? Parce que ce sont des salauds qui polluent la planète, répond implicitement ce rapport. Le comble de l’abject serait encore d’adopter le « chèque vert » de Nicolas Hulot : on taxerait le salaud d’ouvrier qui se lève à 4 heures du mat’ pour faire les trente kilomètres entre son domicile et son boulot dans sa vieille (donc polluante) bagnole et on rendrait de l’argent au publicitaire parisien qui a le bon goût de prendre son vélo entre le 3ème et le 5ème arrondissement de Paris !

Dans ce système de mépris généralisé pour les couches populaires, les marchands de sommeil ont toute leur place. Comme Sarkozy, leur maître à tous, qui se fait élire par 53% des Français pour ne servir les intérêts que des 0,1% les plus riches, les nouveaux convertis de l’écologie surfent sur la vague verte, aujourd’hui très tendance, pour humilier et culpabiliser le peuple. Au passage, l’épisode met en évidence la porosité entre la deuxième gauche et la droite néolibérale avec un Rocky en vieux sage hyperactif : on croit voir Sarkozy dans 30 ans. Au secours !
Et si la Gauche retrouvait le peuple, peut-être se donnerait-elle des chances de l’emporter en 2012 ?

http://www.marianne2.fr/La-taxe-carbone-de-Rocard-suinte-le-mepris-du-peuple_a181681.html

samedi 1 août 2009

Retrouver la décence commune, par Jean-Philippe Huelin

Une piste pour donner du contenue à la refondation de la gauche et un site www.salairemaximum.net

On croyait être blasé de tout dans le néolibéralisme : la crise et son cortège de chômage, nous étions tristement préparés à les voir débouler dans l’actualité un jour ou l’autre, mais ce qui révolte le plus les « simples » citoyens que nous sommes, c’est bien l’étalage des salaires grands-patronaux à la une de nos journaux. Le faramineux répond au superflu, l’ostentatoire au scandaleux… jusqu’à la nausée. Si la colère gronde, elle se focalise sur des chiffres qui dépassent l’entendement !

Bien plus qu’hier encore, la « common decency » de George Orwell demeure un horizon pour tous les gens de bonne volonté. Lui qui n’envisageait l’existence d’un sentiment d’égalité que dans un rapport salarial de 1 à 10 au maximum, il abominerait notre société encore plus que la sienne. Face à cette injustice sociale, qui est d’abord une aberration éthique, notre devoir est de nous attaquer à ce système.

Pour cela, la question du salaire maximum s’impose comme une piste de sortie de crise. Certes, cette mesure ne peut pas tout régler ; elle a néanmoins le mérite de poser le problème là où cela fait le plus mal, au coeur du système. La détermination commune d’un niveau de salaire maximum pourrait finalement être la meilleure façon de poser en termes simples un problème essentiel dans le débat public : celui de la place de la richesse dans notre société.

Plus qu’un principe éthique, l’établissement d’un salaire maximum pourrait être la première pierre d’un programme alternatif au néolibéralisme. Il a de plus le mérite de pouvoir réconcilier gauche utopique et gauche gestionnaire : à la première le parfum du doux rêve qui se réalise, à la seconde la mission de bâtir un « RMI à l’envers ». Pour donner une base de discussion à tous, le site Pour un salaire maximum (www.salairemaximum.net) rassemble les contributions, invite chacun à proposer les modalités de son établissement et entend surtout faire vivre et imposer cette question dans le débat public.

Par Jean-Philippe Huelin, professeur d’histoire-géographie, militant socialiste.

Publié le 9 mai 2009 dans l’Humanité des débats
http://www.humanite.fr/2009-05-09_Tribune-libre_Retrouver-la-decence-commune

lundi 13 juillet 2009

Védrine 2012, et si la solution pour la gauche, c'était lui !

Hubert Védrine candidat à la présidentielle de 2012 ?

A une époque où il est devenu évident que des élections aussi importantes que les prochaines présidentielles de 2012 vont se jouer en partie sur internet, je me suis livré à un petit jeu. J’ai voulu savoir qui, parmi les personnalités du PS , avait déjà réservé son nom de domaine sur le web.

C’est en faisant cette recherche que je suis tombé sur des choses un peu surprenantes. Je m’attendais en effet à trouver un ou plusieurs domaines réservés par Manuel Valls, l’un de ceux qui, au parti socialiste, a le plus clairement annoncé son envie de se présenter. Et bien, de valls2012.fr ou de manuelvalls2012.org, rien n’est pris. Avis aux amateurs…

Pour Ségolène Royal, tout est pris. strausskahn2012.fr existe déjà alors que dominiquestrausskahn2012.fr est disponible.martineaubry2012.fr existe déjà. fabius2012.fr existe lui aussi. Jusque là, rien de vraiment étonnant.

Là où j’ai été surpris, en revanche, c’est en découvrant que tous les domaines au nom d’un candidat jusque là totalement improbable, Hubert Védrine , avaient été réservés : vedrine2012.fr, vedrine2012.org, vedrine2012.net, hubertvedrine2012.fr, hubertvedrine2012.org, hubertvedrine2012.net

L’ancien ministre des affaires étrangères de Mitterrand, celui que l’on n’entend pas très souvent s’exprimer (et, lorsqu’il le fait, c’est plutôt pour dire des choses intelligentes), aurait décidé de se lancer dans la course présidentielle de 2012 qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Évidemment, ces réservations sur internet ne constituent pas à elles seules une déclaration de candidature, mais je dois avouer que j’ai trouvé cela troublant.

Affaire à suivre…


Par rachida datrty, le 08/07/2009
http://www.lepost.fr/article/2009/07/08/1612112_hubert-vedrine-candidat-a-la-presidentielle-de-2012.html

dimanche 12 juillet 2009

La gauche française s'endort dans les bras de l'Europe, par Gaël Brustier

La gauche française s'est-elle dissoute dans la social-démocratie européenne? Sans doute, selon Gaël Brustier, à moins qu'elle n'ait le courage de dépasser l'éternel clivage entre première et deuxième gauche.

La Gauche française est-elle perdue dans le triangle des Bermudes de la social-démocratie européenne finissante ? Avec frénésie elle s’est emparée des dernières croyances à la mode, avec passion elle rejoue sans cesse des débats du passé et dépassés, avec aveuglement elle s’est détournée des questions qui, pourtant, pourraient l’amener à devenir dominante dans le pays.

Dans la période actuelle, le pis-aller écolo-centré, qui voit se substituer dans le panthéon de la Gauche, un photographe héliporté et un animateur télé en ULM à Jean Jaurès ou Lucien Herr, laisse pantois. La dernière des religions – l’écologisme millénariste télégénique – est pourtant la négation du politique. Assénant une morale de missionnaires et d’Inquisiteurs, elle délaisse le terrain du concret pour s’en remettre à la contrition, aux indulgences et à la mortification. Idéologie a-conflictuelle, la religion verte peut pardonner au pécheur mais ne remet jamais en cause les fondations du système économique actuel. Evidemment, contester la nouvelle théologie verte n’exclue pas de se poser quelques bonnes questions relatives au mode de production et de consommation frénétique des sociétés du Nord et de discuter des éléments de décroissance qu’il devient urgent de mettre en place. La crise environnementale existe mais elle est aussi, dans le monde, la conséquence de formes de domination. On n’a jamais combattu l’injustice par l’établissement d’un ordre moral plus contraignant. Les listes « Europe Ecologie » ont eu ceci de particulier qu’elles ne s’en prenaient à personne : ni au lobby de la chimie, ni à un libre-échange destructeur ni enfin à la frénésie consumériste, apparemment légitime pour peu qu’elle soit verte… Pour la Gauche, l’enjeu n’est pas de participer à ce Te Deum cohn-bendiste mais à conflictualiser (enfin !) le combat environnemental et en faire un vecteur d’émancipation.

On ne peut cependant, confessons-le, reprocher au citoyen de préférer défendre les ours polaires que les éléphants de Solférino. D’autant que ces derniers rejouent à l’infini des saynètes déjà maintes fois produites dans ce théâtre d’ombres qu’est la vie politique française. Le clivage entre première et deuxième gauche est ainsi devenu complètement obsolète. A chaque Congrès du PS, on nous prédit une réédition du Congrès de Metz de 1979. Au fond, si la première gauche n’a pas réussi à véritablement supplanter la deuxième c’est parce qu’elle s’est interdit de penser la société, et si cette dernière ne s’est pas substituée à la première c’est parce qu’elle a refusé de penser la nation. Dans cet éternel match nul entre deux Gauches, on a gagné un jeu de postures, une concurrence effrénée des écuries présidentielles et perdu autant d’intelligence collective que d’électeurs. Presque consécutivement, l’Europe est devenue un mythe de substitution, alternativement palliatif ou sédatif…

L’Europe est en effet l’autre débat qu’il faut enfin dépasser. A l’instar d’Hubert Védrine, osons enfin affirmer que « les controverses générales sur l’Europe sont épuisées depuis le référendum de 2005 ». Il faudrait à la Gauche le courage d’accepter une évidence : la nation est le seul espace pleinement civique. Il lui faudrait aussi la témérité d’accepter que l’Europe soit ce qu’elle doit être : une forme de cosmopolitisme qui n’a aucunement vocation à se substituer aux nations ni non plus à devenir un ensemble fédéral. C’est un effort à faire pour tenants du « oui » à la Constitution européenne qui, dans leur ensemble, ne renoncent encore pas à s’en remettre à une vision idéalisée de l’Europe et justifient ainsi la seule Europe réellement ressentie, celle du droit de la concurrence et du libre-échange. Ceux du « non » quant à eux, en se remettant à une hypothétique « constituante » européenne ne rendent pas service non plus au débat public en avançant des hypothèses plus franco-françaises que véritablement réalistes.

Pour en sortir, la Gauche française doit savoir aborder quelques problèmes fondamentaux : quelle analyse commune de la géopolitique mondiale peut-elle dégager ? Quelle analyse de la mondialisation en découle ? Quel sort réserve-t-elle au libre-échange ? Comment entend-elle se préparer aux potentielles crises monétaires de demain (chute du dollar et/ou explosion de l’Euro) ? Sur cette base quel projet de société a-t-elle la volonté de bâtir : comment conçoit-elle l’égalité ? Veut-elle en faire le facteur de mobilisation des trente prochaines années ? A ces questions, il devient urgent de répondre.

Gaël Brustier - Essayiste | Dimanche 12 Juillet 2009