samedi 3 juillet 2010

Le Bouclier rural sur le site "Gens du Morvan"

A la manière des Gaulois qui savaient aussi manier leur bouclier comme une arme offensive, Fabien Bazin a tressé son « bouclier rural » comme un rempart contre les fermetures des services publics qui anémient les campagnes et une force de combat pour faire reconnaître, soutenir et développer le potentiel des territoires ruraux et de leurs habitants.

Adepte de la formule « il faut réhumaniser des villes et revitaliser les campagnes » du penseur de la politique de civilisation le sociologue et philosophe Edgar Morin, le maire socialiste de Lormes a réussi à entrainer des centaines d'élus locaux français et quelques théoriciens de gauche tels que Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin co-auteurs du livre Recherche le peuple désespérément.

11 millions de citadins ont aujourd'hui un projet de vie à la campagne

« La question dépasse les clivages politique » précise aussitôt Fabien Bazin en citant des élus de droite, confrontés à ces mêmes problèmes de moyens et de considération, qui adhèrent à ses propositions. Le 28 mai dernier les XIIIe Assises des des Petites Villes de France qui rassemblaient 300 maires à Joigny lui ont fait une place à la tribune pour présenter son projet.

« Quand le bouclier fiscal donne plus à ceux qui ont déjà trop (selon la formule qu'il a trouvée pour placer son combat dans la bataille politique actuelle) nous proposons de mettre en oeuvre un bouclier rural garantissant l'égalité des droits et des chances au développement des territoires ruraux» explique l'élu morvandiau en préambule du texte présentant les propositions du programme .

Le maire de Lormes n'oublie également jamais de rappeler un chiffre: « 11 millions de citadins ont aujourd'hui un projet de vie à la campagne, sans oublier les millions de touristes accueillis chaque année. On parle aujourd’hui d'exode urbain » avant d'ajouter, cinglant: « Or, l’'Etat a démontré son absence de projet pour la société française. Il abandonne son rôle de stratège et privilégie une approche idéologique qui nie le vivre ensemble au profit de l’individualisme... ».

Des mesures concrètes et une philosophie

Création de zones franches rurales et de pôles de compétitivité ruraux, mesures de soutien à la modernisation de l'agriculture, au logement et aux transports, développement de la fibre optique "partout et pour tous", rétablissement de tous les services publics avec temps minimum d'accès à chacun d'eux (45 mn d’une maternité, de 20 mn d’un accueil de médecine générale, 15 mn d’une école élémentaire, 15 mn d’un bureau de poste etc...), aide aux associations d’intérêt général qui apportent des services au public, création d' « aires rurales d'éducation concertée » (" ZEP rurales"), création d' « ateliers de philosophie » etc..: le bouclier rural que Fabien Bazin souhaite « opposable par les citoyens et les collectivités locales à l'Etat » ne manque pas de propositions concrètes.

Des propositions qui dessinent au final une philosophie de la vie et de l'action publique. Fabien Bazin pourrait faire sienne la proposition de son collègue Patrice Joly, président du Parc du Morvan de " réenchantere" les territoires ruraux : « Le milieu rural défend un certain « art de vivre » fondé sur la simplicité des échanges, l’engagement associatif et citoyen, une forme de convivialité et de relation au temps et aux autres » constate-t-il au chapitre culturel du projet. L' expression d'un idéal opposé à la culture dominante du chiffre et du tout financier.

La rédaction d'un ouvrage collectif dont la sortie prévue à l'automne signera l'entrée du "bouclier rural" dans la liste des sujets politiques et sociétaux en débat. La défense est passée à l'attaque.

Écrit par Gens du Morvan
Vendredi, 02 Juillet 2010
http://www.gensdumorvan.fr/actualites/le-bouclier-rural-de-fabien-bazin-la-defense-passe-a-lattaque.html

jeudi 3 juin 2010

Des primaires sans peuple de gauche ?

Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin critiquent le processus des primaires tel qu'il est envisagé : pour construire un rapport de forces, il faut penser la France dans la mondialisation et des primaires vraiment ouvertes.

Le Parti Socialiste s’apprête à adopter un nouveau mode de désignation de son (ou de sa) candidat(e) à l’élection présidentielle. La gauche pâtit depuis trop longtemps d’un défaut de « leadership », d’une difficulté à penser le monde et, conséquemment, d’une impossibilité à établir un projet clair qui permette de gagner les élections nationales. Convenons qu’un mieux s’est fait récemment sentir à force de travail au sein du PS et chez ses partenaires. Les primaires sont peut-être l’occasion d’un nouveau départ mais les adopter ne résoudra pas tout : on ne refonde pas un projet politique uniquement par un « discours de la méthode ».

D’abord la crise du PS est venue du fait qu’il a cessé d’être, à partir de 1983, ce pour quoi il avait été conçu, c'est-à-dire une conscience collective et l’instrument de cette conscience collective. Le PS était censé fabriquer des socialistes à partir de non-socialistes. Il s’agissait, en outre, de rappeler les élus à la vérité du socialisme et de rappeler les socialistes à la réalité du monde. De cette dialectique devait naître la transition au socialisme; 1983 est arrivé. L’ouverture de la « parenthèse libérale » a produit ses effets : ouvriers et employés se sont éloignés de la gauche au point de préférer l’abstention, la droite ou l’extrême droite à une gauche qui, à leurs yeux, avait renoncé à leur parler et à les défendre. De ce point de vue, les opposants aux primaires font l’impasse sur le fait que le PS a abdiqué bien d’autres fonctions avant celle de désigner les candidats à l’élection présidentielle.

La gauche existe aussi en dehors des rues piétonnes

Depuis de nombreuses années, on assiste en effet à un véritable « décrochage » de l’électorat populaire lors des différents scrutins. Lorsqu’il se déplace, ainsi que le fait remarquer le géographe Christophe Guilluy, cet électorat de la France périphérique ne vote pas à gauche. On l’oublie trop souvent mais la France ne se résume pas aux villes-centres et à ses proches banlieues. Cette vérité-là a bien du mal à progresser dans la praxis de la gauche. Dans les primaires à venir, évitons donc deux écueils. Il existe d’abord le risque que la participation des villes-centres soit plus forte que celle de la France périphérique et qu’ainsi le candidat désigné par la majorité des électeurs des primaires soit le candidat d’une sociologie minoritaire. Ce risque existe mais il peut être écarté si les organisateurs des primaires ont l’ambition d’aller au-delà des 15 000 bureaux de vote promis.

Le deuxième risque est celui de primaires « entre-ouvertes », c'est-à-dire fermées aux partenaires du PS ou boudées par Europe Ecologie et le MRC qui sont les deux seuls partenaires susceptibles aujourd’hui d’engager une réelle confrontation idéologique avec le Parti Socialiste (les autres ne souhaitant pas s’engager dans cette démarche). Pour réussir les primaires, il faut donc les lier à un processus de mutation complète – idéologique, sociologique et organisationnelle – de la gauche.

Celle-ci se refuse souvent à penser la société française dans la mondialisation et à penser les conséquences de la mondialisation sur la société française. La France périphérique et populaire est la première à souffrir de désindustrialisation et des effets de la globalisation financière or c’est elle, il faut le savoir, qui fait les élections. La mondialisation, le libre-échange, la question de l’économie financiarisée, l’avenir de l’euro, les rapports de forces entre le G2, la France et l’Europe, les rapports de forces entre pays européens sont les questions centrales et urgentes. Le reste en découle.

L'industrie, l'école, l'égalité au centre de la campagne ?

La coalition sociale majoritaire pour gagner reste donc à bâtir. Après avoir inventé que la « classe ouvrière » n’existait plus, certains esprits simples résument la question sociale aux banlieues et la question civique à la mise en place d’une diversité cosmétique comme si, pour qu’une société soit juste, il suffisait que ses élites soient ethniquement calquées sur l’ensemble de la société. Il faut donc envisager de s’adresser enfin aux 60% de la population française : ses ouvriers et employés, ses précaires, ses victimes de la désindustrialisation, ses salariés des services, tous largement absents des bancs du Palais Bourbon.

On ne leur parlera pas « greenwashing », on ne les séduira pas par la diversité, on ne les mobilisera pas pour la parité, il faudra leur parler de leur pays et de son avenir dans la mondialisation. La conscience de la crise mondiale est aigüe dans la société française. Si on ne parle pas de l’industrie, de l’Ecole et de l’égalité, si on ne parle pas aux mondes ouvriers, aux mondes ruraux et à l’ensemble des classes populaires, on peut être certain que le retour de boomerang sera très douloureux.

Derrière la diversité - objet de culte du néopaganisme cathodique - il y a l’incapacité à penser les souffrances de la société française. Ethniciser les désignations des candidats pour ethniciser la représentation nationale est un jeu dangereux qui fera le lit du différentialisme et des inégalités. On l’oublie trop souvent : les « quartiers populaires » c’est la totalité du pays moins les villes-centres de nos métropoles ! Il faut donc sortir de cette impasse analytique et s’adresser à l’ensemble de la société française.

Le combat qui s’engagera inévitablement après l’adoption souhaitable de ces primaires sera celui de l’édification d’un opérateur politique qui permette de changer de bloc dominant en France. Il faudra donc faire le lien entre analyse des rapports de forces internationaux et constitution d’un rapport de forces favorables à la gauche en France. L’un sans l’autre, c’est partir à l’assaut de la citadelle élyséenne armés de pistolets à bouchons !

Les deux auteurs sont co-auteurs de « Recherche le peuple désespérément » (Bourin Editeur, 2009)

http://www.marianne2.fr/Des-primaires-sans-peuple-de-gauche_a193585.html

mercredi 2 juin 2010

Deux jours, deux conférences en Saône-et-Loire


Première conférence ce soir 2 juin à Gueugnon à l'invitation du Cercle Jean Laville sur le thème du "bouclier rural" avec Fabien Bazin, conseiller général et maire de Lormes (Nièvre) et Philippe Baumel, 1er vice-président du Conseil Régional de Bourgogne

Puis demain soir 3 juin à Mervans à l'invitation des sections socialistes de la Bresse pour présenter, avec Gaël Brustier, notre livre "Recherche le peuple désespérément"

dimanche 23 mai 2010

Dédicace à Poligny

Merci à toute l'équipe de la librairie polinoise pour son accueil et pour sa passion à faire vivre cette librairie. Tout de bon à vous !

mercredi 19 mai 2010

LE BOUCLIER RURAL : Pour une égalité réelle entre les territoires

Dans le cadre du débat interne au PS sur la convention pour un nouveau modèle de développement, prémices du programme pour 2012, je participe avec nombre de camarades bourguignons à l'élaboration d'un grand projet pour inventer une ruralité moderne, loin du mépris dont elle est victime aujourd'hui. Voici la contribution au débat que nous avons présentée et ses premiers soutiens.

Premiers signataires : Fabien Bazin (conseiller général et maire de Lormes, 58), Jean-Philippe Huelin (Lons-le-Saunier, 39), Christian Paul (député de la Nièvre), Nicolas Soret (premier secrétaire fédéral de l’Yonne), Patrice Joly (premier secrétaire fédéral de la Nièvre), Jérôme Durain (premier secrétaire fédéral de Saône-et-Loire), Olivier Georges (secrétaire de section de Lormes, 58), Jacqueline Lambert (secrétaire de section de Moulins-Engilbert, 58), Jean-Sébastien Halliez (maire de Brassy, 58), Philippe Baumel (vice-président du conseil régional de Bourgogne, 71), Marcel Charmant (président du Conseil Général de la Nièvre), René-Pierre Signé (sénateur de la Nièvre), Gaël Brustier (Gueugnon, 71), Christian Bonnot, (conseiller général de Charolles, 71), Thierry Getenet, (secrétaire de section de Charolles, 71), Daniel Wilmotte, (secrétaire de section de Chauffailles, 71)

Convention après convention, notre parti entend proposer à nos concitoyens un nouveau modèle de civilisation. Issu de nombreux départements ruraux, riches de nos diverses expériences du terrain, des combats menés pour défendre nos territoires, de moments de fierté pour la vitalité de nos cantons, notre démarche se veut humblement une contribution à cet immense défi qui est face à nous.

Depuis quelques années et sans faire de bruit, l’exode rural est devenu exode urbain, la population rurale augmente même si tous ceux qui s’installent à la campagne ne le choisissent pas nécessairement. Représentant près de 20% de la population française, plus âgée, plus pauvre, plus ouvrière, cette France périphérique et populaire devrait être une préoccupation majeure de notre parti ; d’autant plus que c’est aussi une France qui sait accueillir tous les talents (plus de 10 millions de citadins ont un projet de vie à la campagne) et qui sait innover au quotidien. Mais loin des centres-villes, la campagne a disparu des écrans, réanimée seulement à l’occasion du salon de l’agriculture ou par quelques faits divers pittoresques, on ne l’entend plus. D’ailleurs, depuis quelques années, l’Etat a choisi de l’oublier. Elle n’est plus considérée que comme une terre de relégation. La fracture sociale s’est doublée d’une fracture territoriale !

C’est pourquoi, nous voulons un bouclier rural car nous vivons dans des territoires de résistance qui ont subi les premiers et de plein fouet la politique de Nicolas Sarkozy et surtout car c’est le seul moyen de rétablir aujourd’hui, dans notre pays, le principe républicain d’égalité entre les citoyens où qu’ils habitent sur notre territoire national.

Un bouclier pour se protéger, pour retisser des liens entre les habitants des campagnes mais aussi entre les villes et les campagnes. Pour faire France, on ne peut accepter toute brisure entre un archipel métropolitain aspiré par le turbo-capitalisme et un arrière-pays rural condamné à la marginalité sociale.

Un bouclier aussi pour relever la tête et montrer par des résultats concrets qu’un autre modèle de vie est possible et que cette alternative peut justement venir des campagnes. Nous militons pour une République respectueuse de tous ses territoires, celle des villes ré-enchantées et des campagnes revitalisées.

En effet, depuis plusieurs années, nous avons subi le pire :
  • dans l’éducation : suppression de dizaines de milliers de postes d’enseignants entraînant la fermeture de milliers de classes et d’écoles
  • dans la santé : fermeture d’hôpitaux et de maternités de proximité, désertification rurale sans que la volonté législative s’exerce réellement pour imposer le principe d’accès aux soins
  • dans le service postal : par la mise en œuvre des directives européennes sur la mise en concurrence de ce service, sans accompagnement financier durable, fermeture masquée des points de contact du réseau postal
  • dans l’accès au numérique : celui-ci étant classé dans la catégorie des services à caractère concurrentiel et donc privé, l’Etat n’investit rien et ne garantit plus l’équité territoriale
  • pour les services de l’Etat : fermetures en cascade de perceptions, de tribunaux d’instance, d’établissements publics en particulier du Ministère de la Défense, de services décentralisés…
  • pour les grands services publics de l’énergie et de la téléphonie, avec la fermeture de centaines d’agences de proximité dans les territoires ruraux et la détérioration des réseaux
Pour que nos campagnes vivent, notre bouclier rural doit être un arsenal de mesures qui rétablissent l’égalité tout en prenant en compte les spécificités de la vie à la campagne. Nous appelons donc à construire un nouveau droit opposable à l’Etat et aux personnes morales en charge de politiques publiques par les citoyens ou les collectivités locales. Nos propositions sont sur la table, elles ne demandent qu’à être précisées, amendées ou complétées.


1) Maintien ou rétablissement de services publics indispensables à la cohésion sociale et à la création de richesses

Il est primordial de garantir un temps d’accès minimum aux services essentiels et de base :
  • Santé : accès à moins de 45 mn d’une maternité, de 20 mn d’un accueil de médecine générale, mise en place d’une prime individuelle pour les médecins isolés, à l’image de ce qui existe pour l’exercice en groupe
  • Justice : accès à moins de 45 mn d’un tribunal d’instance, à moins d’1 h 30 d’un tribunal de Grande Instance
  • Education : accès à moins de 15 mn d’une école élémentaire et primaire (30 mn par transport scolaire), à moins de 25 mn d’un collège (45 mn par transport scolaire)
  • Services du Trésor : accès à moins de 20 mn d’une trésorerie, de 45 mn d’un centre des impôts
  • Service postal : accès à moins de 15 mn d’un bureau de poste ouvert au moins 26 heures par semaine
  • Accès au très haut débit : tout habitant, entreprise ou collectivité doit avoir accès aux voies nouvelles de communication
  • Missions d’accompagnement d’accès à l’emploi et à la formation (initiale et professionnelle) : accès à moins de 30 mn d’un lieu d’accueil et d’information.
Cela implique notamment de partir des besoins des habitants et non d’obligations d’économies purement comptables. Cela impose la suppression de la règle de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans nos territoires.

2) Création de zones franches rurales

Inspirées par les zones franches urbaines, cela permettra pour les entreprises déjà installées dans les territoires ruraux les plus isolés de bénéficier de conditions sociales et fiscales adaptées. Il faut en effet tenir compte de l’isolement géographique et de la saisonnalité du chiffre d’affaires : la fiscalité nationale et locale comme les cotisations sociales doivent être compatible avec ces activités qui très souvent s’apparentent à une mission de service public. Si nous savons accompagner ceux qui veulent s’installer, il est nécessaire de soutenir aussi ceux qui sont là et qui résistent pour faire vivre nos villages.
Ces zones franches permettront aussi d’adapter le rythme des mises aux normes dans des établissements à taille humaine (par exemple l’hôtellerie ou les stations services) qui sont menacées par des fermetures massives. Elles doivent être accompagnées de nouveaux outils bancaires, publics ou privés, qui tiennent compte de la spécificité de l’activité en zone rurale.
Elles prendront en compte la situation particulière des artisans et des commerçants en définissant un statut réellement protecteur pour ceux qui ont fait le choix d’entreprendre dans ces territoires.
Elles permettront la création de pôles de compétitivité ruraux et apporteront des soutiens spécifiques à l’économie agricole.
Elles permettront de bonifier les dotations de fonctionnement de l’Etat qui, à l’heure actuelle, sont deux fois moins importantes dans les zones rurales que dans les zones urbaines.

3) Soutien au bénévolat et aux associations qui rendent des services d’intérêt général

L’aide à l’action bénévole, comme les sapeurs pompiers volontaires, dont le statut précaire peut mettre en danger à terme les premiers secours, mais aussi les centres sociaux, dont l’existence et les services aux familles sont parfois mise en péril par la remise en cause silencieuse des dispositifs d’aides publiques constituent quelques exemples de soutiens durables indispensables à la cohésion sociale de nos territoires. Le soutien durable aux lieux d’échanges et de débats, comme les comités de territoires ou les associations de développement est indispensable, car nous avons expérimenté ce qui doit être un élément fondamental de la citoyenneté de demain.

4) Invention d’une « nouvelle école »

Le bouclier rural est aussi une contribution pour repenser notre système scolaire. Nous proposons de généraliser les « ZEP rurales » c'est-à-dire les « aires rurales d'éducation concertée » (AREC). Nous demandons d’abord des classes à taille humaine (25 élèves maximum), des temps de transports scolaires compatibles avec le rythme de vie des enfants et l'encouragement à la scolarisation dès deux ans parce que la très petite section de maternelle est le premier lieu de socialisation.

5) Prise en compte de notre légitimité territoriale dans la réforme des collectivités territoriales

Le développement des intercommunalités rurales a renforcé le tissu rural. Tout aussi indispensable sont les parcs naturels régionaux et les pays parce qu’ils sont fondés sur la délibération collective et le contrat qui permettent d’inventer une ruralité moderne.
Alors que nous représentons 80 % du territoire, et que la réforme des collectivités territoriales prévoit de diviser par quatre le nombre de nos élus locaux, le bouclier rural doit prévoir la représentation de nos territoires en fonction de la population, certes, mais aussi de la superficie de nos territoires qui demandent d’être considérés comme des espaces à part entière, spécifiques et légitimes.

Conclusion

Les agriculteurs l’ont dit récemment avec beaucoup de force car la brutalité des variations de prix qu’ils subissent et les baisses de revenu qu’elles impliquent seraient inacceptables pour tout autre secteur d’activité : l’indifférence et le mépris ne sont plus supportables.

Le monde rural demande à être respecté et entendu. Nous, socialistes, devons relever ce défi du développement de nos territoires, nous en sommes capables. Il y a dans nos campagnes des forces extraordinaires qui ne demandent qu’à s’exprimer. Tous nos concitoyens veulent vivre avec des services publics de qualité pour pouvoir créer des richesses. Cela passe certainement par un nouveau pacte entre la République et le monde rural.

Pour vivre mieux ensemble, pour que nos campagnes se développent dans un équilibre entre villes et campagnes, nous demandons la mise en œuvre du bouclier rural !

Retrouvez la totalité du dossier sur le bouclier rural sur le site « Vers un bouclier rural » : http://www.bouclier-rural.net/

mardi 18 mai 2010

In(di)visible

La République une et indivisible, telle est la volonté affichée depuis les fondements de notre démocratie en 1792. Mais pourtant, il est aisé de sentir en notre pays des tressaillements augurant de fissures, de béances, faisant jour sur une réalité sociologique atomisée, qui laisse dans l'ombre de nombreux citoyens, comme invisibles aux yeux du monde. Une frange de plus en plus étroite de la population s'arroge le droit de décider pour tous, en se pensant représentante de la plénitude du pays, fuyant le contact direct avec ceux qui ne sont pour elle que des spectres de l'action publique. Alors comment sortir de l'ornière où nous semblons engoncés depuis trop longtemps ? On moque ceux qui souhaiteraient sortir d'un matérialisme abscons qui nous a fait perdre le fil du contact humain. On raille les tenants d'une société plus douce car plus humaine, plus connectée, qui replace les oubliés au centre des considérations : retraités isolés, jeunes exclus du système scolaire, banlieusards éloignés des centres omnipotents... Ont-ils oublié les préceptes d'Emile Durkheim qui nous indiquait dans l'ouvrage matriciel de sa sociologie De la division du travail social : "Est moral tout ce qui est source de solidarité, tout ce qui force l'homme à compter avec autrui, à régler ses mouvements sur autre chose que les impulsions de son égoïsme." ? Balaient-ils d'un revers méprisant de la main les réflexions d'Edgar Morin nous invitant à considérer les inter-dépendantes relations humaines par l'éloge de la complexité, à recréer du lien dans nos sociétés déstructurées, à lancer une offensive de civilisation ?

Notre société supposée indivisible doit réapprendre à dialoguer avec toutes ses composantes, celles qui sont lui invisibles aujourd'hui. Nous devons réapprendre l'altérité, l'affrontement, le conflit, pour que celui-ci débouche sur une authentique coopération politique et démocratique, républicaine, et ainsi éviter les ruptures définitives entre citoyens qui doivent vivre ensemble. Ce dialogue se construit. Il faut se frotter à l'autre : la mixité sociale s'impose donc comme un obligation primordiale, pour que l'élite ne puisse se cacher dans un entre-soi douillet. Car aujourd'hui, une majorité de citoyens, ceux qu'on appelle avec facilité les classes moyennes (dont Louis Chauvel nous décrit la dérive), crève de son éparpillement et de sa mise sous silence, comme muselée par une pratique politique accaparée par quelques-uns, sans le moindre interstice pour une voie différente. Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin en font la thèse centrale de leur ouvrage Recherche le peuple désespérément : il faut reconnecter ces citoyens qui aspirent à l'émancipation par la liberté individuelle, à l'égalité des droits, à la fraternité de tous face à l'isolement mortifère. Il faut casser les murs qui cloisonnent notre société et éloignent de la lumière des femmes et des hommes nombreux, pour leur donner la parole, les écouter, pour faire vivre enfin le jeu démocratique. Ce sillon a été celui des forces de progrès depuis leur origine : faire de l'action publique l'affaire de tous, la propriété de chacun. La république indivisible ne peut se satisfaire de ces zones opaques, autant d'abcès à la face de la démocratie vivante. Revenons à l'exhortation de Jean Jaurès : "L'éducation universelle, le suffrage universel, la propriété universelle, voilà si je puis dire, le vrai postulat de l'individu humain." Faisons vibrer cette sentence dans nos vies, renouons le fil entre l'individu, tous les individus, et la société.

Abaissons les barrières qui segmentent notre société. Ces frontières physiques qui matérialisent la volonté de rejeter certains hors du jeu. Celles qui enclavent nos banlieues, hors de tout réseau de transports en commun, isolées de l'autre côté des rocades encerclant nos centre-villes protégés. Celles qui isolent nos campagnes, dépossédés de leur gare, de leur bureau de poste, bientôt de leur école ? A tous ceux qui ne connaissent, qui ne comprennent pas ce monde, des œuvres comme celle de Michel Gondry, L'épine dans le cœur, nous font ressentir tout ce qu'une institutrice peut apporter dans un coin reclus des Cévennes. Il existe aussi des frontières sociales, de celles qui bloquent l'ascenseur social au sous-sol. Bien entendu, on pourra toujours sortir du panier un exemple mirifique de promotion sociale pour faire patienter les classes populaires désespérées de pouvoir sortir de leur situation et de réaliser l'idéal mobilisateur de nombreuses générations qui nous ont précédés : vivre mieux que ses parents. Mais l'attente est aujourd'hui trop longue, la rancœur trop intense pour se contenter de tels palliatifs. Voilà notre feuille de route. Faire respirer notre société, renouant avec elle-même, avec son ambition d'émancipation humaine. Recréer une société en mouvement, de la cave au grenier en passant par le salon du pouvoir, où nul horizon ne sera interdit au citoyen. Retrouver notre République, une et indivisible.

Guillaume Frasca
http://www.mediapart.fr/club/blog/guillaume-frasca/150510/indivisible

jeudi 6 mai 2010

Extrême droite : Chauny, et après ?

Dans "Alternative libertaire" de mai, un article qui s'appuie sur notre livre. Un témoignage à vif sur une jeunesse rurale.

Pendant que les projecteurs sont braqués sur les seules banlieues des grandes villes, d’autres drames, aussi graves, se jouent dans les villes rurales. Isolées politiquement, économiquement exsangues, il y existe un risque de repli identitaire de la jeunesse.

Chauny, j’en viens ! Et les gars du coin c’est la famille ! C’est dire si la situation me touche de près : depuis plus de deux ans, la mouvance néo-nazie s’est installée sur la ville de Chauny, et déborde plus largement, dans tout le nord-est de la France : mosquées taguées, agressions, insultes, intimidations de toutes les personnes n’étant pas de type européen….

A Chauny, une seule association (AJIR) s’est levée pour alerter l’opinion et interpeller tous les pouvoirs publics, du Maire aux ministères de l’intérieur et de la justice, en passant par le conseil général et la préfecture. Non seulement les diverses plaintes pour insultes à caractère raciste sont restées vaines, mais encore l’association a-t-elle été pointée du doigt et discréditée par la municipalité, cependant que des jeunes français d’origine maghrébine écopaient de peines de prison ferme pour avoir répondu par des rixes aux provocations, insultes racistes et saluts nazis. Sans désemparer, le Front national en a profité pour partir en croisade contre l’Etranger, potentiel agresseur de nos mères et de nos filles françaises.

C’est pour rompre cet isolement que le collectif local UARA [1] avait pris l’initiative de lancer la manif du 27 mars dernier.

Paysage rural sur fond de ruines

Comment expliquer que tous ces jeunes, d’origine étrangère ou française de plus longue date, partageant une même misère, un même désemparement, et une même méfiance envers nos gouvernants, ne parviennent pas à s’unir, mais au contraire trouvent encore des différences pour mieux se déchirer ?

Regardons d’abord avec leurs propres yeux, le paysage qui les entoure. En arrière plan, jusqu’en 1970-80, des industries parfois vieilles d’un siècle, largement teintées de paternalisme où l’église et ses patronages assurent le contrôle social. Dans ce monde disparu dont parlent les parents, l’opposition même au patronat ancrait la sociabilité, déterminait les comportements, un langage, et des solidarités réelles. En toile de fond, le communisme structurait le quotidien et dessinait le futur. Aujourd’hui, le jeune est au milieu d’un tableau où les forteresses ouvrières sont détruites, les espoirs placés dans le communisme largement évanouis, et le mouvement de ressac idéologique a laissé ces familles sur le carreau.

Souvent issu de familles ouvrières ordinaires dispersées sur un territoire désindustrialisé [2], il est non seulement confronté aux mêmes problèmes de drogue, violence et chômage que ses camarades des villes, mais en plus, il est oublié de l’opinion et des médias, écarté de la course à l’individualisme des classes moyennes, bref, méprisé par une vaste « prolophobie » [3] qui ne peut qu’encourager la montée du Front national.

Ceux qui le pouvaient ont quitté le désert rural. Ceux qui restent sont voués au chômage ou à la succession de petits boulots. Et sur le front social, ils voient que l’enjeu des luttes consiste plus souvent à arracher des indemnités plus fortes qu’à se battre sur le fond, sur le maintien des emplois. Cette crise de reproduction des modèles sociaux aiguise le besoin, l’appétit identitaire de ces jeunes, fragilisés.

Les mouvements identitaires et groupes néo-nazis forment la bande qui va venir remplacer le travailleur social, le paternalisme d’antan, ou le Parti. Car, à défaut d’un idéal plus élevé, on se repliera sur soi : l’affinité sera d’abord avec les gens d’ici, les nôtres. Les mouvements identitaires et leur morale viriliste, leur structure clanique, sont un miroir « rural » des gangs de banlieue. Ils transmettent des références fortes. Les difficultés à s’installer, à bâtir un avenir, favorisent le maintien dans la bande, dernier rempart contre la précarisation, et désignent en outre un ennemi commun plus facilement atteignable que l’Etat ou les politiques.

Ces groupes amènent les jeunes ruraux aux conduites à risques. Se faire peur en sortant des normes fait parti de ce fonctionnement clanique : violences, bagarre, mais dans une familiarité d’amis où toute la panoplie guerrière fasciste est convoquée – solutions faciles à l’écroulement d’un ordre social.

Perspectives militantes

D’accord, le système capitaliste, pour beaucoup qui y croyait encore, n’a plus de sens. Désabusés, les gens bouillonnent de colère. Sans argent ni perspectives d’avenir, éloignés de la production culturelle, on peine à créer un sens commun, du sens tout court…

D’accord aussi, entre les Bobos qui viennent de l’extérieur pour vivre à la campagne mais sans y travailler ni y consommer, et ces classes moyennes dont on sent bien qu’elles nous méprisent, l’image qu’on a de soi est dégueulasse. Confusion et atomisation : le débat public est révélateur de cette obsession, d’un côté à maintenir son rang, de l’autre à nier le conflit de classe, tandis que les catégories sociales se côtoient de moins en moins. C’est ce faisceau d’éléments qui poussent nos jeunes vers l’extrême droite et les identitaires [4].

Mais on ne peut pas se contenter d’observer des causes, sans chercher à y remédier. L’impasse individualiste doit être démontrée en créant les conditions d’un retour aux aspirations collectives.

Soyons utopistes, soyons concrets

Quatre grands chantiers s’ouvrent aux militants de terrain, en réponse aux quatre grands fléaux de l’isolement, l’ignorance politique et sociale, l’individualisme, l’absence de repères.

Rompre le sentiment d’isolement en ouvrant des fenêtres, notamment culturelles, sur le monde : imaginons des clubs internet animés par des militants pour répondre à la pauvreté des réseaux sociaux, explorer le monde extérieur ; occasionner des rencontres réelles, pour rompre avec une logique d’exclusion et éduquer à la logique d’inclusion : immigrés, précaires, jeunes déracinés : même combat.

L’ignorance politique se travaille en éduquant aux notions politiques – réunions publiques ouvertes à un large public, d’ambitions modestes mais qui passent des films, organisent des débats. Contre-argumenter, sur la base de fiches comme en produisait le MRAP en son temps, pour démonter les idées reçues qu’on entend au bistrot (immigrés=chômage ; grévistes = preneurs d’otage ; pauvres = assistés…).

L’individualisme peut se combattre en proposant du travail collectif débouchant sur des réalisations concrètes. Ouvrir des chantiers quand c’est possible : potagers citoyens, bourses de troc, réhabilitation par le travail associatif…

L’absence de repères, c’est l’absence d’identité sociale qui se construit souvent par l’identité professionnelle, en marchant dans les traces de ses pères : on va à l’usine, au boulot, de ses parents. Deux grandes donnes nous construisent : la reproduction sociale liée au travail et le rapport au politique : comment la communauté se positionne dans un ensemble plus large. Or, dans la région de Chauny, ceux qui ont du travail ont parfois du mal à distinguer que la petite boîte pour laquelle ils travaillent, est une sous-filiale de 50 personnes d’un des trois ou quatre grands groupes qui possèdent la France : Suez, Veolia, Bouygues…

Au militant de faire un utile travail syndical et d’éducation en aidant les gens à s’organiser, en expliquant les collusions, les liens. Ce travail formera des repères fondés sur la lutte, des repères de classe. Dans tous les cas, la réponse est dans la présence sur le terrain et la formation de relais militants.

Il faut démontrer que l’immigré ou le délinquant ne sont pas les causes de notre relégation, mais le système des traders et des multinationales, en allant au delà d’une logique où on mesure son inégalité en fonction du voisin, au détriment de la solidarité due à ceux et celles qui n’ont que leur force de travail.

Si la lutte de classe est dépassée pour certains et a été remplacée par la lutte des places, aujourd’hui reléguée par la lutte des castes, nous devons remplacer « la classe de la démerde » par « la classe pour tous ».

Noël (AL 95)

[1] UARA : Union ! Action ! Révolution ! Autogestion !

[2] Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, Recherche le peuple désespérément, Bourin, Paris, 2009

[3] Lire dans Le Monde diplomatique d’avril l’article « Des milieux populaires entre déception et défection » d’Eric Dupin.

[4] A consulter, l’étude du MRAP sur le racisme sur internet

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article3527

dimanche 2 mai 2010

Des milieux populaires entre déception et défection, Eric Dupin, Le Monde diplomatique, avril 2010

La crise économique et financière actuelle aura peut-être pour vertu de ramener les milieux populaires sur le devant de la scène politique et intellectuelle. Massivement abstentionnistes, caricaturés comme des «beaufs», ils ne semblaient plus intéresser personne, alors même qu’ils représentent plus de la moitié de la population française…

On aurait pu imaginer un heureux effet de dévoilement : avec la crise, la nocivité du système économique en vigueur apparaît désormais en pleine lumière. Difficile de faire croire que l’immigré ou le délinquant sont à l’origine de la récession et de son cortège de drames sociaux. Pourtant, ses véritables responsables ne sont guère mis en cause. "Tout en haut, il y a la sphère financière, celle des traders et des grosses entreprises, mais tout cela est assez abstrait, on ne va pas manifester contre les sphères d’en haut", explique le sociologue Alain Mergier (1). Une seconde sphère serait constituée des "gens de tous les jours", dans leur diversité. Et une troisième regrouperait les damnés de l’ "enfer" de l’exclusion et de la pauvreté. Or cette dernière présente un visage autrement plus concret que celui des puissants de ce monde. D’où la persistance des réactions de peur, voire d’hostilité, envers les plus démunis (2).

« Prolophobie » des élites françaises

Ancienne membre du bureau confédéral de la Confédération générale du travail (CGT), Mme Maryse Dumas observe : "La sensibilité aux inégalités qui séparent chacun de son voisin a progressé au détriment de l’ancienne solidarité entre ceux qui n’avaient que leur travail pour vivre". Ajoutant : "On éprouve sans cesse plus de difficultés à créer du commun", elle s’inquiète de la situation des salariés qui luttent le dos au mur dans les entreprises menacées de fermeture. Ils ne se battent parfois même plus pour garder leur emploi, mais seulement pour arracher des indemnités de départ décentes. Un désespoir qui peut se traduire par de radicales «fuites en avant».

Après avoir parcouru l’Hexagone à la rencontre des salariés, M. Marcel Grignard, secrétaire général adjoint de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), observe lui aussi que "les gens sont plutôt amers et désabusés ; ils ont le sentiment d’être grugés, même si les expressions de révolte ne sont pas très nombreuses». Il a perçu une "indignation rentrée" mêlée à une grande perplexité face à ce "système qui est fou, qui n’a pas de sens". Le dirigeant cédétiste regrette la grande difficulté à fédérer les actions syndicales.

"Les milieux populaires et la partie basse des classes moyennes n'ont guère les moyens de faire face à la précarisation des rapports sociaux", constate Mergier. certaines modifications du droit du travail, comme l'instauration du revenu de solidarité (RSA), ont aussi pour effet d' "institionnaliser la coupure entre la partie précaire du salariat, où les milieux populaires sont surreprésentés, et ce qu'il y a au-dessus". Une insécurité génératrices de réflexes individualistes.

Qu'entend-on au juste par "classes populaires"? La question n'est pas étrangère à leurs difficultés à se considérer comme telles. Statistiquement, les choses pourraient sembler limpides. On regroupe dans cette catégorie le "salariat d'exécution" composé des ouvriers (23,2% de la population active au recensement de l'Institut national de la statistique et des études économique (Insee) de 2006) et des employés (28,6%). Ainsi définies, les classes populaires demeurent majoritaires en France et représentent 51,8% de ceux qui travaillent.

Cet agrégat n'est pas purement formel. Le sociologue Olivier Schwartz définit les catégories populaires à partir de trois critères : petitesse du statut social et professionnel, étroitesse des ressources économiques et enfin éloignement par rapport au capital culturel (3).

Pourtant les réalités vécues fragmentent ces catégories statistiques. la relation à l'emploi, à temps plein ou partiel, précaire ou non, introduit déjà de singulières différences. Les qualifications paraissent de plus en plus variées au sein des couches populaires. Les ouvriers non qualifiés souffrent prioritairement de ce que le sociologue Serge Paugam nomme une "intégration disqualifiante", alliant insatisfaction dans le travail et instabilité de l'emploi (4). Prise dans des secteurs en déclin particulièrement menacés par la mondialisation, une fraction de l'ancienne classe ouvrière vit douloureusement l' "image de la décadence" qui lui est renvoyée. Dans ces milieux, observe Paugam, "l'intériorisation d'une identité négative est très forte".

D'une tout autre manière, l'habitat segmente les couches populaires. Il n'est pas indifférent d'habiter un HLM des centres-villes ou bien une cité de banlieue, un pavillon de la proche périphérie d'une métropole ou bien une zone rurale plus reculée. Les géographes Christophe Guilluy et Christophe Noyé ont mis en lumière la "migration des couches populaires vers les grandes périphéries urbaines et rurales", un "choix contraint" qui n'est pas guidé par un désir d'accession à la propriété (5). C'est plutôt la pénurie des logements sociaux en ville et les redoutables logiques foncières qui expliquent ce nouvel "exode urbain", facteur de relégation spatiale des plus modestes.

Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin insistent, à juste titre, sur l'invisibilité et la méconnaissance produites par cet éloignement du nouveau prolétariat : "Un étrange cocktail fait de stigmatisation et de bien-pensance renvoie invariablement ces espaces aux clichés les plus éculés : arriration, racisme, alcollisme, rejet de la modernité, conservatisme et conformisme. Il y a derrière ces clichés une forme de prolophobie d'une partie des élites françaises (6)".

L'éclatement spatial des couches populaires renvoie à des dynamiques sociales : une "France pavillonnaire" s'étend en opposition aux "cités" dans un effort de promotion sociale parfois désespéré. On aurait tord de caricaturer trop rapidement cette population de "petits-moyens" en "petits-Blancs" allergiques à l'altérité. Car des familles d'origine immigrée s'installent également en pavillon après avoir fui des grands ensemble qui concentrent de plsu en plus de précarité et, pour certains d'entre eux, de populations étrangères (7). "En accédant à la propriété individuelle ou en accordant une grande importance à l'éducation scolaire de leurs enfants, les "petits- moyens" expriment avant tout le souhait de vivre comme tout le monde (8)." S'ils ne se prennent en aucun cas pour des "bourgeois", ils ont une vive conscience de ce qui les oppose au bas de l'échelle sociale.

On retrouve ici la "conscience triangulaire" évoquée par Schwartz : "C'est l'idée qu'il y a le haut, le bas et nous, coincés entre les deux. Le haut, ce sont les dirigeants, les gouvernants, les puissants. Le bas, ce sont les familles pauvres qui profitent de l'assistance, les immigrés qui ne veulent pas s'intégrer, les jeunes qui font partie de la racaille (9)." Schwartz a étudié les attitudes des conducteurs de bus de la TATP. Leur emploi protégé et leurs salaires les rapprochent des professions intermédiaires, alors que leur niveau d'éducation est celui des couches populaires. "Ils se sentent piégés par le haut et le bas, mais avec un rejet très fort du bas de l'échelle sociale." Il est vrai que ce bas monte plus fréquemment dans leurs bus que le haut...

La représentation dominante d'un univers composé d'une multitude de strates hiérarchisées aiguise l'obsession du "déclassement". Camille Peugny a observé le phénomène de mobilité "descendante" qui concernerait aujourd'hui 25% de la tranche d'âge des 35-39 ans, contre 18% il y a vingt ans : "Beaucoup de jeunes vivent moins bien que leurs parents, ils n'ont plus les moyens de se conformer au modèle de consommation dominant", explique-t-il évoquant une "génération sacrifiée" qui n'a "jamais été aussi diplômée et qui ne s'est jamais aussi mal intégrée dans le monde du travail" (10). Le déclassement peut être ici aussi bien un décrochage d'avec la position sociale des parents qu'un écart par rapport à ce que son propre niveau d'éducation aurait pu laisser espérer.

Tous les chercheurs ne partagent pas ce diagnostic. "Le succès du thème des classes moyennes à la dérive s'explique par l'angoisse de certains milieux intellectuels, corrige la sociologue Stéphanie Vermeersch. Cela concerne une petite minorité." Une étude du Centre d'analyse stratégique (11) relativise également le déclassement intergénérationnel. En 2003, les mobiles "ascendants" (39,4%) restaient près de deux fois plus nombreux que les mobiles "descendants" (21,9%) chez les personnes âgées de 30 à 59 ans.

Evitement plutôt qu'affrontement

Quel que soit son degré de réalité, l'impact du phénomène dans le débat public est symptomatique d'un rang à maintenir. Il semble bien que nos sociétés, tout en niant le conflit de classes, aient un sens de plus en plus aigu de la position de chacun. "Les différentes catégories sociales se mélangent de moins en moins", constate Mme Dumas, fille d'un chauffeur mécanicien et d'une femme de ménage devenue cadre aux PTT.

Les couches favorisées sont les premières à déployer une débordante énergie pour protéger leur entre-soi. "Les familles les plus riches et les plus diplômées n'ont jamais été aussi actives sur les marchés scolaires et résidentiel : elles n'int jamais fui avec autant de diligence la proximité des classes populaires", remarque l'économiste Eric Maurin . Le logement et l'école sont devenus les terrains d'un nouveau conflit de classes où l'évitement a remplacé l'affrontement. des logiques séparatistes dont les classes supérieures n'ont pas l'exclusivité tant elles se diffusent dans l'ensemble du corps social. "Les gens déménagent, c'est un acte plus fort que de voter Front national !", estime Guilluy, faisant allusion à ces familles qui quittent les cités de la Seine-Saint-Denis pour s'installer dans des pavillons en seine-et-Marne.

L'école est l'autre grand front de la distinction sociale. La hausse générale du niveau d'éducation a certes produit, selon l'expression de Schwartz, une "déségrégation" partielle des couches populaires. Mais la compétition scolaire n'a jamais été aussi vive. Vermeersch parle de "surinvestissement de l'école" par des parents anxieux. l'idée que tout se joue dans les années de formation initiale s'est renforcée à mesure que les entreprises abandonnaient leurs politiques de promotion interne. D'où la hantise de l'échec scolaire qui pousse certaines familles à adopter les stratégies éducatives qu'elles considèrent comme les plus payantes, au détriment de la mixité sociale.

Les choix en matière de logement et d'école s'influencent mutuellement pour réduire cette fameuse mixité, d'autant plus célébrée qu'elle est peu souhaitée. La suppression de la carte scolaire a encore aggravé ces logiques ségrégatives, comme le montrent le sociologue Franck Poupeau et le géographe Jean-Christophe François à partir d'une enquête en région parisienne (12).

"Le traumatisme des milieux populaires à l'égard de la gauche s'inscrit dans le long terme", tranche Guilluy. "Le parti socialiste est dirigé par des élites branchées sur la mondialisation, la globalisation financière, et donc coupées du petit salariat du secteur privé", renvoie en écho Brustier, par ailleurs militant socialiste (13) .

Avec l'élection présidentielle de 2007 a été mis en évidence un éclatement politique des couches populaires entre des cités mobilisées par un vote lié au rejet de M. Nicolas Sarkozy et des pavillons acquis au candidat de l'Union pour un mouvement populaire (UMP). Une enquête approfondie dans un quartier pavillonnaire de Gonesse (Val d'Oise) (14) a montré la droitisation des "petits-moyens", même si des solidarités locales assurent toujours une présence de la gauche. Le quartier des Peupliers a accordé des scores importants au front national (FN) dans les années 1980 et 1990 avant de basculer nettement en faveur de M. Sarkozy lors de la dernière élection présidentielle.

Le sociologue Olivier Masclet souligne l'importance de l'enjeu scolaire dans cette droitisation : "La gauche est représentée par les profs, des enseignants considérés comme inaccessibles et qui ne s'iccupent que des meilleurs." La gauche, pour certains "petits moyens", c'est aussi les syndicats des transports publics accusés de faire grève... aussi souvent que les enseignants. Schwartz a toutefois rencontré des chauffeurs de bus qui ont "voté Sarko", même si beaucoup se refusent à l'avouer à un enquêteur.

"Ces catégories pourraient se reconnaître dans une gauche d'ordre", estime néanmoins Masclet. Aux municipales de 2008, le quartier des Peupliers a voté en faveur d'un maire socialiste aux options "sécuritaires". la déception provoquée par la politique de M. Sarkozy, qui vient de se traduire par la déroute de l'UMP aux dernières élections régionales, ne semble pas devoir se traduire par une réconciliation entre la gauche et les couches populaires. Le FN demeure en embuscade. Ses succès inattendus aux régionales montrent qu'il peut retrouver la fonction tribunitienne qui fut la sienne dans la période antérieure. Les électeurs lepénistes qui s'étaient reportés en 2007 sur le candidat de l'UMP, au nom du principe d'efficacité, ne peuvent que constater amèrement l'échec de leur calcul. En avivant les difficultés, la crise constitue toujours un terreau favorable à l'extrême droite, comme l'indiquent ses bons scores dans la France du Nord-Est, particulièrement touchée par la désindustrialisation.

Impasse des stratégies individualistes

Les urnes ont été boudées comme jamais, et cette grève du vote a été particulièrement suivie dans les quartiers populaires. On assiste à un "détachement de la sphère publique", selon l'expression de Guilluy. Vermeersch parle d'une tendance au "retrait" et Schwartz d'un "risque de marginalisation".

"La crise va renforcer le sentiment d'abandon et d'impuissance des classes populaires", ajoute ce dernier. la sociologue Annie Collovald rappelle toutefois à raison, que ces couches expriment toujours potentiellement de "fortes attentes de prises en charge des intérêts sociaux par les hommes politiques (15)". On peut aussi penser que l'impasse des stratégies de salut individualistes créera un jour les conditions d'un retour aux aspirations collectives.

En attendant, les classes populaires souffrent, comme le remarque Collovald, d'une "relative absence d'entreprises politiques cherchant à les représenter, à parler en leur nom, et ainsi à leur donner au moins symboliquement une unité et une homogénéité". Jamais la "classe en soi" n'a été aussi éloignée de la "classe pour soi".

Notes :

1. Coauteur, avec Philippe Guibert, du livre Le descendeur social. Enquête sur les milieux populaires. Plon, Paris, 2006. L'ensemble des citations sans référence sony issues d'entretiens avec l'auteur.

2. C. Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, Enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard, Fayard, Paris, 1999, et Gérard Mauger, "Les transformatios des classes populaires en France depuis trente ans", dans Jean Lojkine, Pierre Cours-Salies et Michel Vakaloulis ( sous la dir. de) Nouvelles luttes de classes, Presses universitaires de france, paris, 2006.

3. "Haut, bas, fragile : sociologies du populaire" entretien avec Annie Collovald et Olivier Schwartz, Vacarme, n°37, Paris, automne 2006.

4. Serge Paugam, "la condition ouvrière : de l'intégration laborieuse à l'intégration disqualifiante", Cités, n°35, Paris, 2008.

5. Christophe Guilluy et Christophe Noyé, Atlas des nouvelles fractures sociales en France, Autrement, Paris, 2006.

6. Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, Recherche le peuple désespérément, Bourin, Paris, 2009.

7. Le sociologue Edmond Ptéteceille montre toutefois que la grande majorité des immigrés et de leurs enfants résident dans des quartiers où ils sont minoritaires. Cf. "La ségrégation ethno-raciale a-t-elle augmenté das la m&tropole parisienne ?", Revue française de sociologie, vol 50, Paris, 2009/3.

8. Marie Cartier, Isabelle Coutant, Olivier Masclet et Yasmine Siblot, La France des "petits-moyens". Enquête sur la banlieue pavillonnaire, la Découverte, Paris, 2008.

9. "Haut, bas, fragile...", op.cit

10. Camille Peugny, Le déclassement, Grasset, Paris, 2009

11. Marine Boisson, Catherine Collombet, Julien Damon, Bertille Delaveau, Jérôme Tournadre et benoît Verrier, "La mesure du déclassement, Informer et agir sur les nouvelles réalités sociales", Centre d'abalyse stratégique, paris, Juillet 2009.

12. Franck Poupeau et Jean-Christophe François, Le sens du placement, Ségrégation résidentielle et ségrégation scolaire, Raisons d'agir, paris, 2008.

13. "Le PS a gardé ses lunettes des années 1970" Le parisien, 28 août 2009.

14. La France des "petits moyens"..., op. cit

15. "Haut, bas, fragile...", op. cit.

http://www.monde-diplomatique.fr/2010/04/DUPIN/19030

mardi 27 avril 2010

Pour aller au peuple, Royal doit oublier St Germain

La Présidente de Poitou-Charente délaisse le centre pour conquérir les électeurs ruraux. L'Antidote, blogueur associé, donne quitus à l'ex candidate socialiste sur sa vision critique des élites urbaines et sa volonté de coller à l'électorat populaire.

Nous venons encore d’assister à une passe d’arme entre Cécile Duflot et Ségolène Royal. La secrétaire nationale des Verts n’a pas davantage apprécié le soutien aux habitants des zones noires de la présidente de la région Poitou-Charentes que son opposition à la taxe carbone. A chaque fois, Duflot a tancé l’ex-ministre de l’environnement. Et a dû encaisser en retour une jolie volée de bois vert, encore qu’on puisse avoir des doutes sur la couleur.

Cécile Duflot ne comprend plus Ségolène Royal. On peut interpréter ses réactions comme une déception de l’ancienne fan pour une artiste qu’elle a longuement admirée et qui dévie de la route. On peut aussi, tout simplement, penser qu’elle souhaite « tuer la mère » tant Ségolène Royal a longtemps incarné l’idéologie maternaliste, écologiste et principedeprécautionneuse -qu’on me pardonne ce néologisme, mais ce texte concerne Ségolène Royal, après tout. Quand Philippe Muray ne ménageait guère la candidate socialiste à la présidentielle de 2007, c’était, bien entendu, tout ce qu’elle représentait qui était visé : elle était le condensé d’une époque. Il n’est pas indifférent que certains admirateurs de Muray ont désormais dans le viseur la nouvelle égérie écolo.

Depuis qu’elle a échoué à prendre la tête du Parti Socialiste, Ségolène Royal cherche une nouvelle voie qui lui permettrait d’affronter à nouveau Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle et de prendre sa revanche. Ses amis et principaux soutiens l’ont quittée les uns après les autres et on en a trop vite déduit qu’elle n’avait plus aucune chance. Si elle a affronté Peillon, c’est moins pour récupérer le courant dont elle accusait ce dernier de l’avoir spolié, que pour montrer à l’opinion qu’elle ne se laissait pas marcher sur les pieds ; il s’agissait d’affirmer qu’elle était une chef, autoritaire et bagarreuse, un peu comme l’hôte actuel du château. Elle a également pris acte que son allié putatif François Bayrou était en perte de vitesse et a donc laissé à Peillon le soin d’organiser des agapes avec centristes et écologistes. En réalité, Ségolène Royal sait que son avenir politique ne se joue pas dans cet espace politique que nous appellerons « écolo-social-libéral », pour faire vite. Bien trop embouteillé, cet espace : DSK, Valls, Bayrou, Duflot, mais aussi Juppé et Villepin, sans compter Nicolas Sarkozy lui-même qui l’occupe par l’entremise de Carla. Tout cela pour 20 % maximum. Certes ce sont les 20 % d’électorat bobo dont la quasi totalité des journalistes et « influents » parisiens. Restent quatre-vingts, répartis entre droite et gauche à parts à peu près égales.

Cela, donc, il semble bien que Ségolène Royal l’ait compris. Elle a, paraît-il, dévoré « Recherche le peuple désespérément » co-écrit par deux militants socialistes, Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin. Ce livre démontre qu’une bonne partie de l’électorat de gauche, classes populaires et classes moyennes déclassées, ne vit ni dans les centre-villes « bobos » -et pour cause- ni dans les fameux « quartiers ». Au contraire, la hausse de l’immobilier les a repoussés dans le monde rural et les zones pavillonnaires péri-urbaines où elles peinent à rembourser leurs traites. Philippe Cohen qui en avait fait une lecture pour Marianne2, écrivait en octobre dernier qu’une certaine gauche médiatique persistait à l’ignorer, parfois au prix d’une prolophobie de plus en plus évidente. Quant à Emmanuel Todd, il analyse la volonté de construire des pavillons dans des zones éloignées des centre-villes comme une façon de vivre dans un « abri-anti-mondialisation ». C’est ainsi qu’il faut sans doute interpréter l’initiative de Ségolène Royal contre la taxe carbone, laquelle lèse de toute évidence cette couche de la population qui a besoin de voiture et qui n’a pas pu construire un pavillon écolo modèle. C’est aussi à la lumière de cette réflexion qu’elle a soutenu avec vigueur les familles concernées par les « zones noires » il y a quelques jours. Il est même probable que son souci de donner des chèques-contraception aux lycéennes de sa région réponde aussi à ce souci de défendre les filles rurales ne disposant pas de planning familial près de chez elles.

En 2007, elle avait mis, entre autres thèmes, l’accent sur la proximité. C’est ce qui lui a permis de faire le lien avec sa stratégie d’aujourd’hui. Une sorte de fil conducteur qui donne l’impression que tout cela reste cohérent, qu’elle est demeurée la même tout en visant un autre électorat. Mais la proximité ne suffit pas. Elle ne tient là qu’un bout de la chaîne qui lui permettra d’être complètement audible auprès de cet électorat. C’est ainsi que ses équipes ont également rencontré Hakim El Karoui, théoricien du protectionnisme européen, celui-là même qui avait proposé fin 2006 à Dominique de Villepin un programme économique rompant avec le libre-échange cher aux socialistes Pascal Lamy et Dominique Strauss-Kahn. Intéressant mais insuffisant. Aujourd’hui, la crise étant passée par là, nous n’en sommes plus à proposer aux Allemands, comme le suggéraient El Karoui et Emmanuel Todd, de prendre la tête d’un protectionnisme européen. L’Allemagne joue perso. Avant de parler de nouvelles barrières douanières luttant contre dumping social et environnemental, il faut aborder la question de la monnaie. C’est là que nous pouvons légitimement nous interroger sur la capacité de Ségolène Royal à briser le tabou de l’Euro.

Il serait pourtant dans la même logique d’abandonner le Centre, les lubies écolo-bobos de Mme Duflot, et promouvoir la défense des classes populaires et moyennes déclassées en remettant en question la monnaie unique. L’autre bout de la chaîne, que Madame Royal doit saisir, il est bel et bien là. Or, briser ce tabou serait mettre fin à vingt ans d’eurobéatidude. Celle qui fut la seule parlementaire a quitter l’hémicycle en protestant contre l’élection d’un « adversaire de l’Europe» au perchoir, celle qui imposa sa morgue à ses interlocuteurs nonistes -qui avaient pourtant eu les faveurs du suffrage populaire- lors de la soirée référendaire de 2005, l’amie de Bernard-Henri Lévy, peut-elle apparaître aux yeux du tout-Paris-médiatique comme une « anti-européenne » ? Et elle-même est-elle capable de faire une croix sur plus de vingt ans de militantisme europhile ? C’est une révolution politique, médiatique et psychologique.

Pourtant, cette gauche des quartiers pavillonnaires et des zones rurales a voté non au TCE et elle met dans le même sac méfaits de la mondialisation et monnaie européenne. Roland Hureaux expliquait, à la convention de Debout la République consacrée à l’emploi, l’effet multiplicateur de la désindustrialisation, lequel est particulièrement ravageur dans les petites villes. Quand le mari ouvrier perd son emploi parce que la petite entreprise est délocalisée ou ferme parce qu’elle était sous-traitante d’une plus grosse préférant se servir en Chine, l’emploi de Madame dans le secteur tertiaire est bien souvent supprimé ensuite de manière collatérale, toute l’activité des services de la ville dépendant du plus gros employeur privé. Briser le tabou monétaire n’est pas une chance pour Ségolène Royal, c’est la seule chance de Ségolène Royal. Pour accéder au second tour de l’élection présidentielle, mais aussi au premier. Que ce soit dans une procédure de primaires les plus ouvertes possibles -cette couche de la population n’adhèrera pas même pour une somme symbolique pour y participer ou -arguant que des primaires trop fermées sont un moyen de l’éliminer- en participant au premier tour indépendamment du Parti socialiste, Mme Royal ne peut tenir les deux bouts de la chaîne et construire sa martingale gagnante qu’au prix d’un véritable effort sur elle-même. On ne peut reprocher à Martine Aubry sa proximité avec Alain Minc sans rompre également avec BHL. Elle n’aura pas ce peuple de gauche avec l’ancien nouveau-philosophe sur le porte-bagages. Et elle peut très bien, dans un premier temps, demander à sauver l’Euro en proposant que l’Allemagne en sorte. Il s’agit d’une manière très adroite de sauver les apparences europhiles, en mettant la responsabilité sur le dos des Allemands. Après, il sera toujours temps de tenir un langage plus national.

La manière dont Nicolas Sarkozy a réagi en envoyant Borloo éteindre le feu dans les communes concernées par l’établissement de zones noires démontre que, contrairement à ce qui est habituellement admis, Ségolène Royal lui fait peur. En observateur averti de la vie politique, il sait que si celle-ci osait briser le tabou, il pourrait fort bien lui être opposé en mai 2012. Ce nouvel euroscepticisme pourrait alors valoir à la Dame du Poitou des reports de voix intéressants de la part du Front de gauche sauce Mélenchon.

Ségolène Royal est au milieu du gué. Osera t-elle ?

http://www.marianne2.fr/Pour-aller-au-peuple,-Royal-doit-oublier-St-Germain_a191991.html

dimanche 4 avril 2010

Une critique du Groupe socialiste d'entreprise nationale de la Poste

La gauche a perdu le contact avec le peuple, et en particulier les ouvriers et employés qui constituent toujours la grande majorité de la population. Si elle veut reconquérir le pouvoir, il lui faut renouer ce contact, trouver la stratégie, le langage et les propositions qui leur redonnent des perspectives. Et pour cela, il faut d’abord les reconnaître là où ils sont. Les auteurs nous invitent à changer de regard, notamment sur les zones pavillonnaires et sur les campagnes ; à y voir d’abord des victimes du néolibéralisme. Ils font œuvre salutaire. Espérons qu’ils soient entendus.

« Notre pays a perdu de vue le peuple », estiment les auteurs, qui se proposent, en s’appuyant largement sur la sociologie, de « chasser les mythes ». « Fin de la classe ouvrière » ? « entreprise sans usine » ? L’essentiel de la réalité sociale de notre pays est occultée, environ deux tiers de la population : ouvriers, employés, travailleurs indépendants ; relégués loin des centres, oubliés. Avant-garde prolétarienne » pour le « mao » de 1970, l’ouvrier français est vite devenu le « beauf » raciste d’un Charlie Hebdo « gentrifié ».

La globalisation financière a modifié notre société, son impact se fait sentir physiquement. Il ne s’agit plus de théorie. Il s’agit de la vie quotidienne et concrète de millions de nos concitoyens. Bien qu’ayant presque disparu des discours politiques, les couches populaires (ouvriers et employés) représentent encore 60 % de la population active, soit une part constante depuis 1954.

Pour lire la suite, cliquez sur le lien suivant : http://www.gsen-poste.org/spip.php?article48

mercredi 24 mars 2010

Conférence à Marseille à l'invitation du MRC local

Elle aura lieu le 13 avril à 19H au World Trade Center Marseille 2 rue Henri Barbusse 13001 Marseille

Pourquoi les hommes politiques ne comprennent-ils plus la société française ? Les changements profonds que la France a connus ont conduit à une rupture entre les élites et le Peuple. Une gauche enfermée dans les centres-villes a perdu le contact avec son électorat traditionnel populaire. Quelle est la géographie sociale de la France d’aujourd’hui ? Comment redonner un sens à une politique au service des couches populaires?

Tels seront les points abordés lors de cette conférence-débat en la présence du co-auteur du livre Recherche le Peuple désespérément et du Mouvement Républicain et Citoyen.

Cedric Matthews pour le MRC Comité de Marseille

http://www.mrc-comite-marseille.fr/article-conference-du-mrc-invite-jean-philippe-huelin-47278233.html

jeudi 18 mars 2010

L'irrésistible légèreté de l'électeur de gauche

Le scrutin de dimanche est une nouvelle preuve d’un phénomène qui frappe la gauche. Son électorat est devenu extrêmement volatil. Il passe d’une chapelle à l’autre au fil des scrutins. La prime revenant aux électeurs écologistes.

Comment le Parti socialiste est-il passé de 16,48% des suffrages aux européennes (jouant même des coudes avec Europe écologie) à 29,14% des voix (1) lors de ce premier tour des régionales ? Comment a-t-il pu attirer 5,8 millions de votants dimanche dernier avec en toile de fond une abstention record, quand ils n’étaient que 2,8 millions en juin 2009 ? Vote sanction à l’égard du gouvernement ? Vote utile bénéficiant au PS ? Démobilisation de l’électorat de droite ? Rémission du Parti socialiste sous la férule d’Aubry ? Prime aux sortants ? Il existe en vérité une multitude de raisons qu’éditorialistes et responsables politiques se sont empressés d’avancer. En voici une autre : peut-être que le PS — et plus généralement la gauche dans son acceptation la plus large — doit-il faire face à un phénomène moins visible, celui d’un électorat devenu volatil, un électorat SCF, Sans Chapelle Fixe.

Lire Badiou et voter Bayrou !

Pour Gaël Brustier, docteur en sciences politiques et auteur avec Jean-Philippe Huelin du livre Recherche le peuple désespérément (2), cet électorat de gauche qui ne sait plus vraiment où il habite (politiquement parlant, on s’entend) existe bel et bien : « Certains électeurs peuvent passer de François Bayrou à Ségolène Royal entre le premier et le second tour de la présidentielle puis à Europe écologie aux européennes et, aux régionales, finir au PS de Martine Aubry. Cet électeur-là est capable de lire Alain Badiou et, dans le même temps, de voter Bayrou ! » Cet « électeur-là » au tempérament plus qu’indécis, donnant le sentiment de choisir ses bulletins de vote comme des programmes télé, ne vit pas n’importe où selon Brustier : « L’ouvrier du Creusot qui votait à gauche pour un parti continuera à voter pour ce parti. L’électorat des villes-centres, lui, est d’une volatilité totale. Pour ses habitants, PS, Europe écologie, MoDem constitue un vote interchangeable. Cet électorat, qu’on pourrait appeler « bobo » pour caricaturer, est un électorat très infidèle. C’est une espèce de touche-à-tout. » Seule constante que cet électeur retrouvera finalement d’une chapelle à l’autre : l’opposition à Sarkozy. « Aujourd’hui, explique Brustier, ces électeurs font de l’antisarkozysme comme certains, par le passé, ont fait de l’antilepénisme. C’est une posture consensuelle, qui en appelle à la morale. »

Les années 1990, le tournant

Pour Daniel Boy, directeur de recherche au Cevipof, spécialiste notamment de la sociologie électorale et de l’écologie politique, cette inconstance propre au vote « bobo » « n’est pas impossible » : « Si l’on compare les résultats des municipales et des européennes, dans des arrondissements parisiens comme le 11e et le 18e, des arrondissements où les intellectuels peu fortunés peuvent encore se loger, c’est même relativement fondé. » Mais pour lui, le principe des « vases communicants » n'est pas nouveau. Il en veut pour preuve les régionales de… 1992 : « Le Parti socialiste était alors empêtré dans les affaires, notamment avec les lois d’amnistie. Il avait pris une claque et les écolos avaient fini très haut. » Selon Daniel Boy, les « années 1990 » marquent un tournant pour la gauche : « Les électeurs ont fait l’expérience de l’incapacité des politiques de nous sortir de la crise. Il en résulte la naissance d’un sentiment fort de déception. Cette déception favorise la bascule d’un scrutin à l’autre, la tentation de faire sortir les sortants. »

Europe écologie attire mais ne retient pas

La volatilité des électeurs écologistes est d’ailleurs sans doute la plus forte à gauche. C’est un fait. Même si tous les responsables d’Europe écologie s’échinent depuis dimanche à présenter leur formation politique comme une force désormais durablement installée dans le paysage. Ce sentiment était déjà palpable lors des élections européennes. La Fondation pour l’innovation politique avait par exemple noté qu’en juin dernier « 61% [de ses électeurs s’étaient] décidés dans la dernière semaine (contre 45% pour l’ensemble de l’électorat) ». S’ajoute à cela une sociologie très proche de celle décrite par Gaël Brustier : « 32% des cadres et des professions intellectuelles ont choisi des listes d’Europe Écologie, 24% des professions intermédiaires, 23% de ceux qui ont un diplôme de l’enseignement supérieur. » Daniel Boy note même dans l’édition 2010 de L’état de l’opinion (3) que « le pourcentage de personnes ayant suivi des études supérieures est à peu près identique » à EE (61%) et au MoDem (62%) contre « 47% des électeurs socialistes ». Géographiquement aussi, raison est donnée à Gaël Brustier : « Les départements dans lesquels les écologistes réalisent leurs meilleurs scores sont d’abord ceux de la région parisienne (Paris, 27,5% ; Hauts-de-Seine, 20,7%) ».

Une récente étude menée par OpinionWay pour Le Nouvel observateur vient confirmer cette idée de l’électeur écologiste véritablement Sans Chapelle Fixe : seuls deux électeurs sur cinq d’Europe éco aux européennes (42%) ont en effet récidivé aux régionales ! 25% ont finalement glissé un bulletin estampillé PS tandis que 20% ont préféré rester chez eux ou voter blanc. Il faut ajouter à ces électrons très libres, quelques transgresseurs : 5% ont franchi le Rubicon et opté pour une liste de droite.

Enfin, dernière statistique relevée par Le Nouvel observateur : près d’un tiers (28%) des bulletins EE déposés dimanche dans les urnes l’ont été par des abstentionnistes aux européennes. Pour Denis Pingaud d’OpinionWay, cela « prouve qu’Europe Ecologie devient une marque d'attraction forte ». Certes EE attire, mais a tout de même bien du mal à retenir…

Daniel Boy voit dans ce phénomène de « passerelles » entre EE et PS « une certain cohérence » : « Aux élections européennes, certains électeurs ont eu des préoccupations environnementales et ont voté Europe écologie. Pour les régionales, ils ont eu des préoccupations sociales, ils ont voté socialiste. » Mais il précise que la volatilité de l’électeur écologiste ne date pas de la création d’Europe éco. Elle est presque historique : « Le taux de reproduction du vote écologiste, explique-t-il, est moins important que pour les partis très implantés comme peuvent l’être le PS ou le FN ».

Electeurs voyageurs car programmes indifférenciés ?

Reste à savoir s’il est possible pour les formations de gauche, à commencer par le PS, de fixer cet électorat. Daniel Boy n’y croit pas. Pourquoi les électeurs cesseraient de changer de crémerie quand les partis politiques, eux-mêmes, n’hésitent pas à aller piocher certaines thématiques (voire certains candidats) au-delà de leur périmètre traditionnel : « Les politiques babillent beaucoup. Il n’y qu’à voir l’opération “développement durable” menée par la droite ! » En clair, pourquoi les électeurs poseraient leurs valises dans une chapelle plutôt qu’une autre puisque toutes se ressemblent de plus en plus… Gaël Brustier n’y croit pas non plus. Le PS, selon lui, n’y a de toute façon aucun intérêt : « L’enjeu pour le PS n’est pas de fixer ce vote “bobo”. L’enjeu pour lui est de reconquérir le vote populaire. Mais pour cela il lui faudra faire des efforts intellectuels » et notamment « adopter une position claire et nette par rapport au libre-échange ».

Le PS est-il prêt à consentir à de tels « efforts » ? Ses responsables auront peut-être en tête que cette volatilité peut avoir un avantage majeur : permettre d’importants reports de voix au second tour comme le montre l’étude Ifop pour Profession politique réalisée pour le scrutin de dimanche prochain. Des réserves de voix qui font tant défaut à Nicolas Sarkozy depuis qu’il a eu cette judicieuse idée d’incorporer Chasseurs et troupes de Philippe de Villiers au sein de l’UMP…

(1) Selon les chiffres du Monde très différents de ceux du ministère de l’Intérieur…
(2) Recherche le peuple désespérément, Bourin éditeur, octobre 2009.
(3) L’état de l’opinion, TNS-Sofres aux éditions du Seuil, mars 2010.

Gérald Andrieu - Marianne | Jeudi 18 Mars 2010
http://www.marianne2.fr/L-irresistible-legerete-de-l-electeur-de-gauche_a189842.html?preaction=nl&id=5907737&idnl=25905&

mercredi 17 mars 2010

Gaël Brustier analyse le premier tour des régionales

Gaël Brustier analyse les ruptures apparues entre les élites et le peuple depuis une trentaine d'années. Pour Marianne2, il analyse les résultats des régionales.

Première partie: l'abstention.


Docteur en sciences politiques, Gaël Brustier est l'auteur avec Jean-Philippe Huelin du livre Recherche le peuple désespérément chez Bourin éditeur. Il analyse les ruptures apparues entre les élites et le peuple depuis une trentaine d'années. Il relativise le succès de la gauche et l'installation d'Europe écologie comme troisième force politique du pays, interroge l'état de la gauche de gauche. Prudent sur la fin du mirage sarkozyste, il envisage tout de même la possibilité d'une alternance de gauche à Sarkozy, sans véritable alternative politique...

Marianne2: Quelle analyse faîtes-vous de ce premier tour notamment du point de vue des catégories populaires ?

Gaël Brustier: L’impression qui domine c’est que l’électorat populaire de droite a déserté les urnes mais en déduire que la gauche a récupéré cet électorat, ce serait aller vite en besogne. Il y a une forte démobilisation. La gauche n’a pas mordu sur l’électorat de Sarkozy. Elle peut se retrouver le bec dans l’eau dans deux ans. Maintenant c’est un fait que l’UMP, plus que Sarkozy d’ailleurs, a perdu son électorat populaire. Quand on regarde les taux de participation en Ile de France, on constate que les quatre candidates UMP, ces femmes bourgeoises, que l’on voyait partout en photo dans la presse, qui faisaient la campagne n’ont suscité aucune adhésion.

Quel sens donnez-vous à cette abstention, Mélenchon évoque « l’expression d’une insurrection civique », d’autres parlent d’une indifférence à la politique ?

Il y a toute une France qui a du mal à maintenir le nez hors de l’eau. Les CCAS (Centre communal d'action sociale) sont submergés. Quand vous êtes au RMI et qu’on vous demande de voter pour faire élire quelqu’un qui va toucher 2500 euros d’indemnités.... Souvent déjà des barons locaux.... Il faut être motivé. Pour autant, les catégories populaires ne sont pas dépolitisées. C’est une abstention volontariste. Mélenchon n’a pas tort, il y a forte une demande de politique pour répondre à cette angoisse de la fin du mois et de fin du monde. Mais il ne souffle pas le vent de l’histoire sur les régionales.

http://www.marianne2.fr/G-Brustier-1-il-s-agit-d-une-abstention-volontariste!_a189818.html


Deuxième partie : l'état de la gauche

Dans le détail, dans quel état est la gauche ?

Gaël Brustier: Le PS n'a pas gagné cette élection. Il ne parvient pas à reconquérir l'électorat populaire. Quand on regarde les taux de participation aux marges de Paris, c'est très faible. Ségolène Royal y est un peu parvenue dans sa région. C'est pourtant cette catégorie de population qui fera la décision en 2012.
Le NPA a chuté sur l’histoire du voile. Il y a eu une démobilisation massive. Le Front de gauche fait un bon score nationalement, mais les espaces périurbains n’adhèrent pas à ce discours de la gauche de gauche. Ils font 6,4% dans le 3è arrondissement et 5,7% dans le Val d’Oise…
On parle beaucoup du score d’Europe écologie, intronisé troisième force politique du pays. Il ne représente que 6% des électeurs. C’est un électorat très friable et très « ville-centre ».
Il y a toute une France que les intellectuels de système ne veulent pas voir. La gauche ne parvient pas à leur parler. Du côté du PS, Ségolène Royal y est un peu parvenu.

Vous soulignez la déconnexion de la gauche et du peuple. Y-a-t-il une prise de conscience à gauche de cette déconnexion ?

Il y a un début de prise conscience transversale. Chez les proches de Royal et d’Aubry, au PC, même chez Europe Ecologie avec quelqu’un comme Stéphane Gatignon. Mais, ils n’ont pas réussi à faire faire à Duflot la campagne qu’elle aurait dû faire pour gagner. L’idée d’un tarif unique du pass Navigo était excellente. Mais très vite, ils retombent dans leurs travers bobos-urbains sur le thème : « il faut pas désespérer Montorgueuil ».
Pour revenir au PS, c’est un parti qui est encore beaucoup trop connecté à la sociologie de la nouvelle synthèse socialiste. Ceux qui résistent sont ceux qui « pensent savoir ». Par exemple Delanoë a une vraie difficulté à appréhender la France périphérique.
La seule question que doit se poser ce parti, c’est celle de l’égalité, c’est la seule thématique qui pourra rassembler à gauche 30 à 35% des inscrits. Tant que les partis de gouvernement s’appuieront sur des bases électorales de 10 à 15% des inscrits, ce pays sera ingouvernable.

http://www.marianne2.fr/Brustier-2-Europe-ecologie-ne-veut-pas-desesperer-Montorgueil_a189821.html?com#comments


Troisième partie: l'avenir de Sarkozy et de la gauche.

Est-ce que cette élection sonne la fin du mirage sarkozyste ?

Gaël Brustier: Je n’en suis pas sûr. Sarkozy n’est pas stupide. Personne ne s’opposera à lui à l’UMP. Il est bien entouré. Je ne parle pas du gouvernement mais de ses conseillers. Tant que Buisson et Guaino seront à la manœuvre, il peut retourner la situation. Ces deux là sont d'une astuce redoutable. Il y a une droitisation que la gauche ne veut pas voir et cet électorat sarko-lepéniste qui s’est éloigné de lui à l’occasion de ces régionales, il n’aura pas grand mal à le récupérer lors des présidentielles. Les régionales ne sont pas des élections très politiques. Contrairement à ce qu’il se dit, le débat sur l’identité nationale a été plus utile à la droite qu’on le prétend. La gauche est retombé dans ses vieux travers, les réflexes pavloviens des années 80, criant immédiatement à l’anti-racisme. Et aujourd’hui la ligne du PS ne permet pas la reconquête des électeurs d’en face.

Dans votre livre vous espériez une alternative avec l’émergence d’une coalition sociale majoritaire. Ça progresse ?

C’est difficile. Il y a un frémissement, le vieux monde ne veut pas mourir. Mais des éléments de l’ancien monde prennent conscience des choses. Est-ce que pour autant la gauche saura construire un programme, un projet, un discours d’ici à 2012 ? Je crois assez à l’hypothèse Prodi 2006. Une gauche sans véritable programme alternatif victorieuse sur le fil mais sous la pression culturelle permanente de la droite. D'où une véritable difficulté à gouverner dans la durée.

http://www.marianne2.fr/Brustier-3-en-2012,-nous-risquons-une-issue-a-la-Prodi_a189822.html?preaction=nl&id=5907737&idnl=25906&